Fracturation hydraulique: Fredericton maintient indéfiniment son moratoire

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick maintient indéfiniment le moratoire sur la fracturation hydraulique.

La décision a été annoncée vendredi matin à Fredericton par le ministre de l’Énergie et des Mines, Donald Arseneault.

«Nous avons affirmé clairement que nous n’autoriserions pas une telle activité, sauf si nos cinq conditions étaient remplies», a déclaré Donald Arseneault.

«La création d’emplois est notre priorité absolue, mais pas à n’importe quel prix. C’est évident qu’il n’est pas possible de remplir nos conditions dans un proche avenir.»

La fracturation hydraulique est une technique utilisée pour extraire le gaz naturel emprisonné dans le sol en y injectant un mélange d’eau, de sable et de produit chimique à haute pression pour briser le schiste.

«La création d’emplois est notre priorité absolue, mais pas à n’importe quel prix» affirme le ministre Donald Arseneault. - Acadie Nouvelle: Mathieu Roy-Comeau
«La création d’emplois est notre priorité absolue, mais pas à n’importe quel prix» affirme le ministre Donald Arseneault. – Acadie Nouvelle: Mathieu Roy-Comeau

Les opposants au gaz de schiste craignent notamment que ce mélange contamine les sources d’eau souterraine en plus de perturber l’écosystème à la surface.

Le gouvernement s’engage à mettre en oeuvre certaines recommandations de la Commission sur la fracturation hydraulique, comme la création d’un organisme de réglementation indépendant pour renforcer la surveillance de l’industrie et mieux comprendre ses répercussions sur la santé humaine et l’environnement.

«Ça, nous croyons là-dedans. C’est quelque chose sur lequel notre ministère peut travailler pour l’implanter», a mentionné le ministre Arseneault.

Fredericton compte également sur l’industrie pour répondre à d’autres recommandations de la Commission en ce qui concerne notamment le traitement des eaux usées issues de la fracturation hydraulique.

«Ce n’est pas seulement (la responsabilité) du gouvernement. L’industrie et les communautés doivent jouer un rôle également», a dit le ministre.

Le gouvernement ne s’est pas fixé d’échéancier concernant le suivi de ces recommandations.

Le chef par intérim du Parti progressiste-conservateur, Bruce Fitch, a qualifié l’annonce de «manoeuvre politique» de la part du gouvernement libéral pour ravir des votes au Parti vert et au Nouveau Parti démocratique.

«Voici une nouvelle politique du gouvernement qui va faire fuir les emplois et la croissance économique à l’extérieur de la province», a-t-il confié.

Ce moratoire d’une durée indéfinie à plutôt l’air d’une «interdiction définitive», selon M. Fitch.

Le chef du Parti, David Coon, croit lui aussi que c’en est fini du gaz de schiste au Nouveau-Brunswick.

«Dans les faits, ça règle la question pour de bon. Notre économie va avancer en devenant de plus en plus verte.

L’histoire a rattrapé le Nouveau-Brunswick.»

Le Conseil de conservation du Nouveau-Brunswick a également félicité le gouvernement pour sa décision.

«Il s’agit d’une bonne politique publique qui assurera tout d’abord la protection de notre eau», a déclaré la directrice générale de l’organisme, Lois Corbett.

À l’opposée, la présidente-directrice générale de la Chambre de commerce de l’Atlantique s’est dite «extrêmement déçue» par l’approche de Fredericton.

Selon Valérie Roy, le gouvernement a décidé d’ignorer «que l’industrie opère sans danger et de façon sécuritaire depuis des décennies au Nouveau-Brunswick et partout au Canada.»

Les libéraux de Brian Gallant ont fait campagne en 2014 en promettant un moratoire sur la fracturation hydraulique s’ils étaient portés au pouvoir.

Environ deux mois après son élection, le gouvernement a interdit la fracturation hydraulique pour une durée indéterminée sur l’ensemble du territoire néo-brunswickois.

Fredericton a alors posé cinq conditions qui devaient être remplies avant d’envisager la levée du moratoire, dont l’acceptabilité sociale de l’industrie du gaz de schiste par la population, des renseignements clairs et crédibles sur les impacts de la fracturation hydraulique et une meilleure consultation avec les Premières Nations.

En mars 2015, le gouvernement a créé une commission indépendante de trois membres chargée de se pencher sur les cinq conditions du moratoire.

La Commission sur la fracturation hydraulique a présenté son rapport en février sans donner de réponses claires aux questions du gouvernement. Les commissaires ont préféré proposer des pistes de solution en vue de remplir ses conditions.

Le groupe a notamment avancé que Fredericton devrait «redéfinir sa relation» avec les Premières Nations avant de pouvoir compter sur la participation des autochtones à la discussion sur le gaz de schiste.