Un chiot gratuit qui pourrait vous coûter très cher…

La période de l’année où il est temps de produire les déclarations de revenus étant désormais chose du passé, les arnaqueurs tendent à vouloir se tourner vers d’autres moyens afin de tenter de soutirer de l’argent à de pauvres victimes.

Si l’arnaque des chiots à donner n’est pas une nouvelle chose en soi, le phénomène a repris de la vigueur au cours de la fin de semaine avec l’apparition d’annonces dans différents groupes communautaires de Saint-Jean qui sont présents sur Facebook.

Emily Jane, une internaute, a publié vendredi un message laissant entendre qu’elle voulait se départir à contrecœur de son chiot Rony, un magnifique bulldog anglais âgé d’à peine quelques semaines.

La présumée propriétaire de l’animal affirmait être prête à donner son chien, tout en demandant en échange une simple promesse de bons soins et quelques photographies de celui-ci une fois arrivé dans sa nouvelle famille.

Plusieurs internautes ont rapidement senti l’arnaque et commenté le message, en laissant sous-entendre que l’offre d’un chiot valant généralement 2000$ qui est à donner était trop belle pour être vraie.

À l’inverse, nombreux sont ceux qui sont tombés sous le charme de l’animal et qui ont manifesté un grand intérêt à vouloir acquérir Rony.

L’Acadie Nouvelle a contacté Emily Jane, tout en affirmant être un particulier voulant grandement se procurer le chiot.

Après avoir demandé au représentant du journal son adresse courriel et s’il avait ou non un vétérinaire traitant, la présumée propriétaire de Rony a indiqué être déménagée au Québec en raison de son travail.

Emily Jane explique alors qu’un rendez-vous dans un endroit public est impossible en raison de son horaire chargé, mais qu’il est possible de faire livrer l’animal au domicile de l’acheteur, et ce en à peine six heures.

À peine une vingtaine de minutes plus tard, l’interlocutrice affirme alors être dans une agence de transport, où il lui serait possible d’expédier le chiot pour la somme de 235$.

Étrangement, même si elle affirme habiter au Québec, tous les amis Facebook d’Emily Jane sont originaires de Yaoundé, la capitale du Cameroun, un pays de l’Afrique occidentale.

Après avoir demandé les coordonnées de l’acheteur, un courriel de l’entreprise Pets Animals Relocators parvient à celui-ci. Il contient une foule de renseignements comme les certificats d’enregistrement, de naissance et de vaccination.

Le message indique que de nombreuses formes de paiements sont acceptées, comme les cartes de crédit, les dépôts bancaires directs et les transferts de fonds internationaux via Money Gram et Western Union.

Les auteurs de l’anarque vont jusqu’à suggérer quelques endroits situés à proximité du lieu de résidence de l’acheteur où il est possible de transférer de l’argent avec le service Money Gram.

Dans le cas d’un tel transfert, l’argent est destiné à un certain Joseph Lee Jones, domicilié en Caroline du Sud.

L’acheteur est alors invité à fournir une preuve que l’argent a été transféré en bonne et du forme afin de confirmer le transport du chiot et d’éviter qu’il ne soit en attente dans une cage pendant une nuit entière.

Plus d’une douzaine d’appels téléphoniques ont par la suite été logés au représentant de l’Acadie Nouvelle par la présumée agence de transport, et ce à partir d’un numéro de téléphone présumément en provenance de West Bend, au Wisconsin.

«Même si le numéro de téléphone semble effectivement provenir des États-Unis, il est fort probable que l’appel ait été en fait logé à partir de l’Afrique», a indiqué le sergent Benoit Jolette, du détachement de Bathurst de la GRC.

Durant près de 90 minutes, un interlocuteur a insisté à maintes reprises afin d’obtenir le paiement et la preuve écrite de son versement.

Selon le Centre antifraude du Canada, il semble que les escroqueries ciblant les mordus de chiots soient de plus en plus fréquentes dans les petites annonces.

«C’est un phénomène répandu, la vente de bois de chauffage, d’automobiles ou de meubles ou encore la location d’appartements de façon frauduleuse sont aussi fréquentes sur internet», a précisé Benoit Jolette.

L’agence fédérale indique que le fraudeur n’a pas évidemment pas les chiots en sa possession et qu’après quelques jours d’attente, l’acheteur, qui n’a pas encore reçu le chiot, tente de joindre le vendeur, mais n’obtient pas de réponse.

L’organisme International Pet Animal Transport Association a pour sa part répertorié au début de l’année 2016 près d’une centaine d’individus qui s’adonnent à l’arnaque aux chiots et a publié les coordonnées de ceux-ci sur son site Web.

«Offrir par transport un animal à votre porte pour une somme de  250$-350$ est irréaliste, considérant les coûts du transport, de vétérinaire et de licence qui dépassent largement ce montant. Il est de plus impossible de procéder à l’obtention de toutes ces licences en moins de 24 heures», prévient l’association dans une sérieuse mise en garde.

Les différents intervenants s’accordent sur le fait que les éventuels acheteurs de chiot devraient se procurer l’animal auprès de la SPCA ou d’un éleveur reconnu.