À la rencontre de Blaine Higgs, le nouveau chef du Parti progressiste-conservateur

Après une course à la direction de près de neuf mois et un congrès à la chefferie de plus de neuf heures, Blaine Higgs a décidé de s’accorder trois jours de congé avec sa famille. L’Acadie Nouvelle a rencontré le nouveau chef du Parti progressiste-conservateur à son retour au bureau de l’opposition officielle à Fredericton.

Blaine Higgs n’est pas encore installé dans son nouveau bureau lors de la visite du journal. Le chef par intérim du parti, le député Bruce Fitch, doit encore passer ramasser ses affaires.

Du maïs soufflé et un restant de gâteau au glaçage «bleu conservateur» traînent sur une table à l’entrée, dernier signe de la fête du week-end.
Chose rare, M. Higgs ne porte pas de cravate ce jour-là.

Les convaincus sont restés

Blaine Higgs a été choisi parmi sept candidats pour succéder à l’ancien premier ministre David Alward à la tête du parti avec 57,2% des voix exprimées au troisième tour de scrutin. Parmi les 7414 délégués inscrits au congrès la semaine dernière, 5499 se sont présentés aux urnes lors du premier tour. Au dernier tour, sept heures plus tard, ils n’étaient plus que 2735.

Un bilan du congrès s’impose, convient le nouveau chef.

«Après quelque chose comme ça, on se dit souvent “ouf, c’est enfin terminé”, puis on n’y pense plus jusqu’à la prochaine fois. Cette fois-ci, j’aimerais avoir un post mortem avec un rapport sur ce que nous avons appris, ce que nous pouvons faire mieux et des recommandations.»

Environ 2000 délégués inscrits ne se sont pas présentés pour voter, note-t-il. À peu près le même nombre qu’à l’occasion du congrès précédent, même s’il y avait beaucoup plus d’inscrits cette fois.

«Comment allons-nous inciter plus de gens à voter à l’avenir? Le vote en ligne… il y a des gens qui voteront peut-être s’ils n’ont pas à sortir de la maison pour voter», propose-t-il.

Au final, 1564 délégués ont voté pour Blaine Higgs au troisième tour, soit le cinquième de tous les membres inscrits au congrès. Il refuse cependant de croire que cela pourrait nuire à sa légitimité en tant que chef.

«Les gens qui étaient les plus convaincus et qui voulaient vraiment voir du changement en politique sont restés jusqu’à la fin», allègue-t-il.

Un retour en arrière

Les médias francophones n’ont pas été tendres à l’égard du nouveau chef des progressistes-conservateurs au lendemain de son élection. Le choix de Blaine Higgs, un anglophone unilingue qui a déjà tenté de se faire élire à la tête du parti anti-bilinguisme Confederation of Region (CoR), représente «un retour en arrière d’une quarantaine d’années», disait dans nos pages lundi le politologue et chroniqueur Roger Ouellette.

Les partisans conservateurs ont choisi un chef «éloigné de la minorité francophone» qui n’a pas hésité à «critiquer (les) acquis» des Acadiens dans le passé, rappelait François Gravel le lendemain en éditorial.

«La victoire de Blaine Higgs met certains militants francophones du Parti progressiste-conservateur dans l’embarras», titrait Radio-Canada Acadie sur le Web.

M. Higgs est-il au courant de l’accueil qu’on lui a réservé dans les milieux francophones? «Pas beaucoup, mais un peu, oui.»

«La croyance populaire semble être que si tu parles les deux langues, tu peux réparer la province», analyse-t-il.

«Les gens pensent immédiatement que j’ai une vision différente sur le Nord ou les autres régions que sur le Sud parce que je ne parle pas les deux langues officielles. Ce n’est pas le cas. Je n’ai jamais laissé entendre ça d’aucune façon», dit-il tout en réitérant sa promesse d’apprendre le français d’ici aux élections de 2018.

Au sujet du CoR, Blaine Higgs raconte qu’il s’est intéressé au parti dans les années 1980 «parce que je voulais voir la politique changer».

