Aide à mourir: des médecins de Caraquet s’opposent aux directives de l’Église

Le mécontentement gronde parmi les professionnels de la santé de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, à Caraquet. Certains n’acceptent pas que l’aide médicale à mourir y soit interdite en raison de considérations religieuses.

Comme cinq autres établissements de la province, l’hôpital ne pourra pas offrir l’aide à mourir dans ses murs. Santé Catholique Internationale, propriétaire des lieux, s’oppose à la procédure. Une entente signée avec la province permet à l’organisation d’empêcher que certains actes médicaux contraires à la religion catholique n’y soient pratiqués.

Si l’hôpital de Caraquet est officiellement contre l’aide médicale à mourir, au moins une partie du corps médical ne partage pas cette position. Plusieurs médecins ont fait part de leurs craintes à la Dre Nadia Veilleux, chef de service en médecine familiale et d’urgence.

«Il y a de l’inquiétude, du mécontentement et un désir d’avoir plus d’informations. En tant qu’équipe médicale, on a toujours le désir d’offrir ce qu’il y a de mieux aux patients», résume-t-elle.

«Certains s’inquiètent que l’accès du service au patient soit limité. On ne sait pas où ils vont être redirigés, on n’a pas reçu de directive ni de note de service. Tout ce qu’on sait, on l’a appris dans les journaux.»

L’hôpital de Caraquet dispose d’une clinique d’oncologie satellite et d’une unité de soins palliatifs. Plusieurs médecins comprennent donc mal pourquoi les patients souhaitant mettre fin à leurs jours devraient être transférés à la maison ou dans un autre établissement.

«Ce ne serait pas étonnant qu’on reçoive des demandes et qu’on se retrouve face à certaines situations», estime la Dre Nadia Veilleux.

«Le plus important c’est que les patients reçoivent les soins adéquats, ajoute-t-elle au nom de certains de ses collègues. Certains ne seront pas donnés, non pas par manque de ressources, mais en raison de principes religieux.»

Le Dr Gilbert Blanchard est bien connu dans la Péninsule acadienne. Il a milité pour le retour de l’arrêt d’ambulance et des services d’urgence à l’Hôpital l’Enfant-Jésus en 2012 et s’implique depuis 2013 dans la sauvegarde de l’église de Bas-Caraquet.

Selon lui, l’Église ne devrait pas avoir son mot à dire sur les actes médicaux pratiqués dans les hôpitaux publics.

«Nous les médecins ne dictons pas ce que les curés doivent dire ou faire dans leurs églises alors la religion catholique ne devrait pas s’imposer dans notre hôpital pour nous dire quoi faire ou comment soigner nos patients. On nous empêchait de faire des vasectomies ou de mettre des stérilets pour la contraception, mais là ils veulent nous empêcher d’offrir l’aide médicale à mourir dans notre hôpital… Ça va un peu trop loin.»

Le Dr Blanchard assure que l’équipe médicale se prépare à contester la situation.

«Nous n’en resterons pas là, dit-il. C’est une décision qui n’a pas de sens pour notre unité spécialisée en soins palliatifs. Le ministre Boudreau devrait nous appuyer et s’opposer à cette ligne directrice de SCI.»

En entrevue, le ministre de la Santé Victor Boudreau a indiqué que renégocier le contrat ne fait pas partie des plans immédiats du gouvernement.

«Si ça cause réellement des problèmes, ça sera peut-être quelque chose à regarder, mais pour l’instant notre intention est de respecter cette entente.»