33 millions dans les Amériques: le poids des francophones compte-t-il vraiment?

Dans le cadre du colloque de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS), qui s’est déroulé du 8 au 13 mai à l’Université du Québec à Montréal, et de celui de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), le Centre de la francophonie des Amériques (Centre) organisait le 11 mai dernier la table ronde «La francophonie des Amériques: poids politique ?»

Par André Magny
Francopresse

Animée par Sylviane Lanthier, présidente de l’Association des communautés francophones et acadiennes (ACFA), cette table ronde, présentée devant une quarantaine de personnes, aura permis d’entendre Evan Bergeron, avocat louisianais, Manon Cornellier, correspondante parlementaire à Ottawa pour le quotidien montréalais Le Devoir, et Michel Dubé, membre du comité consultatif sur la politique de services en langue française du gouvernement de la Saskatchewan.

Abordant le thème de la rencontre lors d’une entrevue accordée quelques heures avant l’événement à Radio-Canada Saskatchewan, la présidente de la FCFA, bien que constatant que l’ensemble des 33 millions de francophones représentait à la fois «un poids historique, mais aussi de la vitalité et de la créativité» pour garder le français bien vivant, elle se demandait tout de même si la table ronde était pour mettre en lumière d’autres éléments convergents.

Face à ce petit doute, Michel Dubé répond par l’affirmative.  Celui qui est aussi producteur de bisons constatait, après sa participation à l’UQAM, «qu’on soit en Saskatchewan ou en Louisiane, on arrive à conserver le français dans nos communautés.» Il est clair que les luttes pour la sauvegarde du français ont davantage de poids si elles s’accompagnent de la bénédiction de l’État.

40 ans d’avancées diverses

En Louisiane, par exemple, comme l’expliquait Evan Bergeron, la constitution de ce 18e état des États-Unis, a certaines dispositions pour protéger quelque peu le français. Bien que celui-ci ne soit nullement reconnu comme une langue officielle, l’article 12 de la constitution parle néanmoins que «le droit du peuple de préserver, de favoriser et de promouvoir ses origines respectives, historiques linguistiques et culturelles, est reconnu.»

C’est ainsi qu’en Louisiane, outre le fait d’avoir des conseils scolaires bilingues, «tout acte ou contrat fait ou effectué en français est considéré comme légal et lie les parties comme s’il avait été fait ou effectué en anglais.»

Du côté des Fransaskois, Michel Dubé mentionnait qu’au lendemain du référendum de 1995 au Québec, ceux-ci avaient obtenu la gestion de leur réseau scolaire. À la reconnaissance du drapeau fransaskois et à sa promotion par le gouvernement, s’ajoute en 2003 la politique de services en français. De plus, en 2009, le gouvernement de la Saskatchewan a mis sur pied un comité consultatif sur les services en français. C’est ce comité que préside actuellement M. Dubé.

Rester vigilant

De son côté, la journaliste Manon Cornellier, qui habite depuis 30 ans à Ottawa, a rappelé que bon nombre de francophones du Canada s’abreuvaient aux médias anglophones. Si les Acadiens consomment passablement de médias francophones et que les Franco-Ontariens pigent dans les deux, dans l’Ouest canadien, les nouvelles se regardent ou se lisent surtout en anglais.

«C’est normal, on ne se voit pas là-dedans!», déplore Michel Dubé en faisant référence aux maigres 30 minutes d’informations quotidiennes diffusées par Radio-Canada et liées directement aux communautés francophones de la province.

Au moment où le gouvernement Trudeau vient de donner comme directive que le bilinguisme sera dorénavant l’un des critères pour la nomination d’un ou d’une juge à la Cour suprême du Canada – mais attention, il ne s’agit nullement d’un projet de loi -, la journaliste du Devoir rappelait également que le nombre de journalistes francophones est à la baisse sur la colline parlementaire. Idem pour le nombre d’attachés de presse auprès des ministres libéraux à Ottawa capables de s’exprimer dans la langue d’Antonine Maillet.

Valeur ajoutée

Autre point de convergence qui s’est faufilé avant la fin de cette table ronde au 84e congrès de l’ACFAS, le français comme valeur ajoutée.

Les participants semblaient se mettre d’accord sur le fait que si les francophones faisaient souvent preuve d’ingéniosité pour créer des jobs en français – les produits du terroir en sont un  bon exemple -, trop souvent le réflexe des francophones au Canada fut celui de s’adresser systématiquement aux tribunaux pour faire valoir leurs droits.

Au-delà de la loi sur les langues officielles et la Charte canadienne des droits et libertés, Michel Dubé rappelle qu’il faut peut-être «se questionner sur notre approche. Faisons plus de choses ensemble pour montrer à la majorité anglophone que le français, c’est un plus.»