Le Carrefour Beausoleil, l’allié numéro un des francophones de Miramichi depuis 30 ans

Détruire les barrières linguistiques pour permettre à une population de s’unir; c’est l’un des objectifs que s’était fixés le comité fondateur du Centre scolaire-communautaire Carrefour Beausoleil, à Miramichi. Trente ans plus tard, l’objectif a été atteint en grande partie.

«Au début, on nous (les francophones) voyait plus comme une menace, maintenant ce n’est pas le cas. On n’essaie pas de prendre la place de personne. Nous, on veut être acceptés et être le plus inclusifs possible», explique Line Thibodeau, directrice culturelle du Carrefour Beausoleil.

Année après année, le Centre a permis aux francophones de la région de s’offrir un lieu de rassemblement où ils pouvaient faire vivre leur culture, raconte-t-elle.

La création du Centre en 1986 a marqué le début d’une ère nouvelle pour les quelque 1700 francophones de la ville. Depuis 30 ans, un service de garde d’enfants, une école qui accueille 275 élèves, une Médiathèque et un comité de citoyens veillant à la promotion de la culture ont été mis en place.

Ce dévouement a aussi permis la naissance d’une radio communautaire, de célébrations acadiennes, de deux troupes de théâtre et d’un festival annuel de danse pour ne nommer que ceux-là.

«La présence francophone va de mieux en mieux. Aujourd’hui, c’est plus facile d’avoir des services en français et on est plus acceptés par les anglophones. Il y a de plus en plus d’activités qui se passent et c’est essentiel pour la culture», ajoute Mme Thibodeau.

«Déjà, ils étaient moins ouverts à l’acceptation, mais ça fait 16 ans que je travaille ici et j’ai remarqué une grande évolution. Tout s’améliore de plus en plus. On n’a plus besoin de s’imposer, on nous reconnaît plus.»

Même s’ils ne sont pas beaucoup de francophones à l’intérieur de la ville, on dénombre environ 11 000 francophones dans la région, notamment dans des villages francophones comme Néguac.

L’avenir s’annonce tout aussi prometteur, croit Mme Thibodeau. En 2018, Miramichi sera l’hôtesse de la finale des Jeux de l’Acadie. L’événement d’envergure compte beaucoup pour les francophones.

«C’est la troisième fois qu’on essaie d’obtenir la Finale des Jeux et là on y est arrivé. C’est une fierté pour la communauté. Ce sont des événements comme celui-ci qui nous permettent de démontrer que Miramichi est aussi une ville francophone et acadienne.»

Par ailleurs, du 13 au 16 octobre la ville accueillera le Festival 506 présenté par Musique NB. Même s’il s’agit d’un événement majoritairement anglophone, les organisateurs ont demandé à louer la salle du Carrefour Beausoleil.

Un autre signe qui indique une meilleure relation entre les deux communautés, selon Mme Thibodeau.

«Les anglophones offrent la chance aux francophones de faire partir de différent comité. Ils reconnaissent qu’on peut apporter certains avantages lorsque des décisions sont prises. Le Festival 506 démontre qu’ils pensent à notre région pour tenir des événements rassembleurs.»

Un lieu de rencontre qui fête ses 30 ans

Un phare de francophonie et de fierté acadienne dans l’océan anglophone de la région de Miramichi, le centre communautaire Carrefour Beausoleil, était plein à craquer pour ses 30 ans. Un vernissage, un banquet, une conférence de Zachary Richard: la soirée de samedi a été bien remplie.

Niché dans un coin tranquille de Miramichi, le Carrefour Beausoleil n’avait pourtant rien de tranquille samedi soir.

La petite communauté francophone célébrait les 30 ans de son lieu de rencontre, un centre communautaire joint à une école, qui s’est amélioré peu à peu au fil des années et qui change encore.

Des élèves de l’école ont revêtu des habits blancs et ont servi les invités dans le gymnase, déguisé en salle de banquet pour l’occasion.

Les convives ont eu la chance d’entendre une conférence de Zachary Richard. L’artiste a rappelé les Acadiens à leurs racines en leur racontant l’histoire d’un héros de l’Acadie, Joseph «Beausoleil» Brossard, dont le centre communautaire de Miramichi porte le nom. Il a également parlé des peuples Acadiens de la Louisiane.

Line Thibodeau, directrice du développement culturel, s’était donnée comme tâche de faire venir Zachary Richard à Miramichi pour cette soirée.

«On s’était dit que c’était un gars quand même assez occupé. Mais, en fait, il a dit oui tout de suite!» dit Rachel Bernard, directrice du développement communautaire.

Zachary Richard, chanteur-compositeur-interprète et poète louisianais, a sauté sur l’occasion de venir voir la communauté francophone de Miramichi.

«Moi, ça me concerne, car c’est une communauté francophone qui vit vraiment au bord de l’assimilation, avec une menace constante, et c’est quelque chose qui me touche particulièrement. Venir voir comment ça se passe, c’est un privilège pour moi», a exprimé l’artiste.

La soirée a débuté avec un vernissage comprenant des œuvres de deux artistes peintres de la région, Martine Thériault-Allain et Régine Mallet, qui ont créé des œuvres représentant, entre autres, l’histoire de Kouchibouguac.

La communauté acadienne de Miramichi a profité de l’occasion pour introniser deux de ses membres à l’ordre des pionniers, une sorte de temple de la renommée du service communautaire. Gilles Allain et Jean-Claude Maurice ont ainsi été honorés pour leur implication au sein de la communauté.

Le souper banquet s’est soldé par un spectacle de musique du groupe Borderline de Shediac.

(Avec la collaboration du journaliste Alexandre Boudreau)