Camionneur: un métier en voie de disparition

L’industrie du camionnage du Nouveau-Brunswick cherche des moyens pour s’attaquer aux pénuries de main-d’œuvre. Le gouvernement provincial a même accordé 200 000$ à l’Association du camionnage des provinces de l’Atlantique pour l’aider à trouver des solutions à cette problématique. D’autres semblent avoir d’autres plans en tête pour l’industrie.

Des camions autonomes sans chauffeurs pourraient rouler sur les routes nord-américaines au cours de la prochaine décennie, prédisent les experts.

Les principaux constructeurs automobiles ont annoncé leur intention de lancer des véhicules entièrement autonomes sans volant sur le marché à compter de 2020 ou de 2021, fait savoir Nicolas Saunier, professeur spécialisé dans les systèmes de transport intelligents à l’École polytechnique de Montréal.

Par exemple, en août, la compagnie Ford a déclaré qu’elle entend mettre en marché une telle voiture à compter de 2021. De son côté, General Motors a déjà investi plus de 1 milliard $ dans cette technologie.

Des voitures de la société Tesla ont déjà un mode «autopilote». L’ambition du constructeur automobile de la Silicon Valley, en Californie, lui permet d’envisager d’intégrer cette technologie de pointe dans des autobus et des camions. Les premiers modèles devraient être dévoilés en 2017.

Ce printemps, des fabricants européens ont mené des essais routiers de camions autonomes sur les voies publiques. Des convois sont partis de la Suède et de l’Allemagne pour se rendre jusqu’au port de Rotterdam, aux Pays-Bas.

Il est difficile cependant de savoir exactement quand les camions autonomes seront commercialisés à grande échelle, dit Nicolas Saunier. Quoi qu’il en soit, l’ingénieur est catégorique quant au destin des camionneurs: «Ce n’est pas vraiment un métier d’avenir.»

Pour M.Saunier, les entreprises de camionnage ne vont probablement pas hésiter à basculer lorsque la technologie deviendra facilement accessible, notamment pour économiser sur la main-d’œuvre, devenir plus efficaces et améliorer leur bilan de sécurité routière.

«Si ça fonctionne, ils vont passer du jour au lendemain au camion autonome. Ils vont gagner plus d’argent, ils vont être plus efficaces et supprimer une bonne partie de la main-d’œuvre. Pour eux, l’équation est simple.»

«Ce n’est pas seulement une question d’efficacité, mais à moyen terme, il va y avoir des gains énormes en terme de bilan routier. Le but c’est vraiment d’avoir un système de transport plus sécuritaire. Je n’ai pas de doute que ce sera le cas. Il ne sera pas parfait dès le premier jour, mais les camions autonomes vont réduire le nombre d’accidents de façon drastique.» n

Peu d’inquiétudes en Atlantique

Malgré ce portrait sombre pour les camionneurs, l’Association du camionnage des provinces de l’Atlantique demeure optimiste. Le directeur général de l’organisme, Jean-Marc Picard, a du mal à imaginer un camion de 100 000 livres rouler sur l’autoroute sans un être humain derrière le volant.

«La technologie est déjà parmi nous d’une certaine façon. Il y a des systèmes qui existent qui fait en sorte que le camion est semi-automatique. Il y a des dispositifs pour nous aider à freiner, à accélérer et à garder le camion entre les lignes sur la route», explique Jean-Marc Picard.

L’évolution de l’industrie ne le préoccupe pas outre mesure.

«Est-ce que ça nous inquiète? Pas du tout. Je ne suis pas sûr qu’on va se rendre là dans les prochaines années. Je pense qu’il va toujours y avoir un humain derrière le volant, mais les fonctions seront peut-être différentes. Il va peut-être travailler sur d’autres choses pendant que le camion avance, mais je pense qu’on est encore à un bon bout avant de voir un véhicule sans chauffeur dans nos communautés.»

En fait, l’Association du camionnage des provinces de l’Atlantique a plutôt l’intention de mener une campagne pour recruter des camionneurs. Le montant de 200 000$ du gouvernement provincial va lui permettre de mettre sur pied un comité qui va comprendre des représentants de l’industrie et du gouvernement.

«On a du mal à recruter des gens, que ce soit pour conduire les camions ou pour les réparer. On a du mal à attirer des gens dans notre industrie. On veut créer un comité pour trouver des solutions et pour changer la perception des gens. Il y a beaucoup d’emplois qui sont disponibles.»

Selon M.Picard, le métier a beaucoup évolué au cours des dernières décennies.

«Tout a évolué. Le transport est un besoin dans nos communautés. La nourriture, les médicaments et ainsi de suite, tout ça arrive par camion. On le tient souvent pour acquis, mais c’est un travail important.»

Pas de la science-fiction

Si l’aide du gouvernement est bien appréciée par l’industrie du camionnage du Nouveau-Brunswick, l’ingénieur Nicolas Saunier a l’impression que les différents ordres gouvernementaux du pays ne préparent pas suffisamment les populations aux changements.

«Je pense qu’il y a eu un tournant important en 2016. Il n’y a plus grand monde dans les médias qui doute de l’arrivée de la technologie, mais au niveau des gouvernements, je pense qu’ils ont quand même l’impression que ç’a l’air de la science-fiction. Ils ont donc du mal à l’ajouter dans leur planification. Ils ont du mal à y croire», soutient l’ingénieur.

Nicolas Saunier a quelques hypothèses quant aux raisons pour lesquelles Ottawa tarde à prendre position.

«Ils attendent de voir ce qui se passe aux États-Unis parce qu’il ne sert à rien que le Canada propose des règles qui seraient différentes de celles aux États-Unis. On sera obligé d’harmoniser et de suivre d’une façon ou d’une autre.»

Au Canada, l’Ontario est sans doute la province la plus avant-gardiste à cet égard. À compter du 1er janvier 2016, le gouvernement libéral de Kathleen Wynne a lancé un projet pilote pour faire des essais routiers de véhicules autonomes sur les voies publiques.

Au Nouveau-Brunswick, Donald Arseneault, ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail, défend la décision de son gouvernement d’accorder 200 000$ à l’Association.

«Si on se penche sur la composition démographique, les camionneurs vieillissent. Ça représente des défis dans un secteur que nous considérons comme essentiel pour l’économie. Pour développer une bonne économie, il faut de bons moyens de transport et le camionnage a un rôle important dans cette équation.»

Le ministre Arseneault pense que la province sera en mesure de s’adapter aux possibles pertes d’emplois lors de la migration vers les camions autonomes.

«Nous avons un réseau de collèges communautaires qui s’adaptent à l’économie de demain et nous sommes conscients qu’elle est en train de changer. S’il y a des secteurs qui deviennent plus automatisés, ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas besoin de main-d’œuvre.»
Statistiques

  • Le secteur du transport et de l’entreposage représentait 4,8% du PIB réel de la province en 2014
  • Le secteur du transport et de l’entreposage a généré des retombées économiques d’environ 1,3 milliard $ en 2014
  • Environ 19 000 personnes au Nouveau-Brunswick travaillait dans le secteur en 2015
    (Source : gouvernement du Nouveau-Brunswick)