Assemblée législative: un peu de français dans une tradition anglophone

Un député acadien a ajouté une touche francophone à une tradition anglophone du temps des Fêtes à l’Assemblée législative.

Les élus avaient le coeur à la fête, vendredi, dans la capitale provinciale. Comme le veut la tradition, la partisanerie a été mise presque entièrement de côté durant la dernière journée des travaux parlementaires avant les Fêtes pour faire place aux bons voeux et à la camaraderie.

La coutume prévoit qu’un député de chaque parti présente ce jour-là sa version humoristique du poème de 1823 The Night Before Christmas tout en faisant fi des règles de bienséances généralement en vigueur.

C’est chaque fois l’occasion pour les députés de se moquer amicalement de leurs adversaires alors que le président de l’Assemblée législative ferme les yeux sur leur comportement.

Selon ceux qui suivent de près la politique néo-brunswickoise, cette tradition s’est toujours déroulée uniquement en anglais, la langue dans laquelle le poème a tout d’abord été écrit au 19e siècle par un auteur dont l’identité fait toujours l’objet de débats.

Cette année, le député libéral de Kent-Sud, Benoit Bourque, a décidé qu’il était temps d’incorporer un peu de français dans le rituel.

«Higgs dit encore: “j’ai promis, j’ai juré d’apprendre le français que je malmènerai comme tous mes budgets. Je ferai un massacre à grand coup de coupures, car enfin je m’en sacre, j’aime bien mieux ma parlure”», a lancé le député en français en parlant du chef de l’opposition et ancien ministre des Finances, Blaine Higgs.

M. Bourque en était à son troisième tour de chant au nom du gouvernement de Brian Gallant, une responsabilité dont il a hérité depuis les élections de 2014.

«Traditionnellement, ç’a toujours été en anglais à 100 %. Comme je suis francophone et que j’ai plusieurs collègues francophones, l’année dernière nous nous sommes dit que ça serait bien d’incorporer un peu de français», a expliqué Benoît Bourque en interview après son exploit oratoire.

«Pour une fois cette année nous avons ajouté une strophe en français et j’en suis très content. Je suis très fier d’avoir pu faire l’histoire entre guillemets.»

Le député progressiste-conservateur Kirk MacDonald a lu lui aussi sa version de The Night Before Christmas alors que le chef du Parti vert, David Coon, a plutôt interprété une composition sur l’air de la populaire chanson Frosty the Snowman.

«Je m’excuse à l’avance auprès de tous ceux qui ont si bien chanté cette chanson par le passé pour ce que je m’apprête à lui faire subir», a lancé M. Coon.

Le député vert avait réservé une seconde surprise à ses collègues. Au moment de souligner la présence des invités de marque dans le public, David Coon a présenté le père Noël en personne.

Le drôle de personnage était cependant vêtu entièrement de vert et non de rouge; une entorse à la tradition que n’a pas manqué de dénoncer à la blague la députée libérale de Moncton-Est, Monique LeBlanc.

Le temps des Fêtes est également l’occasion d’exprimer sa gratitude. Le député progressiste-conservateur Carl Urquhart a tenu à le rappeler à l’ensemble de ses collègues en leur lisant une lettre écrite par son père la veille de Noël 1944 alors qu’il était posté aux Pays-Bas durant la Deuxième Guerre mondiale.

«Je vais bien, mais j’espère vraiment être à la maison Noël prochain. Nous avons eu un service religieux ce matin avec notre propre aumônier dans un vieux bâtiment. C’était vraiment bien, mais ça nous a tous fait sentir un peu seuls de chanter des chansons de Noël. Ça faisait un peu bizarre avec le bruit des coups de feu partout autour de nous», a lu M. Urquhart sous le regard attentif de tous les députés.

Le président de l’Assemblée, Chris Collins, généralement stoïque durant les débats, s’est levé debout pour applaudir le député tout en retenant ses larmes.

«Nous nous échangeons pas mal de coups dans l’Assemblée, a expliqué le Carl Urquhart. Nous nous chamaillons l’un l’autre. Mais pour moi, dans une société libre et démocratique, la guerre se passe à l’Assemblée législative. Nous ne nous tirons pas dessus. Personne ne perd la vie, mais on se fâche parfois. Et nous avons ce droit parce que d’autres sont allés à la guerre.»

Les travaux ordinaires reprendront à l’Assemblée législative le 31 janvier.