Allocation de vieillesse: un Néo-Brunswickois peine à prouver qu’il est Canadien

Comment un Néo-Brunswickois peut-il démontrer au gouvernement fédéral qu’il est revenu vivre au Canada en 1970 quand les documents d’archives des postes frontaliers qui le prouveraient ont été détruits en 1983? C’est à ce dilemme que fait face actuellement Louis LaBrie pour obtenir une allocation pour les personnes à la retraite.

Depuis le 10 juillet, Louis LaBrie, qui habite Lac-Unique, dans le Haut-Madawaska, est admissible à recevoir l’allocation du programme de la Sécurité de vieillesse du Canada remise à toute personne de 65 ans et plus qui habite au pays depuis plus de 10 ans.

Cette allocation s’ajoutera à celle qu’il reçoit depuis qu’il a atteint 60 ans du Régime de pensions du Canada (dans lequel les individus contribuent lors des années où ils travaillent).

M. LeBrie rencontre des difficultés avec sa demande pourtant formulée 10 mois à l’avance, en septembre 2015.

Né à Clair, ses parents ont déménagé en 1961 à Fort-Kent, au Maine, tout juste de l’autre côté de la frontière américaine, lorsqu’il était enfant. Adulte et marié à 23 ans, il est revenu s’établir en sol canadien où il a vécu depuis dans le Haut-Madawaska (Lac-Baker, Clair et Lac-Unique).

Pour obtenir cette allocation d’environ 500$ par mois, il soutient devoir fournir la preuve confirmant son retour au Canada. Dans son cas, cela remonte à 1974, après 13 années en sol américain. Il n’en revient pas qu’il doive démontrer qu’il habite dans un pays où il a payé des taxes et impôts depuis plus de 40 ans.

«C’est une preuve qu’il m’est impossible d’obtenir. Pourtant, j’ai bien des documents comme mon certificat de naissance, mon numéro d’assurance-sociale, mon passeport ou mes rapports d’impôt qui le démontrent», a expliqué M. LaBrie.

Une porte-parole fédérale de l’Agence des services frontaliers du Canada a confirmé que des documents d’archives des postes douaniers ont été détruits en 1983.

Après diverses démarches, il semble bien qu’une copie authentifiée par le seau du greffe de l’hypothèque de sa propriété sera acceptée comme preuve qu’il vit au Canada depuis une longue période. Il a récemment fait parvenir ce document mais n’a pas eu de nouvelles depuis.

Il estime que la bureaucratie fédérale devrait se mettre à jour.

«Dans la lettre que j’ai reçue de Services Canada, on disait que je pouvais fournir un billet de bateau ou de train attestant mon entrée ou arrivée au pays. Qui de nos jours garderait un tel document durant une longue période? Un moment donné, il va falloir revoir les règles et accepter des documents raisonnables», a convenu M. LaBrie.

Il s’interroge aussi à savoir pourquoi aucun suivi n’a été fait à sa demande par Services Canada avant qu’on n’y rencontre un problème. Il croyait obtenir un premier chèque en juillet, près de la date de son 65e anniversaire. Quelques semaines plus tard, en août, il a commencé à placer des appels.

«Je n’ai reçu aucune lettre attestant la réception de ma demande pourtant faite à l’avance en septembre 2015. C’est comme s’il a fallu que l’on rencontre un problème, une fois admissible au programme, pour qu’on commence à regarder mon dossier. Dix mois plus tard, on m’a fait parvenir la liste des documents qu’on attendait de moi pour compléter ma requête. Cela aurait pu être fait bien avant», a-t-il fait remarquer.

L’Agence confirme que pour les voyageurs arrivant par un poste douanier, la période de rétention des documents attestant leur entrée au pays est de six ans. Par contre, les fichiers informatisés depuis 2012 seront conservés pour une période de 75 ans.

Les problèmes d’un retraité né aux États-Unis

Un retraité de Saint-Léonard, Paul Roy, dit lui aussi avoir vécu une situation problématique parce qu’il est né dans un hôpital du Maine mais a habité toute sa vie au Canada.

Paul Roy est né en 1951. Sa mère a accouché à l’hôpital de Van Buren, communauté frontalière de Saint-Léonard en sol américain.

Tout allait bien jusqu’à ce qu’il perde son porte-feuille au début des années 80 et fasse une demande de renouvellement de sa carte d’assurance sociale.

«Je connaissais mes neuf chiffres par coeur. Malgré cela, on me disait que je n’étais pas reconnu dans le système canadien», a-t-il expliqué.

«Dans ce temps-là, les femmes allaient accoucher à Van Buren. Au retour, elles disaient tout simplement aux douaniers, qui les connaissaient de toute façon, qu’elles revenaient à la maison après avoir eu un enfant. Je n’ai passé que quatre jours aux États-Unis avant de vivre ma vie entière au Canada. Mais je n’étais pas reconnu. Finalement, la situation a pu être résolue», a-t-il poursuivi.

Il aura 65 ans en octobre. Il dit espérer que cela n’aura aucune répercussion lorsque viendra le temps de recevoir l’allocation de ce programme de Sécurité de Vieillesse du Canada.

«La bureaucratie est un gros problème de nos jours. J’ai fait ma demande pour l’obtention de cette allocation pratiquement un an à l’avance. Mais je n’ai reçu aucune confirmation comme quoi elle était en bonne et due forme ni à savoir quand je pouvais m’attendre à recevoir un premier chèque», a poursuivi M. Roy.