Insécurité alimentaire: les francophones en milieu minoritaire manquent de services

L’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques se penche sur l’insécurité alimentaire. Quel est le lien entre les deux? Les régions rurales où habitent les francophones en milieu minoritaire n’offrent pas toujours les services qui pourraient venir en aide à ceux qui sont touchés par ce problème, souligne une étude présentée cette semaine à l’Université de Moncton.

Le rapport, préparé en partenariat avec l’École des sciences des aliments, de nutrition et d’études familiales de l’Université de Moncton, l’Association des banques alimentaires du NB et le Réseau d’action sur la sécurité alimentaire, dresse le portrait des différentes initiatives communautaires en place au Nouveau-Brunswick qui favorisent la sécurité alimentaire.

Peu d’études au Canada se sont intéressées à la pauvreté chez les francophones en situation minoritaire, explique Dominique Pépin-Filion, chercheur à l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques.

La plupart des organismes recensés sont situés dans les régions rurales, ajoute-t-il. Environ 70% des organismes dans les communautés francophones se trouvent en milieu rural, alors qu’environ 51% des organismes dans les communautés anglophones sont en milieu urbain et 49% en région rurale.

Un manque important de ressources complique la tâche pour ces organismes lorsqu’il est question de desservir la population cible, a constaté le chercheur.

«On parle d’un manque de ressources humaines, de dons, de financement du gouvernement, d’espace disponible et d’équipement. Certains organismes manquent de frigos et de congélateurs. C’est alarmant de voir un problème social comme celui-là. Si c’était le cas dans les services de santé par exemple, on n’accepterait pas ça, mais les personnes vulnérables n’ont pas vraiment de voix. Elles ne vont pas nécessairement manifester.»

L’étude cherche également à identifier les défis liés au sous-financement des services qui combattent l’insécurité alimentaire. Les banques alimentaires ont souvent de la difficulté à s’approvisionner en aliments nutritionnels, dit Carole Tranchant, professeure-chercheuse en nutrition et sciences alimentaires à l’Université de Moncton. Ces problèmes peuvent nuire à la santé de gens qui vivent déjà dans la précarité.

«Les fonds et les aliments reçus par les banques alimentaires leur permettent d’offrir seulement la moitié du nombre de portions quotidiennes recommandé de « légumes et fruits » et de « lait et substituts »», dit-elle.

«Les banques alimentaires nous disent que s’ils ne peuvent pas répondre à toutes les demandes, ils vont donner un peu moins d’aliments aux gens ou ils vont en donner un peu moins souvent. Il y en a qui disent qu’ils privilégient certaines clientèles, comme les familles avec des enfants ou d’autres suivent la bonne vieille règle du premier arrivé, premier servi», ajoute M.Pépin-Filion.

Trois recommandations principales ressortent du rapport, soit l’élaboration d’une stratégie provinciale qui favorise la concertation, la collaboration et l’impact des actions des intervenants. On suggère également de cerner, renforcer et multiplier les bonnes pratiques sur le terrain pour régler les causes profondes de l’insécurité alimentaire ainsi qu’augmenter la quantité et la qualité de l’aide alimentaire afin de tenir compte des disparités régionales, et de la vulnérabilité des personnes touchées par l’insécurité alimentaire.

Le rapport ne devrait pas prendre de la poussière sur une tablette. Il a été financé par le ministère du Développement social, la ministre Cathy Rogers était présente au dévoilement des résultats. Un porte-parole du ministère du Développement social assure que le gouvernement compte poursuivre son travail en collaboration avec des intervenants du milieu, dont le Réseau d’action NB pour la sécurité alimentaire et l’Association NB des banques alimentaires.