L’Acadie Nouvelle révélait samedi dans ses pages que l’industrie des services funéraires est en pleine mutation dans la province alors que les Néo-Brunswickois sont de plus en plus nombreux à avoir recours à l’incinération afin de disposer du corps d’un défunt.

Si les rites funéraires ont bel et bien changé au Nouveau-Brunswick au cours des dernières années alors que bon nombre de personnes choisissent la crémation en tant que solution de rechange à une inhumation traditionnelle, le procédé pourrait fort bien être déjà dépassé.

Selon certains, l’avènement au Québec il y a un peu plus d’un an du procédé d’aquamation pourrait marquer un tournant au sein de l’industrie des services funéraires.

Ce procédé, qui consiste en la crémation du corps par l’eau plutôt que le feu, a été autorisé au Québec par le gouvernement en mars 2015 et tend à vouloir gagner de plus en plus en popularité.

Selon ses promoteurs, l’aquamation est une méthode utilisée qui se veut beaucoup plus écologique, économique et plus douce que l’incinération par le feu.

Cette pratique funéraire consiste à plonger le corps du défunt dans de l’eau chaude (96°C) en mouvement à laquelle on ajoute une solution alcaline d’hydroxyde de sodium et de potassium qui est utilisée dans le procédé pour dissoudre le corps.

À la fin du processus qui dure quelques heures, il ne reste plus que les os qui sont réduits en poussière et déposés dans une urne, comme lors d’une incinération.

Le Complexe funéraire Lesieur, qui est situé à Granby, en Montérégie, est l’un des deux seuls établissements dans l’est du pays à offrir un service d’aquamation aux familles endeuillées.

Selon la direction, l’aquamation n’émet aucun CO2 dans l’atmosphère, alors que la crémation traditionnelle libère pas moins de 160 kg de dioxyde de carbone dans l’air, soit l’équivalent d’un parcours de 7700 km en voiture.

«Notre clientèle choisit l’aquamation dans une proportion de 98%. C’est une alternative entre l’eau et le feu, qui est un procédé beaucoup plus drastique pour le corps du défunt», explique Éric LeSieur, propriétaire du complexe funéraire LeSieur.

«Avec une bonne connaissance du produit, je suis convaincu que les salons funéraires vont se tourner vers cette méthode d’ici 10 ans. Les gens réalisent que l’aquamation est une méthode moins dispendieuse et moins polluante».

Aucun complexe funéraire du Nouveau-Brunswick ne possède pour l’instant un appareil d’aquamation, dont le prix de vente est d’environ 200 000$.

L’industrie funéraire d’ici semble d’ailleurs accueillir avec tiédeur l’avènement du procédé d’aquamation.

Selon André Valcourt, qui est vice-président de l’Association des Entrepreneurs de Pompes funèbres et Embaumeurs du N.-B, il serait fort peu probable de voir ce phénomène s’installer à travers les rites funéraires dans la province.

«En expliquant ce processus, j’aurais de la difficulté à vendre ça à des familles. C’est une question de respect…», affirme celui qui est propriétaire des Résidences Funéraires Valcourt et JB Côté & fils.

«Je n’y crois pas et je ne connais pas de membres d’ici qui vont embarquer là-dedans», lance sans hésitation André Valcourt.

Celui-ci doute grandement des vertus environnementales qui sont attribuées à l’aquamation et de son efficacité en général.

«La crémation dure environ deux heures alors que l’aquamation prend de six à huit heures, ce n’est pas une machine idéale dans les circonstances et loin d’être avantageux», soutient André Valcourt.

Le Groupe de développement durable du Pays de Cocagne s’intéresse également à l’empreinte écologique qui est laissée même après la mort.

Selon l’organisme, il y a lieu de s’inquiéter de l’utilisation de produits nocifs pour l’embaumement et de l’enfouissement de produits toxiques dans le sol.

Le groupe soutient qu’il y a de plus en plus de discussions sur les cimetières naturels, les enterrements et salon funéraires écologiques et les options alternatives à l’incinération.

Présentement, il n’existe pas de cimetières écologiques au Nouveau-Brunswick, même si la loi le permet.

«On n’a pas beaucoup entendu parler d’aquamation, mais toutes les options vertes dans les funérailles sont à envisager et préférables», estime Wiebke Tinney, la coordinatrice du Groupe de développement durable du Pays de Cocagne.

Le ministère de la Santé a pour sa part indiqué qu’il n’y a pas de lois spécifiques dans la province concernant l’aquamation et que la technologie pourrait être offerte pourvu qu’elle respecte les lois et les règlements déjà établis en vertu de la Loi sur les compagnies de cimetière.

logo-an

private

Vous utilisez un navigateur configuré en mode privé ou en mode incognito.

Pour continuer à lire des articles dans ce mode, connectez-vous à votre compte Acadie Nouvelle.

Vous n’êtes pas membre de l’Acadie Nouvelle?
Devenez membre maintenant

Retour à la page d’accueil de l’Acadie Nouvelle