La multiplication des plantations met en péril plusieurs espèces d’oiseaux, alerte Marc-André Villard, de l’Université du Québec à Rimouski. Le biologiste dénonce la stratégie forestière de 2014 qui donne carte blanche à l’industrie forestière du Nouveau-Brunswick aux dépens de la conservation.

Cet été, le scientifique a parcouru les forêts de la région d’Edmundston avec une équipe d’étudiantes. En émettant un son qui imite le chant de l’oiseau, les chercheurs ont capturé plusieurs mâles avant de les transporter à près de 25 km de leur territoire.

Marc-André Villard a enseigné pendant plusieurs années à l’Université de Moncton. - Gracieuseté
Marc-André Villard a enseigné pendant plusieurs années à l’Université de Moncton. – Gracieuseté

Ils ont alors observé le temps qu’il faut à différents oiseaux pour retrouver leur territoire. Leurs recherches ont permis d’établir que la paruline couronnée est bien plus sensible à la présence de plantations qui freinent grandement ses déplacements.

«On a découvert que certaines espèces étaient deux fois moins susceptibles de revenir à leur territoire quand il y avait des plantations plutôt que des feuillus ou des peuplements mixtes», explique M. Villard.

«L’accès à l’habitat est plus difficile. Certains mâles vont avoir plus de difficulté à s’accoupler s’il n’y a pas un mouvement fluide entre les sites.»

Le remplacement de forêts mixtes par des plantations d’épinettes affecte particulièrement les oiseaux ayant besoin de forêts matures pour nicher, se nourrir ou encore pour s’abriter l’hiver.

«Si on a une forêt acadienne typique, c’est-à-dire une forêt mixte, et qu’on la convertit en plantation, on va avoir beaucoup plus de litière d’aiguilles, ce qui va acidifier le sol. Après plusieurs années, certains feuillus comme les érables à sucre ou les bouleaux jaunes ne pourront plus pousser», dit-il.

Or les parulines couronnées ne trouvent pas de nourriture dans les plantations. L’absence de feuillus et de feuilles mortes sur le sol ne favorise par la reproduction des invertébrés dont raffolent ces petits oiseaux migrateurs.

Depuis près de vingt ans, le chercheur s’intéresse à l’impact de différents modes de coupes forestières sur plusieurs espèces d’oiseaux dans le Nord-Ouest du Nouveau-Brunswick. Si elles sont moins décriées que les coups à blanc, les coupes dites «de voisinage» qui consistent à prélever de 30 à 40% du volume de bois entraînent elles aussi des perturbations de l’écosystème.

«Sachant qu’au Nouveau-Brunswick l’intensité de la foresterie est très grande, ça peut affecter la densité des populations et faire décliner le nombre de jeunes oiseaux.»

En détruisant complètement leur habitat, les coupes à blanc ont un impact majeur sur les espèces ayant besoin de forêts matures et de bois mort.

«Plusieurs oiseaux ont été placés sur la liste des espèces en péril, rappelle M. Villard. C’est le cas des insectivores aériens comme le moucherolle à côté olive ou l’engoulevent d’Amérique qui ont été très communs et sont aujourd’hui en déclin rapide.»

La gestion des forêts dans les mains de l’industrie

Face à une mer d’épinette, les parulines couronnées peinent à retrouver leur territoire. - Gracieuseté
Face à une mer d’épinette, les parulines couronnées peinent à retrouver leur territoire. – Gracieuseté

En 2014, les progressistes-conservateurs ont dévoilé une nouvelle stratégie forestière garantissant à l’industrie un plus grand approvisionnement en bois. Cette entente signée entre le gouvernement de David Alward et les grandes compagnies forestières leur garantit 20% de plus de bois provenant des terres publiques sur une période de 25 ans.

La superficie des terres consacrées à la conservation est alors passée de 28% à 23% du total des forêts de la Couronne.

La nouvelle entente d’aménagement forestier précise qu’aucune modification ne peut être faite au Manuel d’aménagement forestier ou aux Normes d’évaluation du rendement sans le consentement de la compagnie.

Marc-André Villard déplore le manque de transparence dans ce dossier et estime que la province a désormais les mains liées.

«Ce qui est dommage, c’est qu’on avait un bon plan d’aménagement qui prévoyait des aires protégées et des forêts de conservation. Le ministère des Ressources naturelles avait un droit de regard. Il conservait un rôle de chien de garde, interpelle le biologiste. Avec la nouvelle stratégie, on a donné carte blanche à l’industrie pour gérer nos forêts publiques. On n’a plus beaucoup de contrôle. On a donné les clefs à l’industrie et on ne peut plus contrôler ce qu’il se passe dans nos propres forêts publiques.»

Selon lui, le secteur forestier doit se diversifier et s’orienter vers une production plus durable. Pour 1000 mètres cubes de bois coupés, 1,33 emploi est créé au Nouveau-Brunswick. Au Québec, près de 3,5 personnes travaillent par 1000 mètres cubes de bois.

«Le modèle néo-brunswickois est centré sur la ressource non transformée. Il y a l’exception du groupe Savoie qui produit de la valeur ajoutée avec du bois franc issu de feuillus. C’est un modèle plus créateur d’emploi par mètre cube de bois, c’est ce qu’il faudrait privilégier.»

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