Le Nouveau-Brunswick serait trop dépendant des capitaux d’Ottawa

Le Nouveau-Brunswick doit cesser de dépendre de l’aide financière fédérale pour garder sa tête hors de l’eau, au risque de sombrer encore plus creux dans la tourmente financière. C’est ce qu’affirme un groupe de recherche de la Nouvelle-Écosse, dans une lettre ouverte publiée dans le National Post.

L’Institut atlantique d’études de marché estime que les programmes d’aide gouvernementaux nuisent ultimement au développement économique des provinces de l’Atlantique.

Selon David McKinnon et Marco Navarro-Genie, coprésidents, il est grand temps d’évaluer les conséquences «désastreuses» de ces octrois «massifs» acheminés aux provinces depuis les cinquante dernières années.

Ils dénoncent le paiement de péréquation, une plus grande facilité d’accès à l’assurance-emploi que les autres provinces canadiennes, la quantité «disproportionnée» d’emplois dans la fonction publique et les financements publics trop nombreux, comme étant les causes principales des difficultés financières auxquelles font face les quatre provinces de l’Est canadien.

Le reste du Canada, particulièrement l’Ontario et l’Alberta, ne peut plus continuer à appuyer ces financements «opaques et inefficaces» indéfiniment. Bien que ce soit le Québec qui reçoit la plus grande part de la péréquation fédérale, la Belle Province en reçoit beaucoup moins en proportion à son économie; une distinction importante, soulignent les coprésidents.

Les gens du Nouveau-Brunswick et des trois autres provinces entretiendraient également une arrogance d’ayant droit similaire à celle des habitants de la Grèce, poursuivent-ils.

«Depuis des décennies, les Canadiens de l’Atlantique ont sollicité l’aide des autres contribuables canadiens. Cette aide leur a été fournie avec bonne intention, mais sans planification adéquate et peu de transparence dans ce processus. Il faut emprunter une autre voie.»

Les conséquences de cette dépendance seraient multiples.

L’économie des provinces de l’Atlantique est menée par des emplois du secteur public, qui seraient «déconnectés» de la réalité du marché des autres pays développés. Les octrois publics compliquent ensuite la vie au secteur privé, décourageant toute compétitivité des compétences à l’emploi au sein du marché.

David McKinnon et Marco Navarro-Genie avancent que les transferts fédéraux devraient être donnés sous trois conditions. Qu’une évaluation des dépenses indépendantes soit effectuée auprès de chaque province de l’Atlantique, qu’une commission des services financiers commune se charge d’administrer les programmes de financement sous contrat avec chacune d’elles, et que le Gouvernement du Canada réinvente le paiement de péréquation de manière à «unir les provinces et non de les corroder».

«Winston Churchill a déjà dit que d’apprendre à dire non est une partie essentielle de l’appareil politique. Il est temps dire non à ce qui ne fonctionne pas pour le Canada atlantique.»

Un constat qui ne fait pas l’unanimité

Pierre-Marcel Desjardins. - Acadie Nouvelle: David Caron
Pierre-Marcel Desjardins. – Acadie Nouvelle: David Caron

Professeur d’économie à l’Université de Moncton, Pierre-Marcel Desjardins ne fait pas grand cas de la lettre ouverte de l’Institut atlantique d’études de marché. Il s’agit selon lui d’un discours idéologique usé, qui a été démantelé à maintes reprises par le passé.

«C’est de dire que l’État doit être le plus petit possible et que l’on doit laisser aux forces du marché la plus grande place possible. Ce ne sont que des slogans. La littérature et les études contredisent ce qu’ils avancent et démontrent que leurs arguments sont faux et non bénéfiques pour l’État.»

Les solutions avancées par David McKinnon et Marco Navarro-Genie ne tiennent pas la route, poursuit-il.

«Est-ce que ça veut dire que du jour au lendemain il faut dépenser 30 % moins au niveau de la santé, de l’éducation et au niveau des infrastructures? Pour moi, c’est un non-sens de dire que ça va améliorer notre développement économique. C’est simplement illogique.»

Selon le professeur d’économie, l’effondrement des marchés en 2007 et 2008 est la preuve irréfutable que l’idéologie avancée par l’Institut atlantique d’études de marché ne fonctionne pas.

Le gouvernement américain avait alors fait une intervention financière massive, en nationalisant des banques, se souvient Pierre-Marcel Desjardins.

«À ce moment-là, j’étais à Cuba et on disait à la blague que le président des États-Unis du temps, Georges W. Bush, était le plus grand socialiste au monde, parce qu’il venait tout juste de nationaliser des banques. Imaginez.» n