Les écologistes sont loin d’êtres rassurées par les conclusions du récent rapport de la médecin hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick, la Dre Jennifer Russell, portant sur l’utilisation du glyphosate.

Dans le doute, mieux vaut s’abstenir.

C’est en gros ce que pensent les membres des mouvements environnementaux Stop Spraying NB et Écovie. Ils digèrent mal les conclusions de l’étude de la médecin hygiéniste en chef, à savoir qu’il n’est pas nécessaire d’arrêter la pulvérisation du glyphosate en forêt à ce moment-ci.

Les écologistes persistent plutôt et signent en exigeant un moratoire sur l’arrosage.

Au Nouveau-Brunswick, ce produit est principalement utilisé par l’industrie forestière afin de freiner la croissance des feuillus, favorisant du coup la croissance des conifères.

Membre de Stop Spraying NB, Caroline Lubbe-D’Arcy croit que le gouvernement provincial devrait d’être proactif et non seulement spectateur dans ce dossier.

«Continuer l’utilisation de ce produit alors qu’il y a actuellement un débat mondial sur ce dernier et que la communauté scientifique est divisée, ce n’est pas sain», indique-t-elle.

«Si on ne peut nous garantir avec certitude que ce produit est 100 % sûr, qu’il n’a aucune chance de causer un cancer ou quelques autres maladies que ce soit, on a le devoir d’arrêter son utilisation. C’est le principe de précautions qui en alors en jeu», ajoute-t-elle.

Membre du groupe Écovie, Francine Levesque abonde dans le même sens.

«L’absence de certitudes scientifiques absolues ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement. Si on a un doute – ce qui est le cas ici – on se doit de s’abstenir. On doit le faire pour nous, mais aussi pour les générations à venir», souligne-t-elle.

Basée à Kedgwick, elle est même de constater les effets à long terme du glyphosate.

«Nous avons acheté, il y a une quinzaine d’années, une terre qui avait été arrosée. Et lorsqu’on la parcourt, on voit qu’il n’y a rien qui pousse dessus. Qu’on ne vienne pas me dire que ce produit est sans danger. On parle d’impacts importants sur une longue période de temps», estime-t-elle.

Mme Levesque s’inquiète aussi du fait de l’ampleur du territoire arrosé.

«Parmi les terres traitées au glyphosate au Canada, 28 % se trouvent au Nouveau-Brunswick. Ça signifie donc qu’on est vraiment beaucoup arrosés ici. Le moratoire a donc toute sa raison d’être. Il y a d’autres façons qui existent pour gérer nos forêts plutôt que de l’asperger de produits chimiques», croit Mme Levesque, citant en exemple la sylviculture.

«Ce serait beaucoup plus écologique et en plus, ça créerait de l’emploi, justement ce dont on a besoin dans la province. Car on a beau abattre plus d’arbres que jamais, la province ne semble pas s’enrichir avec ses ressources. Pire, on dirait même qu’elle s’appauvrit. C’est un non-sens. Mais ça, c’est un autre débat», lance-t-elle.

Elle n’hésite d’ailleurs pas à tracer un certain parallèle entre l’épandage actuel du glyphosate et celui du DTT dans les années 1950.

«Nous avons arrosé nos forêts avec de grandes quantités de ce poison pendant des années jusqu’à ce qu’on se rendre compte à quel point il était toxique et cancérigène. Je suis persuadée que c’est ce qui va se produire éventuellement avec le glyphosate, que d’ici quelques années, on va cesser son utilisation en raison de sa dangerosité. Pourquoi ne pas être plus brillant et cesser immédiatement?», se demande-t-elle.

Une étude aussi pour les bêtes

Selon Caroline Lubbe-D’Arcy, les études sur le glyphosates sur le plan mondial sont surtout concentrées sur le domaine agricole. «Mais ici, au Nouveau-Brunswick, la situation est unique», dit-elle.

«Nous arrosons un très grand pourcentage de nos forêts publiques, beaucoup plus qu’ailleurs au pays. On devrait donc lancer une étude exhaustive ici même au Nouveau-Brunswick afin d’étudier les conséquences de cette pratique», estime-t-elle, précisant que cette étude devrait également inclure les grands mammifères.

Car outre les effets sur la santé humaine, elle redoute aussi les impacts de l’arrosage sur la faune et la flore.

«On assiste, par exemple, depuis quelques années, à la disparition progressive du cheptel de chevreuils. Ce n’est pas étranger à l’épandage puisqu’on s’attaque directement à leur nourriture. L’orignal, pour sa part, continue de se nourrir des herbes même s’ils ont été arrosés. Qu’est-ce qui arrive s’il est chassé puis mangé par les humains? Reste-t-il des traces du produit dans son organisme? On se doit d’étudier tous ces aspects. Par ailleurs, on a des gens qui rapportent voir de moins en moins d’autres espèces animales à l’intérieur des forêts arrosées, comme des oiseaux, des lapins, etc. C’est un signe très inquiétant. On tue la biodiversité. On tue la vie de nos forêts», prévient-elle.

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