Dossier Î.-P.-É. – Une main accrochée au français, l’autre tendue vers les francophiles (vidéo)

Le français s’accroche dans la communauté de Rustico, durement touchée par l’assimilation. Pour faire mentir les pronostics, l’équipe du centre scolaire-communautaire du coin lutte pour la survie de la langue.

Les francophones de Rustico ont attendu ce centre pendant très longtemps. Après des années d’incertitude, l’établissement a enfin été inauguré officiellement en 2011. Ce n’était pas trop tôt.

Situé entre la terre et la mer (carrément entre un champ de patates et la côte) il accueille une école fréquentée par trois douzaines d’élèves. Une garderie s’y trouve aussi.

- Acadie Nouvelle: Pascal Raiche-Nogue
– Acadie Nouvelle: Pascal Raiche-Nogue

Ce centre scolaire-communautaire, l’un des six établissements francophones du genre à l’Île, est la plaque tournante pour les Acadiens de cette région rurale.
Lors de notre passage en juillet, en fin d’après-midi, les lieux étaient plutôt calmes. Quelques jeunes enfants de la garderie se préparaient à retourner à la maison.

Les corridors de la partie réservée à l’école étaient pleins de meubles, ménage estival oblige.

Les élèves, eux, étaient partis, mais l’équipe du Conseil acadien de Rustico (l’organisme qui présente des activités à l’école et qui pilote le festival annuel bilingue de la communauté) était toujours au boulot.

Le conseil oeuvre dans un contexte particulier, explique sa directrice générale, Andréa Deveau. L’absence d’une école francophone dans la région pendant des décennies a laissé des traces.

«On voit beaucoup d’Arseneault, de Doiron, de Gaudet et de Blanchard qui ont tous perdu la langue. Il y a deux générations qui ont perdu la langue. Donc nous autres, ici, on essaie de faire des activités pour appuyer la communauté scolaire ici au Centre acadien Grand-Rustico.»

Selon Andréa Deveau, l’insécurité linguistique est palpable, notamment chez plusieurs aînés francophones qui hésitent à parler leur langue maternelle.

«Il y a beaucoup de personnes, les plus aînées de la communauté, qui parlent le français et qui ne le parlent pas souvent. Alors ils se sentent gênés, ils ne sont pas certains d’eux même. (…)  Ils ne prennent pas avantage tant que ça. Ils vont souvent parler l’anglais même si tout le monde autour de la table parle le français.»

L’agent de développement communautaire du conseil, Alexandre Bodet, rapporte qu’il n’y a pas que les aînés et les adultes qu’il faut aider à apprivoiser le français.

Andréa Deveau, Donald Desroches et Alexandre Bodet, du Conseil acadien de Rustico. - Acadie Nouvelle: Pascal Raiche-Nogue
Andréa Deveau, Donald DesRoches et Alexandre Bodet, du Conseil acadien de Rustico. – Acadie Nouvelle: Pascal Raiche-Nogue

Les jeunes élèves inscrits à l’école francophone ont eux aussi tendance à parler anglais dès que l’occasion se présente, selon lui.

«Je pense que pour les plus jeunes, ils font beaucoup plus l’effort de parler en français même pendant les temps à l’école. Après, chez les plus grands, les 7e ou 8e années, c’est plus difficile à les faire parler en français et à ce qu’ils prennent plaisir à parler en français. Souvent, c’est un fardeau de parler français. Je le ressens comme ça avec les plus grands», dit-il.

Une main tendue vers les francophiles

Pour que le français survive et prenne son essor dans cette région où il a déjà eu meilleure mine, l’équipe du conseil mise sur l’inclusion des parents anglophones d’enfants inscrits à l’école et des autres francophiles de la communauté.

Par exemple, elle fait une place à l’anglais lors des activités organisées à l’école, explique le président du conseil, Donald DesRoches.

«On veut que toute la famille puisse participer à l’activité. C’est sûr que l’animation va se faire en français, les artistes vont être en français. Mais on fait tout ce qu’on peut pour que la personne se sente à l’aise.»

Il ajoute que le conseil tente d’atteindre un équilibre. Il veut à la fois tendre la main aux francophiles et à l’ensemble de la communauté, sans pour autant dénaturer le centre scolaire-communautaire pour lequel les francophones se sont battus pendant si longtemps.

«Il y a une ligne qui est fine qu’on essaie de garder. C’est une école française. Ce sont des activités de la communauté francophone, on a besoin de maintenir une ambiance francophone.»

Au final, les francophiles ne peuvent être ignorés, affirme-t-il. «Ils sont des alliés. Si on veut que le français reprenne une certaine place de la société publique, à l’extérieur des maisons, on a besoin d’alliés. On ne peut pas le faire avec la force du nombre de francophones qu’il y a à Rustico.»

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