L’art comme thérapie du trouble de stress post-traumatique

David Caron Gens d'ici

Il y a quelques années seulement, Tina Pineau ne s’intéressait pas particulièrement aux arts visuels. Son âme d’artiste, elle l’ignorait complètement. Les murs de son modeste appartement à Saint-Isidore, dans la Péninsule acadienne, sont aujourd’hui recouverts d’œuvres colorées qu’elle conçoit dans son atelier. Pour elle, les arts sont beaucoup plus qu’un loisir, ils lui ont littéralement sauvé la vie. Elle souhaite maintenant partager son histoire pour inspirer les autres.

Tina Pineau aura bientôt 37 ans. Il y a quelques années, la femme originaire du Sud-Est a été diagnostiquée du syndrome de stress post-traumatique. Athlète douée, Tina Pineau a consacré son adolescence à son sport préféré, la ringuette. Son talent exceptionnel lui a permis de représenter le Canada au Championnat mondial de la ringuette à la fin des années 1990. Sa vie a commencé à prendre un tournant dramatique à cette époque alors qu’elle a été agressée sexuellement par un homme après une sortie avec une amie à Moncton.

«J’étais une athlète fière. J’étais censée jouer pour Équipe Canada et je n’avais pas le temps de dealer avec ça. Donc, j’ai fait comme si ça n’était pas arrivé. Jj’ai déménagé dans l’Ouest après ça pour m’entraîner pour l’équipe canadienne. Quand je suis arrivée à Calgary à 18 ans, je suis restée quelques mois, mais je ne me sentais pas à l’aise, donc je suis revenue au Nouveau-Brunswick.»

Quelques mois après, elle commence à travailler comme répartitrice des urgences 911, un emploi qu’elle exerce avec grande fierté, mais aussi un travail qui demande à ses employés de gérer des situations très urgentes tout en gardant son sang-froid.

«Les gens n’appellent pas pour leur télévision, ils appellent parce qu’il y a quelqu’un qui est en train de mourir.»

En 13 ans, elle estime qu’elle a répondu à près de 10 000 appels. Quelques appels en particulier laissent une marque profonde dans son esprit. Elle prend son dernier appel le 6 février 2012. Il s’agit de la goutte qui fait déborder le vase. Le contenu de l’appel, qu’elle a toujours de la difficulté à décrire, a éveillé des traumatismes qu’elle n’arrivait plus à gérer.

«Quand je me suis fait violer, tout a commencé à se détériorer. Je ne savais plus qui j’étais. Le dernier appel que j’ai pris a déclenché des émotions qui m’ont rappelé la fois que j’ai pris l’appel d’une de mes chums (le conjoint de l’amie s’était enlevé la vie).»

Elle est mise en arrêt de travail forcé, mais elle ne sent pas le courage de chercher l’aide nécessaire. L’année 2012 demeure l’une des années les plus difficiles de sa vie. «J’ai passé une année à pâtir. Je me suis renfermée et j’étais prise par les émotions. C’était le stress post-traumatique à son meilleur.»

Un an plus tard, avec l’aide d’un psychologue, elle intègre un programme de réhabilitation de Travail sécuritaire Nouveau-Brunswick et commence à prendre des médicaments.

«Les médicaments soulageaient un peu les émotions, mais ça me mettait un genre de nuage dans ma tête. C’était plutôt un pansement sur le bobo, mais j’ai continué de les prendre parce qu’on me disait de les prendre. Je trouve que ça ne fait qu’accentuer les symptômes de dépression et des idées suicidaires.»

Elle est tourmentée par des idées suicidaires. Tellement qu’un jour, en juin 2014, elle met son plan à exécution en avalant une bouteille de pilules. Heureusement, elle survit à son geste, mais se retrouve dans un centre de traumatologie pour y subir des traitements.

«J’ai ouvert les yeux, j’ai vu mon père avec les yeux pleins d’eau. J’ai senti sa chaleur et il a serré ma main. Je lui ai dit que je n’avais pas de but dans la vie. Il m’a dit, Tina, je t’aime. Tu as ta place ici, tu ne peux pas décoller tout de suite.»

Quelques mois plus tard, son psychologue lui parle de l’art thérapie. Cette forme d’expression dépasse ses attentes. Elle consacre plusieurs heures par semaine à créer des œuvres uniques. Au départ, elle commence simplement en s’achetant des produits au magasin à un dollar. La qualité des fournitures s’améliore au fil des mois.

«J’ai toujours aimé les couleurs. Quand j’ai essayé de comprendre, j’ai compris que les couleurs représentent les émotions. Les émotions ce sont des choses qu’on nous dit d’ignorer. On ne peut pas avoir de mauvaises émotions, c’est ça que la société nous dit. Quand j’explore tout ça, c’est ça qui sort. Quand je ressens quelque chose, je le mets sur papier. Je choisis une couleur, c’est de même que je commence.»

Peu à peu, Tina Pineau commence à retrouver le sourire. Elle se permet de rêver de nouveau et de se fixer des objectifs. Près de 20 ans après son passage sur l’équipe canadienne de ringuette, elle espère se tailler une place au sein de l’Attack de l’Atlantique, de la Ligue nationale de ringuette. Qui sait? Peut-être même devenir capitaine de la formation. Elle partage son histoire et présente ses oeuvres sur son site internet.

Le TSPT commun chez les victimes

Le trouble de stress post-traumatique est sont commun chez les victimes d’agression sexuelle. Une étude publiée en 2006 dans le McGill Journal of Medecine souligne qu’environ 50% des victimes d’une agression sexuelle souffrent du TSPT. Près de 94% des femmes présentent des symptômes dans les semaines qui suivent une agression.