Dossier – L’Acadie de l’Île tient bon mais a besoin d’alliés (vidéo)

La communauté francophone de l’Île-du-Prince-Édouard tient bon. Mais pour espérer survivre, elle doit ouvrir ses portes à des alliés parfois négligés; les francophiles. Interview avec le directeur général de la Société Saint-Thomas-d’Aquin.

La communauté francophone de l’Île-du-Prince-Édouard est toute petite. Quelques milliers de personnes à peine.

Dans un tel contexte, la démographie prend une importance toute particulière, explique Aubrey Cormier.

«Les autres dossiers, ce sont des dossiers prioritaires. Celui-là, il est existentiel. Il est dans une catégorie à part», dit-il en interview.

Il va même jusqu’à dire que c’est le seul dossier existentiel.

Pour contrer le vieillissement de la population, l’assimilation et l’exode des jeunes, la communauté acadienne devra faire preuve d’ouverture, croit-il.

Une ouverture vers le monde, évidemment, puisque l’immigration peut donner un bon coup de main.

Mais les Acadiens ne peuvent pas seulement espérer que cette piste de solution permettrait de freiner le déclin démographique de la communauté francophone, dit-il.

«Même au Nouveau-Brunswick, on a de la difficulté à atteindre les pourcentages qu’on se fixe. De penser qu’à l’Île-du-Prince-Édouard, on serait en mesure de combler le déficit démographique uniquement avec l’immigration, c’est rêver en couleur.»

À l’heure actuelle, seulement 2% des immigrants qui s’installent hors Québec sont francophones. C’est bien peu, même dans une province comme l’Île-du-Prince-Édouard, où les gens ayant le français comme langue maternelle ne représentent qu’environ 4% de la population.

L’objectif fixé par le gouvernement libéral de Justin Trudeau est que d’ici à 2023, 4,4% de tous les nouveaux arrivants qui s’établissent hors Québec soient francophones.

À long terme, c’est carrément la survie des institutions et des infrastructures francophones qui sont à risque, selon Aubrey Cormier.

Un autre bassin de population dans lequel les francophones de l’Île-du-Prince-Édouard peuvent puiser pour assurer leur vitalité est celui formé par les très nombreux francophiles.

La définition de ce qu’est un francophile ne fait pas l’unanimité. On peut cependant dire sans trop se mettre le doigt dans l’oeil que ce groupe inclut les anglophones qui ont le français comme deuxième langue.

«Ils sont 12 000 personnes à l’Île-du-Prince-Édouard. C’est un nombre assez important. Parmi cette population, il y a beaucoup de champions et de championnes qui peuvent certainement contribuer à la communauté acadienne francophone», dit-il.

La communauté francophone de l’Île doit leur tendre la main et faire preuve d’ouverture, selon lui. «C’est une question de survie.»

Petites communautés, grands défis

Le défi démographique a déjà des conséquences visibles dans la plus petite province canadienne.

Au cours des dernières années, l’Île-du-Prince-Édouard a vu le nombre d’organismes et de regroupements communautaires francophone se multiplier sur son territoire.

Ce n’est pas sans rappeler la fragmentation du milieu associatif au Nouveau-Brunswick au cours des dernières décennies.,

La grande différence, c’est que les francophones de l’Île sont beaucoup moins nombreux que ceux du Nouveau-Brunswick.

La croissance du nombre d’organisations est donc difficile à soutenir, Aubrey Cormier.

«On a dilué les ressources humaines. On a de la difficulté. Il y a beaucoup de conseils d’administration qui se réunissent et qui ont de la difficulté à avoir le quorum. Les A.G.A. ont de la difficulté à avoir le quorum. Ça, c’est un symptôme clair du défi démographique qui se pose», dit-il.

Plusieurs organismes francophones tentent de relever le défi en collaborant davantage et en mettant en commun leurs ressources.

Un centre de partage des ressources administratives inspiré du modèle néo-écossais a ouvert ses portes l’an dernier et permet de réduire les coûts de la gestion financière.

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