Yvon Godin déplore le peu d’Acadiens sur le comité aux langues officielles

L’ancien député d’Acadie-Bathurst regrette qu’aucun Néo-Brunswickois n’ait été nommé au comité permanent aux langues officielles. L’homme politique y a siégé pendant 17 ans.

De 1998 à 2015, Yvon Godin a joué le rôle de chien de garde au sein de ce comité fédéral. De simple membre à vice-président, il a déposé plus de 70 plaintes pour violations à la Loi sur les langues officielles. «J’en ai fait mon cheval de bataille, lance-t-il. Je dois reconnaître que j’ai investi beaucoup de temps là-dedans.»

Mais la relève acadienne est peu présente au sein de la nouvelle équipe. Le comité compte néanmoins parmi ses membres Darrell Samson, un Acadien de la Nouvelle-Écosse et ancien directeur général du Conseil scolaire acadien de la province.

L’ancien député néo-démocrate est déçu.

«Le gouvernement aurait dû nommer quelqu’un du Nouveau-Brunswick. Les discussions qui s’y font ce n’est certainement pas pour le Québec, ça concerne surtout le reste du pays. Ici, on connaît ce que c’est que d’être en minorité, des problèmes que ça crée.»

Il reproche à Dominic Leblanc, leader du gouvernement à la Chambre des communes, de ne pas s’être assuré d’une représentation néo-brunswickoise.

«Il aurait dû avoir quelque chose à dire et regarder à ça. C’est peut-être parce que ce n’est pas leur priorité, lâche-t-il. Il est encore temps de rectifier le tir, c’est insultant qu’il n’y ait personne de la seule province bilingue au Canada.»

Michel Doucet, avocat spécialiste des droits linguistiques, aurait préféré lui aussi qu’un représentant de la seule province bilingue soit nommé. Il ne juge pas la situation inquiétante pour autant.

«Avant, on avait un interlocuteur en cas de griefs. Maintenant il va falloir établir des liens avec les autres membres, dit-il. Ce qui est triste, c’est que beaucoup de membres du Parlement, Ginette Petitpas-Taylor (Moncton-Dieppe-Riverview) ou René Arseneault (Madawaska-Restigouche) sont des gens bilingues issus de groupes minoritaires. Ça aurait été intéressant qu’ils soient présents, mais ce n’est pas dramatique.»

De son côté, Dominic Leblanc répond que peu d’élus étaient disponibles.

«Nous avons 25 comités à la Chambre, Ginette Petitpas-Taylor doit siéger au comité de la procédure en tant que whip adjointe et René Arseneault est très occupé sur le comité de l’aide médicale à mourir. Ça aurait été compliqué.»

Il ajoute que quatre des six députés du comité sont des francophones hors Québec.

«L’idée que la francophonie hors Québec ne serait pas représentée est franchement ridicule», termine-t-il.

Lors du discours du Trône, le gouvernement Trudeau s’est engagé à encourager le développement des communautés francophones. Le nouveau premier ministre a déclaré durant la campagne vouloir injecter 150 millions $ supplémentaires chaque année pour Radio-Canada.

Il a également promis de rétablir le programme de contestation judiciaire pour les minorités et de faire mieux respecter la loi sur les langues officielles. «On est en attente de voir des choses concrètes», note Michel Doucet.

Le professeur de l’Université de Moncton estime que le départ d’Yvon Godin représente la perte d’un défenseur de l’égalité linguistique.

«Il a toujours été un membre très actif de ce comité. C’est regrettable que personne du Nouveau-Brunswick n’ait démontré autant d’intérêt. Les autres membres risquent de moins connaître le Nouveau-Brunswick, ce sera peut-être plus difficile de faire entendre la voix de la province.»