Dossier – Île-du-Prince-Édouard: une francophonie fragile

Edmond et Zita Gallant sont retraités depuis peu. Ces francophones de la région Évangéline profitent de leur temps libre pour faire rayonner la culture acadienne dans leur coin de pays. Rencontre de deux piliers communautaires.

Le couple nous a donné rendez-vous à Wellington, un petit bastion francophone situé dans l’ouest de l’Île.

En jetant des coups d’oeil à gauche et à droite en conduisant, l’affichage commercial bilingue nous rappelle que l’on est bel et bien dans une région acadienne.

La route nous mène Chez Char, en plein coeur de la communauté. La salle à manger de ce restaurant situé dans un modeste centre commercial n’est pas très grande. Quelques clients sont attablés, surtout des aînés.

Lorsque nous franchissons le cadre de la porte, une femme assise dans le coin lève la tête . Il s’agit de Zita Gallant. Son conjoint, Edmond, est à deux pas d’elle et jase avec des gens à la table d’à côté. Il vient se joindre à nous.

Ces deux enseignants retraités sont occupés. Ils s’impliquent entre autres au sein du conseil d’administration de la Coopérative de développement culturel et patrimonial de Mont-Carmel.

Cet organisme fondé il y a dix ans présente une série de spectacles dans une salle communautaire chaque été et le Festival de la chanson du Grand Ruisseau chaque automne.

«J’ai toujours aimé la musique. Je joue le piano, je jouais quand j’étais jeune. On est impliqué avec la chorale de l’église Notre-Dame-du-Mont-Carmel. Ça fait trente ans. La culture, ça a toujours été important pour moi. Pour elle aussi», dit Edmond Gallant en regardant son épouse.

Zita Gallant enchaîne sans attendre. «Il est organiste pour la chorale de l’église. On fait partie du club d’âge d’or, on va chanter dans les foyers. On dirait que ça va tout ensemble.»

Ce couple d’Acadiens est plutôt modeste. Au cours des dernières décennies, Zita et Edmond n’ont pas compté les heures données à leur communauté. Et la communauté leur a baissé son chapeau l’année dernière en leur accordant le titre d’Acadiens de l’année, une première pour un couple.

La serveuse, une francophone, vient nous interrompre le temps de venir voir si nous sommes prêts à commander et nous dire que le plat du jour est le pain à la viande.

Pas besoin d’en savoir plus; Edmond et Zita le choisissent (L’Acadie Nouvelle a opté pour la guedille au homard: NDLR).

De retour à nos moutons.

Comment va la communauté francophone de leur région, l’une des places fortes de l’Acadie insulaire?

Ces deux bénévoles de longue date avouent que tout n’est pas rose dans la région de Mont-Carmel. La lutte pour sa survie du français n’est pas gagnée, disent-ils.

«C’est une bataille continue. Il y a de plus en plus d’anglophones qui marient des francophones de la région, ou qui déménagent par ici», dit Edmond.

La présence francophone dans le coin est aussi affectée par le départ d’aînés qui plient bagage pour aller s’établir dans la ville la plus proche, Summerside.

«Souvent les maisons se vendent. Beaucoup d’anglophones vont acheter. Ma mère, elle a vendu sa maison. C’est quelqu’un de l’ouest de l’Île, des anglophones qu’on ne connaît pas. Il y a plusieurs maisons dans notre bout, c’est ça que c’est», indique Zita.

Edmond ajoute que cela a comme conséquence d’angliciser la région. Ces changements sont visibles dans la communauté, dit-il.

«On voit beaucoup ça à l’école. Les jeunes qui commencent la première année, il y en a peut-être proche de la moitié qui doivent apprendre le français quand ils arrivent à l’école. Ce n’était jamais le cas dans le passé.»

À leur façon, le couple et les autres dirigeants de la Coopérative de développement culturel et patrimonial de Mont-Carmel tentent de faire ce qu’ils peuvent pour donner un coup de pouce à la langue française.

Mais ils tiennent tout de même à tendre la main à la communauté anglophone et à leur ouvrir les portes des spectacles de variétés présentés à Mont-Carmel chaque été.

«C’est bilingue jusqu’à un certain point. On a toujours un artiste anglophone. Parce qu’il y a beaucoup d’anglophones qui viennent à nos spectacles. Et on annonce aussi un peu en anglais pour qu’ils soient confortables. Mais la majorité des artistes sont francophones.»

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