Glyphosate: le député Bertrand LeBlanc à contre-courant

Le député libéral de Kent-Nord, Bertrand LeBlanc, a émis des réserves par rapport à l’épandage d’herbicides au Nouveau-Brunswick la semaine dernière, mais a adouci sa position cette semaine. Entre-temps, le gouvernement provincial défend l’utilisation du glyphosate contre un mouvement d’opposition populaire.

La semaine dernière lors d’une entrevue improvisée dans la rue à Fredericton, M. LeBlanc a mentionné au blogueur Charles LeBlanc qu’il a des doutes par rapport à l’épandage d’herbicides.

«Je sais que la position de la province, du gouvernement, c’est d’aller de l’avant avec l’épandage et avec l’avis de Santé Canada. Mais personnellement, je n’aime pas ça. J’ai des doutes», a-t-il affirmé dans une vidéo publiée sur YouTube.

Ses réticences remontent à la mort de son cousin, Bobby LeBlanc, dans les années 1990. Il affirme que sa famille a toujours soupçonné que les herbicides ont joué un rôle dans le décès.

«Par chez nous, j’ai un petit cousin, Bobby, qui est mort il y a une vingtaine d’années.»

Il croit que l’épandage d’herbicides dans les années 1970 en serait responsable.

«Tu ne peux pas le prouver, mais on avait toujours dit que c’était ça.»

L’Acadie Nouvelle a demandé une entrevue téléphonique avec le député, vendredi dernier, afin qu’il puisse confirmer ou préciser son opinion. Il a demandé quelques jours de préparation.

Mardi après-midi, un employé du gouvernement a transmis à l’Acadie Nouvelle une déclaration du député. Sa nouvelle position est plus douce que celle émise la semaine dernière.

«Je comprends certaines préoccupations que des gens peuvent avoir relativement à cette pratique. La sécurité et l’environnement sont en tête des préoccupations de notre gouvernement», peut-on lire dans la déclaration envoyée par courriel.

La déclaration explique ensuite des mesures prises par Énergie Nouveau-Brunswick afin de réduire l’exposition des citoyens à l’herbicide.

«Énergie NB nous a assuré que tous les herbicides qu’elle utilise sont mélangés avec de l’eau et sont épandus à de très faibles concentrations dans des endroits ciblés. De plus, tous les produits sont enregistrés auprès de l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire de Santé Canada», fait savoir le député, ajoutant que la société d’État applique une marge de recul de 150 mètres des habitations.

Remarquons que le député n’a pas émis de commentaires au sujet de l’utilisation du glyphosate par la forestière J.D. Irving.

L’Acadie Nouvelle a rappelé le député mercredi matin afin qu’il puisse élaborer sa déclaration. Il n’a pas répondu notre appel.

Deux pétitions de 14 000 signatures

Un mouvement contre le glyphosate, l’ingrédient actif dans des herbicides comme Vision, Forza et Roundup, prend de l’ampleur au Nouveau-Brunswick. Des manifestations ont eu lieu, et une pétition de 14 000 signatures a récemment été remise au chef du Parti vert, David Coon, afin qu’il le présente à l’Assemblée législative.

Une autre pétition de 14 000 signatures a été déposée en mai dernier.

Le mouvement a lieu malgré le fait que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture ont affirmé conjointement en mai qu’il est «improbable» que le glyphosate soit cancérogène par le biais de l’alimentation.

L’annonce n’a vraisemblablement pas réussi à faire oublier qu’un an plus tôt, l’OMS avait publié un rapport concluant que le glyphosate est probablement cancérogène.

Pour sa part, le gouvernement provincial défend l’utilisation de l’herbicide. La médecin-hygiéniste en chef par intérim, Jennifer Russell, a affirmé dans un communiqué qu’aussi longtemps que les normes de la province et de l’Agence de réglementation de la lutte antiparasitaire sont respectées, «l’usage du glyphosate devrait être sécuritaire».

Dans un rapport sur le glyphosate publié en juillet, le gouvernement provincial concède cependant qu’il y a des incertitudes entourant l’herbicide.

«Les organismes de réglementation du monde entier sont encore à évaluer le glyphosate et leurs positions à cet égard ne seront pas connues avant 2017.»

Cet été, la Commission européenne a prolongé l’autorisation du glyphosate en Europe jusqu’à ce que l’Agence européenne des produits chimiques publie son avis, ce qui doit avoir lieu au plus tard à la fin de 2017.