Du racisme à l’Université de Moncton?

Le vice-doyen de la faculté d’administration de l’Université de Moncton, Gérard Fillion, dénonce ce qu’il qualifie de racisme sur le campus de l’institution acadienne.

Un jour, M. Fillion est tombé sur un questionnaire d’entrevue de participation à un échange international dont la réponse à une question d’une étudiante de la Côte d’Ivoire était pour le moins troublante.

La question 7 du questionnaire demandait à l’étudiante de décrire une situation problématique et la façon dont la situation a été réglée. Elle a offert la réponse suivante par rapport à son expérience à l’Université de Moncton.

«Mon expérience est par rapport au racisme. Il y a des personnes qui me dénigrent par rapport à ma couleur de peau. Je leur explique que je suis comme eux et que c’est juste ma peau qui est différente», a répondu l’étudiante qui voulait participer à un échange international avec la Suisse.

Ça ne se limite pas à la population étudiante, soutient le professeur titulaire en systèmes d’information organisationnels. Un commentaire d’une collègue l’a particulièrement choqué lors d’une réunion du comité pédagogique du département de comptabilité.

«Puisque je suis vice-doyen, j’avais été invité pour la réunion. Il y a une professeure, pour ne pas nommer de nom, qui a déclaré qu’il y avait trop d’étudiants noirs à la faculté. Il y avait un professeur noir présent qui s’est fâché. C’est normal, il se sentait visé. Moi aussi après, j’ai rappelé que nous avons 50% d’étudiants internationaux à la faculté et que c’est inacceptable de dire des choses comme ça», a confié M. Fillion.

«L’Université de Moncton se dit internationale. Elle va chercher des étudiants internationaux pour combler le manque d’étudiants acadiens ici. Sans les étudiants internationaux, ça va finir par fermer parce que la population acadienne est en déclin. Alors, lorsque ces gens-là viennent ici, il faut les traiter correctement»,a ajouté le professeur qui a publié plus de 70 études.

Les étudiants internationaux ne remarquent pas tant d’actes de racisme que l’important clivage qui se dessine entre les étudiants internationaux et canadiens. En fait, à l’exception du temps d’une manifestation contre le sous-financement des universités, la solidarité entre étudiants internationaux et canadiens est plutôt mince, reconnaît le vice-président interne de l’Association des étudiants internationaux de l’Université de Moncton, Samuel Jordan Nganga.

«Il n’y a pas d’insulte en raison de notre couleur de peau, sinon ce serait clairement raciste. Personnellement, je n’ai pas eu à vivre ça. Ce qu’on remarque par exemple, dans les salles de classe, c’est qu’il y a clairement une différenciation entre les étudiants internationaux et les étudiants canadiens. On peut voir les étudiants internationaux à gauche et les étudiants canadiens à droite. Il n’y a pas vraiment d’union ou de solidarité», a avancé M. Nganga.

Irbrahim Ouattara est professeur de philosophie à l’Université de Moncton en plus d’être président du Conseil provincial des personnes d’ascendance africaine du Nouveau-Brunswick. Il remarque cette division entre les étudiants canadiens et internationaux comme plusieurs autres de ses collègues.

Le professeur remarque cette tendance surtout à la faculté d’administration où les étudiants internationaux constituent au moins 50% de la population étudiante. C’est visible quand on y rentre. D’un côté, les étudiants d’ascendance africaine et de l’autre, les étudiants canadiens.

«C’est peut-être un fait humain. C’est-à-dire que les humains, lorsqu’ils se retrouvent quelque part, ils s’unissent par affinités. Surtout dans des situations comme celle-là, ça créer des groupes. Ça créer des ghettos et en administration, c’est davantage visible. En tant que professeur, ça doit nous interpeler. D’autres collègues m’ont aussi dit la même chose. On doit travailler à établir des passerelles pour briser ces barrières-là», a analysé M. Ouattara.

M. Ouattara suggère entre autres la création de groupes de travail qui seraient chargés de se pencher sur des solutions vers une meilleure symbiose entre étudiants d’ici et d’ailleurs.

L’Acadie Nouvelle a effectué une demande d’information auprès de l’Université de Moncton afin de savoir ce qui est fait pour mieux intégrer les étudiants internationaux. Notre demande est restée lettre morte.

NDLR: Le professeur Gérard Fillion a récemment déposé deux injonctions contre l’Université de Moncton à la Cour du Banc de la Reine afin de mettre fin au processus d’embauche d’un nouveau doyen à la faculté d’administration. Selon lui, ce processus a été entaché de plusieurs vices de procédures. Il avait postulé, mais n’a pas été retenu.