Isaac Comeau, l’Acadien qui a survécu aux camps de prisonniers du Japon

L’ancien combattant, Isaac Comeau, originaire de Landry Office près de Paquetville, a vécu la Seconde Guerre mondiale prisonnier dans des camps au Japon. Une expérience traumatisante dont il s’est affranchi. Sa fille nous raconte.

Édith Blanchard ne sait pas pourquoi son père adoptif, Isaac Comeau, s’est engagé dans les forces armées en 1940. C’était au lendemain de son 21e anniversaire. L’homme parlait peu de ce qu’il a enduré pendant le conflit 1939-45. Le sujet était tabou.

Les années de guerre ne l’ont pas brisé. Jusqu’à sa mort en juin 1969, dans un accident en Ontario, l’homme est resté fidèle à qui il était.

«Mon père a toujours été joyeux et positif. Une seule fois, je me souviens l’avoir vu de mauvaise humeur. C’était une bonne personne.»

Isaac Comeau a pourtant connu l’horreur et la cruauté humaine. Bien loin de ce qu’il pouvait imaginer pendant ses premiers mois de formation au Québec, en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick.

Puis il y a eu ce 27 octobre 1941. Peu avant, l’Angleterre avait sollicité l’aide internationale pour défendre la région de Hong Kong, alors colonie de l’Empire britannique. Le Canada a envoyé près de 2000 hommes, parmi lesquels Isaac Comeau, par bateau, au départ de Vancouver.

Après un mois de traversée, le patriarche originaire de Landry Office foule le sol asiatique.

«Les premiers temps se sont bien passés. La guerre contre le Japon n’avait pas encore éclaté», souligne Édith Blanchard.

Le 7 décembre 1941, l’offensive ennemie est lancée. Les Japonais attaquent Pearl Harbor. Après trois semaines de combat, ils prennent le dessus.

«Mon père a été fait prisonnier le 25 décembre. C’était un Noël noir.»

Commence pour lui une longue captivité qui ne cessera qu’à la fin de la guerre. Isaac Comeau a changé plusieurs fois de camp avant d’être transféré au Japon.

Le pays n’ayant pas ratifié la convention de Genève, les conditions de détention ne respectent aucune règle du droit international – le pays du Soleil levant a depuis officiellement demandé pardon au Canada pour ses agissements barbares.

«À cette époque, les Japonais n’avaient pas de considération pour leurs prisonniers. Ils les battaient et les torturaient pour un rien. Ils les faisaient travailler dans des mines avant le lever du soleil et jusqu’à tard le soir. L’hygiène était déplorable. Dans le riz qu’ils leur servaient, il y avait des vers», révèle Édith Blanchard.

Au même moment, dans l’Est canadien, Bertine Comeau, la femme d’Isaac, ignorait si son mari était encore vivant ou non. Le calvaire du Néo-Brunswickois s’est achevé en août 1945. Les troupes américaines l’ont libéré.

Un parcours extraordinaire

Sur les 2000 Canadiens expédiés en Asie, plus de la moitié ont péri. Bien que meurtri dans sa chair, Isaac Comeau a échappé au pire. Il a retrouvé les siens, fait carrière en tant que garde-pêche et adopté sa fille à la fin des années 1950.

«Son parcours est extraordinaire. À part lui, je n’ai pas entendu d’histoire d’autres Néo-Brunswickois qui ont été prisonniers au Japon», indique Denise Dumaresq, commandante adjointe du district North Shore et membre de la Légion royale canadienne filiale 56 de Caraquet.

Pour Édith Blanchard, les années de guerre de son père ont toujours été une curiosité. C’est ce qui l’a incitée à faire des recherches auprès du ministère de la Défense, à Ottawa.

«Je voulais savoir ce qui s’était passé, puisque lui n’en parlait pas. Ça fait partie de notre histoire familiale. Je veux la transmettre à mes enfants», dit-elle.

Chaque année, elle commémore le jour du Souvenir. Vendredi, elle se rendra à la messe programmée en l’église de Caraquet, puis au dîner organisé par la filiale 56 de la Légion où elle retracera le passage sombre de l’existence de son paternel.

«J’ai hâte. C’est une façon de lui rendre hommage et de continuer à le faire vivre.»

Édith Blanchard considère que les célébrations du 11 novembre sont essentielles.

«On ne parle pas assez de la Seconde Guerre mondiale. J’ai peur qu’à force on ne se rappelle plus.»

Garder en mémoire le passé pour ne pas en réitérer les erreurs.

«Je ne comprends pas qu’en 2016 on se fasse encore la guerre alors qu’on se l’est tant faite.»

Toujours un engouement pour les coquelicots

Le jour du Souvenir se matérialise à travers les coquelicots que certains arborent fièrement à leur boutonnière. Comme ils le font chaque année, les vétérans de la Légion royale canadienne filiale 56 de Caraquet ont procédé à la vente de ces insignes.

Avec surprise, ils ont constaté un engouement.

«D’habitude, ça nous donne un petit montant d’argent. On n’a pas encore les chiffres, mais là c’est plus. Ça a mieux marché. Les gens se sont montrés réceptifs», révèle Denise Dumaresq, qui est la commandante adjointe du
district North Shore et membre de la Légion royale canadienne filiale 56 de Caraquet.

La commandante adjointe du district North Shore et membre de la division de Caraquet se déclare satisfaite de voir que les commémorations du 11 novembre ne sombrent pas dans l’oubli.

«Je sais que ça peut être répétitif et lassant d’entendre tout le temps les mêmes choses, mais c’est important. Nous ne devons pas oublier que c’est grâce à ces militaires que nous sommes dans un pays libre aujourd’hui», ajoute-t-elle.