Clubs vidéo: une industrie en voie d’extinction?

Alors que les technologies – légales ou non – permettant de visionner des films et des séries télévisées se multiplient, les clubs vidéo de la province espèrent ne jamais avoir à fermer leurs portes.

Les nouvelles sources pour avoir accès à des films (piratage, télévision à la carte, Netflix, Apple TV, Amazon Fire TV) ont modifié les habitudes des adeptes de cinéma et ont eu pour effet de faire diminuer la clientèle des clubs vidéos.

Le phénomène n’échappe pas au Nouveau-Brunswick. L’industrie est en déclin et d’ici quelques années, il faudra probablement parler de leur existence au passé. Mais d’ici là, certains tiennent bon.

Plusieurs clubs ont fermé boutique au Nouveau-Brunswick au cours des dernières années. Dans la région de Moncton, par exemple, de gros joueurs comme BlockBuster, Jumbo Video, Needs et Rogers ont mis la clé sous la porte.

Dans les régions francophones, les principaux clubs vidéo poursuivent leurs activités. Conscients que l’industrie est chambranlante, leurs propriétaires ont dû faire des ajustements.

«Jusqu’à il y a cinq ans, c’était une mine d’or. Mais les choses ont commencé à se gâter depuis que les clients peuvent obtenir les films de différentes manières», affirme Richard Breau, propriétaire des succursales de Vidéo Plus de Shippagan, de Tracadie et de Négac.

À la fermeture du Ciné Vidéo Club de Campbellton, en 2015, Chantal Savoie a ouvert un autre club dans un emplacement plus petit dans le même centre commercial de la rue Roseberry. La superficie du commercce est passée de 6000 à 1100 pieds carrés, précise-t-elle. Les jouets, des produits dérivés et de la nourriture s’ajoutent à la location de films.

«Il y a eu une diminution dans les locations, mais pour l’instant, ça se maintient. Il faut s’ajuster avec les tendances. On a réduit de beaucoup l’inventaire. Nous n’avons que les films de 2015 et de 2016. Il n’y a que dans la section des enfants où nous conservons les classiques. Le point positif, c’est que nous conservons de bons clients et nous ajoutons de nouveaux abonnés», indique la propriétaire du Club vidéo de Campbellton, qui a ouvert ses portes en août 2015.

Même si son club est le seul entre Kedgwick et Bathurst, Chantal Savoie est consciente que ce type de commerce pourrait être appelée à disparaître.

«Malheureusement, on semble s’en aller vers ça. C’est tant mieux pour nous si la nouvelle tendance n’a pas encore frappé tout le monde dans les petites villes. Nous avons par contre beaucoup de gens à la retraite qui viennent régulièrement faire leur location. Même chose pour les petites familles. Pour elles, c’est souvent l’activité du week-end. Elles prennent des films et du popcorn. On fait des spéciaux ainsi que des tirages pour attirer et fidéliser la clientèle», révèle Mme Savoie.

Le porte-parole du Superclub Vidéotron d’Edmundston, Jean-Guy Ouellette, reconnaît que les locations ne cessent de diminuer, d’environ 10 à 15 % par année, selon lui.

L’édifice qui abrite ce club vidéo à Edmundston, le seul du genre dans la localité, a récemment été mis en vente par le propriétaire.

«On tient tranquillement le fort comme à l’habitude», mentionne-t-il.

Mais les signes ne sont guère encourageants. Le bail de location, arrivé à échéance, est pour l’instant prolongé sur une base mensuelle, dit-il.

Au Québec, certains superclubs Vidéotron ont effectué des changements importants. Ils ont remplacé une partie de la surface traditionnellement réservée aux locations de films par l’ajout d’une section dédiée aux services de téléphonie cellulaire.

Il a été impossible de parler à la gestionnaire du Ciné Club Vidéo de Bathurst, retenue à l’extérieur. Un appel au Cinéma Vidéo de Caraquet n’a pas permis non plus d’en savoir plus sur le rendement de l’établissement.

«J’irai jusqu’au bout» 

Conscient qu’il risque d’être confronté à leur fermeture un jour, le propriétaire des Vidéo Plus de Shippagan, de Tracadie et de Néguac, Richard Breau, espère que l’aventure durera encore quelques années.

Pour l’instant, Richard Breau se dit satisfait du rendement de ses succursales de Shippagan et de Tracadie. Ce n’est par contre qu’une question de temps avant qu’il ne doive dire adieu à celle de Néguac pour y ouvrir autre chose dans le bâtiment commercial qu’il possède dans la localité.

«Malgré une baisse évidente d’environ 15 % des locations annuellement depuis environ cinq ans, ça continue de fonctionner quand même assez bien à Shippagan et à Tracadie. Ça nous permet de payer nos dépenses et nos employés. Par contre, on a diminué notre inventaire. Au lieu d’avoir 10 exemplaires d’un film, on en a quatre. Ce n’est plus une affaire de compétition comme avant», explique M. Breau en précisant que l’ajout de services, comme la nourriture, a été une porte de sortie.

Il croit que le fait d’être présent dans une communauté francophone est un atout qui permettrait d’affronter la vague.

«C’est un avantage pour nous, surtout pour les gens qui veulent visionner les films en français.»

Les gens de l’industrie lui laissent entendre que les clubs vidéo risquent d’être chose du passé d’ici deux ou trois ans.

«Je ne peux pas prédire quand viendra la fin. Mais on sait que cette industrie n’est plus ce qu’elle était. La logique serait probablement de fermer les portes. J’espère qu’on pourra survivre encore deux ou trois ans. Mais je suis coriace, je vais aller jusqu’au bout avec ça. Je veux être le dernier à avoir gardé ses clubs vidéo ouverts», a indiqué M. Breau.