René Cormier

L’actuel président de la Société nationale de l’Acadie, René Cormier, est nommé sénateur. Le premier ministre en a fait l’annonce jeudi.

Justin Trudeau a confirmé jeudi matin la nomination de neuf nouveaux sénateurs, cinq femmes et quatre hommes, dont cinq représentants de l’Atlantique. Ce nouveau contingent de sénateurs comprendra une autre néo-brunswickoise, Nancy Hartling de Saint-Jean, qui œuvre auprès des femmes seules et victimes de violence.

Bien que son nom avait circulé au cours des dernières semaines, M. Cormier n’avait pas voulu annoncer publiquement son intention. Son dossier est finalement ressorti des 2700 candidatures étudiées par le Comité consultatif indépendant sur les nominations au Sénat.

M. Trudeau devrait par ailleurs annoncer deux autres séries de nominations au cours des prochains jours pour combler les 12 autres sièges vides – six du Québec et six de l’Ontario. Lorsqu’il aura terminé, les sénateurs indépendants occuperont une majorité de 44 sièges, contre 40 pour les conservateurs et 21 pour les libéraux indépendants.

Jeudi, le nouveau sénateur acadien s’est dit «extrêmement honoré» d’avoir été retenu. «Cette nomination arrive à un moment où le Sénat est dans une dynamique positive, il y a un réel désir de le moderniser et de le rendre non partisan.»

Il souhaite être la voix des minorités et promouvoir les enjeux propres au Nouveau-Brunswick et aux autres provinces de l’Atlantique.

«Je vais être un sénateur à l’image de ce que je suis actuellement, affirme René Cormier. Je veux rassembler un maximum de sénateurs autour de grands enjeux comme les langues officielles, l’immigration, la jeunesse. Je serai un ardent défenseur des arts et de la culture et un promoteur de la francophonie.»

Réélu pour une deuxième année à la présidence de la SNA, René Cormier est également directeur artistique des Zones théâtrales au Centre national des Arts et conseiller de l’Association acadienne des artistes professionnel.le.s du Nouveau-Brunswick.

L’artiste multidisciplinaire de Caraquet a notamment été président de la Commission internationale du théâtre francophone, directeur du Théâtre populaire d’Acadie et président de la Fédération culturelle canadienne-française.

De nombreuses félicitations

«C’est une excellente nouvelle», réagit Janic Godin, le directeur général de la SNA. Pour lui, René Cormier a toutes les qualités requises.

«René a une feuille de route, un dynamisme et de l’énergie à revendre. C’est une personne consciente des enjeux de l’Acadie, il a un sens de la collectivité extraordinaire et une ouverture d’esprit. C’est un grand bonheur que quelqu’un de chez nous soit reconnu. Et c’est mérité, il a été choisi pour sa rigueur, son professionnalisme et tout ce qu’il a accompli dans sa carrière.»

Jean-Marie Nadeau, également candidat au poste, salue la décision du premier ministre. «C’est une bonne nomination, je me réjouis pour René et je me désole pour moi», lance-t-il.

«On est peu à se préoccuper de nos frères et soeurs acadiens des autres provinces. En ce sens-là, c’est un atout intéressant. J’espère qu’il sera visible, souvent on a des sénateurs qui fonctionnent au neutre et on ne sait pas vraiment ce qu’ils font. Je présume que René fera mieux connaître l’Acadie au Sénat et que la communauté artistique saura aussi bénéficier de sa présence. Je m’attends à ce qu’il soit un sénateur volubile et actif.»

La Fédération des jeunes francophones a exprimé ses félicitations dans une lettre.

«Avec votre travail acharné au sein de la société acadienne, nous sommes très contents de voir le Nouveau-Brunswick aussi bien représenté à la Chambre haute.»

Ces nominations ne sont cependant pas au goût de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE). Son président Ghislain Boudreau se réjouit du choix de M. Cormier, mais estime que les Acadiens de sa province ont été oubliés.

«La Fédération acadienne est extrêmement déçue de constater que pour la première fois depuis 1907, la communauté acadienne de la Nouvelle-Écosse n’aura aucun représentant à la plus haute chambre du pays. Après l’élimination des circonscriptions électorales acadiennes, les amendements diminuant de façon importante la portée de la Loi sur les services en français et les défis d’ordre financier qui menacent la survie des organismes acadiens de la Nouvelle-Écosse, la Fédération perçoit cette nouvelle comme un abandon des gouvernements envers un des peuples fondateurs du Canada.»

Deux fonctions incompatibles?

René Cormier pourra-t-il assurer son rôle au Sénat tout en restant à la tête de la SNA? C’est en tout cas le souhait du nouveau sénateur.

«Mon désir est de poursuivre le travail que j’ai entrepris à la Société nationale de l’Acadie, je pense que ce travail n’est pas incompatible avec ma fonction au Sénat, dit-il. Je dois savoir des instances décisionnelles si c’est possible, mais ça me tient énormément à coeur.»

Plus tard au cours de la journée, M. Cormier a cependant fait volte-face, indiquant qu’il est encore prématuré pour lui de prononcer sur son futur à la SNA.

Une importante charge de travail ne lui fait pas peur:

«J’ai l’habitude de faire beaucoup de choses en même temps, mais je veux me concentrer principalement sur ma fonction au Sénat.»

La présidence de la SNA est un poste bénévole qui n’empêche pas la personne en fonction de mener un travail professionnel en parallèle. Contrairement aux ministres, les sénateurs peuvent d’ailleurs exploiter une entreprise ou maintenir leur poste d’administrateur d’un organisme à but non lucratif.

Cependant, le code d’éthique du Sénat précise que les sénateurs doivent prendre les mesures nécessaires en ce qui touche leurs affaires personnelles pour éviter les conflits d’intérêts réels ou apparents qui sont prévisibles.

«Les sénateurs sont tenus de donner à leurs fonctions parlementaires préséance sur toute autre charge ou activité», indique également le règlement. La conseillère sénatoriale en éthique, Lyse Ricard, sera chargée d’évaluer le cas.

Le directeur général de la SNA reconnaît qu’il ne serait pas simple de mener de front les deux activités.

«Notre organisme est quand même engagé dans des positionnements au niveau politique, culturel, diplomatique, rappelle M. Godin. Est-ce qu’il y a un conflit d’intérêts potentiel? Certainement. Est-ce que l’un empêche l’autre? Ce sera au conseiller à l’éthique à l’évaluer. Notre conseil d’administration devra aussi l’évaluer avec M. Cormier. Il y a une réflexion sérieuse qui doit se faire. Être sénateur, c’est un gros travail, c’est très prenant.»

 

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