Bois d’oeuvre: toujours au ralenti malgré le dollar

De l’aveu même du ministre provincial des Ressources naturelles, Denis Landry, l’industrie forestière au Nouveau-Brunswick traverse des moments difficiles, et ce en raison de la situation du marché mondial qui prévaut actuellement.

«Nous sommes au courant que l’industrie forestière mondiale ne se porte pas aussi bien que tout le monde pourrait le penser. Actuellement, le problème est que l’industrie s’attendait à une relance du marché, mais ce dernier ne reprend pas de la vigueur comme prévu. Alors, les scieries se retrouvent actuellement avec beaucoup de bois de construction qui ne s’écoule pas sur le marché», a expliqué Denis Landry.

Le ministre Landry a tenu ces propos la semaine dernière, lors d’un échange à l’Assemblée législative avec le député conservateur Glen Savoie, qui est le critique de l’opposition officielle en matière de ressources naturelles.

Celui-ci s’est dit inquiet de constater que les redevances forestières pour le bois récolté et transformé perçu par la province pourraient diminuer de 19 millions $ par rapport à ce qui a été prévu au précédent budget.

Selon plusieurs intervenants, l’entente sur le bois d’œuvre entre le Canada et les États-Unis, qui est venue à échéance en octobre dernier n’a rien de rassurant pour l’industrie du bois d’œuvre.

La U.S. Lumber Coalition, un puissant lobby forestier américain, a déjà fait savoir qu’elle se tournerait vers les lois commerciales américaines pour dédommager ses producteurs s’il y a absence d’un nouvel accord commercial entre les deux pays.

La coalition juge que les subventions à l’industrie forestière canadienne et le commerce entre les pays sont déloyaux et cause un grave préjudice à l’industrie du bois aux États-Unis.

Ces menaces de l’industrie forestière américaine n’étonnent en rien Pierre-Marcel Desjardins, qui est professeur d’économie à l’Université de Moncton.

«La faiblesse du dollar canadien peut être avantageuse, mais ça peut constituer en même temps une menace en raison de mesures protectionnistes qui peuvent devenir une embûche», affirme l’économiste.

Selon lui, s’il est vrai que cette faiblesse du dollar peut grandement favoriser les producteurs canadiens, l’élection américaine qui se déroulera le 8 novembre 2016 n’est pas étrangère à ce regain d’ardeurs protectionnistes du lobby forestier américain.

Le ministre provincial des Ressources naturelles dit ignorer si la situation actuelle qui prévaut dans domaine forestier pourrait éventuellement se traduire par des pertes d’emplois au Nouveau-Brunswick.

«On pensait que le marché allait connaître un boom, mais ce n’est pas ce que l’on voit. Le marché est stable, il n’y a pas plus de bois qui sort de la province et les ventes sont à la baisse», a affirmé Denis Landry.

Pierre-Marcel Desjardins ne partage pas ce sentiment de pessimisme qui semble vouloir planer sur l’industrie forestière d’ici.

«L’économie américaine s’améliore et il y a eu des investissements massifs dans au cours des derniers mois dans les usines de pâtes et papier et de plusieurs moulins, ça devrait générer des dividendes», estime l’économiste.

Selon lui, les perspectives à moyen et long terme pour l’industrie sont prometteuses en raison des investissements qui vont assurer la productivité dans les exploitations forestières et lui permettront de demeurer concurrentielle.

«Cette reprise de l’économie américaine est plutôt lente, on est plus frileux à se relancer dans une construction massive dans le domaine de l’immobilier. Le marché américain demeure quand même grandement intéressant pour nous et la situation devrait s’améliorer», croit Pierre-Marcel Desjardins.

Selon l’Association des produits forestiers du Canada, le Nouveau-Brunswick a exporté pour 1,5 milliard $ de produits forestiers en 2013. À lui seul, le secteur forestier a contribué à la balance commerciale de la province pour un montant de 1,3 milliard $.

L’organisme a dit se réjouir que le Canada ait signé la semaine dernière en Nouvelle-Zélande l’accord commercial du Partenariat transpacifique, un traité qui selon lui profitera grandement à l’industrie canadienne des produits forestiers en éliminant des tarifs jugés prohibitifs.