Presque la moitié des maires seront élus par acclamation

Plus du quart des postes aux élections du mois prochain seront pourvus par acclamation ou demeureront vacants après le scrutin. S’agit-il d’un signe du désintérêt de la population pour la chose publique ou d’une preuve de la satisfaction des citoyens envers le travail de leurs élus?

Quarante-neuf maires seront élus sans opposition le 9 mai. C’est cinq de plus qu’il y a quatre ans et l’équivalent de près d’un magistrat sur deux.

Chez les conseillers municipaux, un poste sur cinq sera occupé par le seul individu intéressé. Six postes resteront inoccupés en attendant une élection partielle.

Par exemple, au Village de Maisonnette, dans la Péninsule acadienne, les cinq membres du conseil municipal seront élus par acclamation.

La carence de candidat ne se limite pas au secteur municipal. Durant les élections scolaires qui auront lieu le même jour, 57 % des postes seront pourvus par acclamation (32 postes) ou demeureront vacants (7 postes).

Seul le secteur de la santé fait exception. Parmi les 16 postes au sein des deux régies régionales de la santé, seulement trois candidats seront élus sans opposition. Aucun poste ne restera vacant.

Au total, 28,8% des postes qui sont en jeu lors des élections du 9 mai seront comblés par acclamation à moins de demeurer inoccupés.

C’est mauvais signe, selon une experte en politique municipale de l’Université d’Ottawa.

Les gens se lancent en général en politique «pour faire une différence» ou «pour changer les choses», note Anne Mévellec.

«Si les individus pensent qu’ils ne peuvent rien changer au système, c’est plutôt un mauvais signe pour la démocratie.»

La situation n’est pas propice aux débats auxquels on est en droit de s’attendre en démocratie, estime la professeure sans pour autant préjuger du mérite de ceux qui sont élus par acclamation.

«Il est sain d’avoir une opposition, ne serait-ce que pour susciter le débat et pour pouvoir faire un bilan un peu plus objectif de ce qui vient de se passer durant le dernier mandat», affirme Mme Mévellec.

Le président de l’Association francophone des municipalités du Nouveau-Brunswick, Roger Doiron, voit plutôt le grand nombre de candidats élus sans opposition comme un signal que la population est satisfaite du travail de ses élus municipaux.

«Ou bien il n’y a peut-être pas assez d’insatisfaction pour que les gens veuillent se porter candidats à la mairie ou au poste de conseiller», affirme M. Doiron qui sera lui-même élu par acclamation pour un nouveau mandat à la tête du Village de Richibucto.

Quand une décision d’un conseil divise la population, les citoyens s’organisent pour changer les choses à l’hôtel de ville, assure le président de l’Association des municipalités. Il en prend pour preuve le Village de Lac Baker ou 11 candidats se font la lutte pour 5 postes après l’épisode de la fusion municipale qui a tourné au vinaigre dans le Haut-Madawaska

Le président sortant du Conseil d’éducation du District scolaire francophone Nord-Est, Jean-Guy Rioux, s’inquiète du faible taux d’intérêt pour les élections scolaires. Sept des neuf postes de conseiller ne sont pas contestés

«Je ne crois pas que c’est bon. Il y faut faire une meilleure sensibilisation concernant la responsabilité des conseillères et des conseillers scolaires. Dans une démocratie, il faut qu’il y ait la possibilité de donner plus de choix aux gens», avance l’homme de 75 ans qui a choisi de ne pas solliciter de nouveau mandat.

En ce qui concerne le monde municipal, la réforme de la gouvernance locale, qui passera notamment par le dépôt d’une nouvelle Loi sur les municipalités, pourrait changer la donne, selon le ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux, Brian Kenny.

«La modernisation de la législation pour accorder aux municipalités les pouvoirs de promouvoir le développement et de devenir des centres de création d’emplois viserait, entre autres, à créer des communautés durables et pourrait encourager des Néo-Brunswickois à s’impliquer», a indique le ministre par courriel.