Personnalité de la semaine: Claude Snow

Dans un monde idéal, le Comité des 12 pour la justice sociale n’existerait pas, dit Claude Snow, porte-parole du groupe. «On est plutôt là par défaut parce que le gouvernement ne fait pas toujours son travail», dit-il. Depuis plusieurs années, le travailleur social à la retraite milite pour l’amélioration des services offerts aux assistés sociaux. Même à 72 ans, rien ne semble arrêter l’homme originaire d’Inkerman, dans la Péninsule acadienne. Pour le travail qu’il a accompli, Claude Snow est la personnalité de la semaine Radio-Canada / Acadie Nouvelle pour la semaine du 14 mars 2016.
Qu’est-ce que vous a poussé vers le travail social?

Au départ, j’ai été enseignant à Adamsville (entre Rogersville et Moncton). Pendant que j’enseignais, je trouvais qu’il y avait beaucoup d’élèves avec des besoins sociaux. Les parents ne les nourrissaient pas suffisamment. Des gens en arrachaient pour vivre. Je me disais qu’il faudrait d’abord remplir leurs ventres, parce que quelqu’un d’affamé ne peut pas apprendre. Je me suis intéressé au côté social.

Vous avez donc été enseignant dans les années 1960-1970 alors que ça bougeait pas mal sur le plan social. Est-ce que ce sont ses mouvements qui vous ont motivé?

Je ne pourrais pas dire que j’ai été motivé, mais je me suis inscrit dans ces mouvements. Dans les années 1960, le fédéral a conclu une entente avec les provinces pour partager la moitié des coûts de l’aide sociale, ça s’appelait le régime d’assistance publique canadienne. Ç’a été le début de l’aide sociale. Avant, les municipalités, les paroisses et tout ça devaient s’en charger. Le gouvernement avait créé un programme social beaucoup plus solide. On faisait des choses à cette époque qu’on ne peut plus faire aujourd’hui. On avait une plus grande marge de manœuvre. Dans les années 1970 et 1980, la province avait décentralisé les prises de décisions. J’étais directeur d’une agence de services sociaux à Tracadie. Ceux qui dirigeaient avaient un certain pouvoir discrétionnaire qui n’existe plus aujourd’hui. Aujourd’hui c’est beaucoup plus standardisé et centralisé à Fredericton.

Le Comité des 12 pour la justice sociale est né en 1993. D’où est venue l’idée de vous rassembler avec d’autres gens motivés par la justice sociale?

Il faut rappeler le contexte. C’était au moment où Frank McKenna était premier ministre du Nouveau-Brunswick et il était très dur avec les assistés sociaux. Il avait embauché une compagnie américaine pour gérer l’aide sociale dans la province. Cette entreprise disait que c’était très simple. Il suffisait de tout mettre sur un système informatique. Ç’a été un désastre. C’est à ce moment qu’un groupe, nous étions douze, s’est réuni et on s’est dit qu’il faut faire quelque chose.

Parlez-moi du travail fait par le Comité des 12?

On essaie d’aider les gens pour qu’ils puissent mieux s’affirmer et s’organiser. Ensuite, on veut aider la société à devenir plus humaine et aider le gouvernement à devenir plus sensible à la réalité sur le terrain. On offre principalement deux formes d’assistance aux gens. On défend leurs intérêts personnels en leur offrant de la consultation. On les accompagne quand ils vont au tribunal d’appel. On écrit des lettres pour les gens. On travaille également pour essayer de rendre les politiques publiques plus nuancées et adaptées. On fait de la recherche et on produit des rapports. Ensuite, on fait de la consultation avec le gouvernement pour l’aider à mieux gérer l’aide sociale dans la province.

Pourquoi est-il important de donner une voix aux démunis?

C’est une question de pouvoir. Dans le rapport de force entre le gouvernement et les assistés sociaux, c’est trop du côté du gouvernement. On a voulu retrouver l’équilibre. Nous avons le pouvoir d’influence. On peut insister, persister et demeurer vigilant. On ne laisse rien passer et on ramène les choses sur le tapis.

Parlez-moi des obstacles rencontrés par quelqu’un sur l’assistance sociale?

Il y a un manque d’information. Les gens n’ont pas le droit de voir l’information intégrale de leur dossier. D’ailleurs, quand une personne fait une demande d’assistance, elle est quasiment obligée de vendre son âme. Elle signe plusieurs formulaires qui permettent au gouvernement de fouiller dans ses affaires. Sur le plan de l’équité, les gens avec des besoins complexes – et c’est la plupart – font face à des refus parce que les politiques sont uniformes et rédigées en fonction de la moyenne. Les besoins spécifiques ne sont pas toujours pris en compte.