«Il avait plusieurs bons principes démocratiques qui se sont perdus et c’est devenu une question de langue. Mes intérêts étaient plus larges que ça. Je n’ai jamais été l’un de leurs candidats aux élections parce que leur direction n’était pas celle que je voulais prendre.»

«Je pense que nous avons un patrimoine riche et une culture que nous devons protéger, mais nous devons le faire dans un esprit de coopération et d’équité», précise le nouveau chef.

Quant aux tensions linguistiques qui subsistent encore aujourd’hui dans la province, M. Higgs suggère qu’elles s’aggravent quand la situation économique de la province se détériore. Mais cela ne veut pas dire qu’elles sont toutes sans fondements.

«Quand 70% de tes enfants (anglophones) dans le système scolaire obtiennent leur diplôme sans parler les deux langues officielles, ils sortent de l’école avec une main attachée dans le dos. Ça ne peut pas être ça la vision de départ (du bilinguisme officiel). Et c’est ça qui provoque des émotions.»

Au sujet du commissariat aux langues officielles qui a fait l’objet de nombreuses critiques en provenance de son parti au cours des derniers mois, Blaine Higgs suggère qu’il faut «trouver un moyen de communiquer son message» de façon moins «incendiaire» en insistant davantage sur la «promotion».

Devrait-on modifier la Loi sur les langues officielles? «Je ne sais pas. Il faudrait voir si elle fonctionne bien et ce qu’elle a permis d’accomplir. Quels étaient les objectifs de départ et avons-nous atteint ces objectifs?», propose-t-il dans le langage d’ancien directeur d’entreprise qu’on lui connaît depuis son passage à titre de ministre des Finances dans le cabinet Alward.

Blaine Higgs croit sincèrement que son approche, c’est-à-dire une saine gestion du gouvernement basée sur les faits et le sens commun sans égard aux considérations politiques, peut séduire les francophones autant que les anglophones

Pour le moment, son parti ne détient qu’une seule circonscription à majorité francophone. À peine 10% des délégués inscrits au congrès du week-end dernier étaient francophones.

«Si l’on crée la bonne vision pour la province et que notre philosophie reflète les intérêts des gens de partout dans la province, ça n’a pas d’importance la langue que l’on parle, à condition bien sûr de pouvoir communiquer cette vision en français.»

«C’est clair que je vais avoir besoin de lieutenants francophones pour travailler avec moi. Je comprends ça. Nous avons besoin de tout le monde», dit-il.

Un scénario rêvé

Au moment de son entretien avec le journal, Blaine Higgs n’a pas encore remanié son cabinet fantôme. Il prévoit peu de changements, sauf pour le rôle de critique des finances qu’il occupait jusqu’ici et qu’il devra laisser à un autre député de son caucus.

Au cours des prochains mois, le chef du Parti progressiste-conservateur à l’intention de travailler avec «Les personnes compétentes à l’intérieur du système» pour élaborer une plateforme électorale «pour réparer le Nouveau-Brunswick.» On y parlera notamment d’éducation, de soins de santé et de soins aux aînés, avance-t-il.

«Ce ne sera pas une plateforme promet-moi-en-plus, mais une plateforme promet-moi-mieux.»
M. Higgs devra tout d’abord affronter le premier ministre Brian Gallant lors de sa première période de questions à titre de chef de l’opposition officielle, jeudi, le lendemain du retour des députés à l’Assemblée législative pour la lecture du discours trône.

Il a aussi été dit dans les médias que la victoire de Blaine Higgs était un scénario rêvé pour le gouvernement, les libéraux le considérant comme l’adversaire le plus facile à battre en raison notamment son unilinguisme et de son intransigeance au sujet des dépenses publiques.

«Je ne suis vraiment pas d’accord. Ils ne sont pas contents parce qu’ils savent que dans cette province il y a très peu de gens qui oseraient questionner mes motivations, mon intégrité et pourquoi je fais de la politique à ce point-ci dans ma vie», avance-t-il sur un ton de défi.

«Je suis prêt à m’attaquer aux vrais problèmes qui entravent le succès de cette province. Les autres peuvent continuer à rire, mais ils savent que c’est vrai et leur crédibilité va continuer d’en souffrir tant qu’ils ne s’attaqueront pas aux vrais problèmes.»