NDLR: Devant un gouvernement qui n’a pas hésité à la critiquer injustement sur la place publique avant de se dénicher sur le tard un engouement pour le bilinguisme qui reste encore à être prouvé et face à des membres de l’opposition officielle qui sont allés jusqu’à réclamer son renvoi et l’abolition de son poste, la commissaire aux langues officielles n’a jamais cessé de défendre l’égalité des deux communautés linguistiques avec sérénité, aplomb et dignité. C’est pourquoi Katherine d’Entremont a été choisie Personnalité de l’année 2016 par l’équipe éditoriale élargie de l’Acadie Nouvelle.

«Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage.» Cette citation du poète français Nicolas Boileau pourrait être le slogan du commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick.

Près de 50 ans après l’adoption de la première loi sur les langues officielles, 23 ans après l’enchâssement de l’égalité des deux communautés linguistiques dans la Charte canadienne des droits et libertés et 13 ans après la création du commissariat aux langues officielles, le travail quotidien pour assurer l’égalité réelle des francophones et des anglophones demeure colossal dans la seule province officiellement bilingue au pays.

Heureusement, à peu près tout dans la vie et la carrière de Katherine d’Entremont semble l’avoir prédisposée à ce rôle.

De sa naissance dans une famille exogame établie dans une ville bilingue, à Moncton, jusqu’à son travail au sein du ministère des Gouvernements locaux durant la mise en oeuvre de la loi sur les langues officielles dans le secteur municipal, en passant par l’enseignement en immersion française à Sussex et à Fredericton, Mme d’Entremont raconte avoir toujours eu «un pied dans chaque communauté linguistique».

Depuis sa nomination à titre de commissaire en 2013, Katherine d’Entremont s’efforce à débusquer les problèmes systémiques en matière de langue au sein de l’appareil public à l’aide des dizaines de plaintes individuelles qu’elle reçoit chaque année.

«Est-ce qu’il y a une problématique généralisée? Nous essayons d’aller au fond des choses», dit-elle.

Au cours des dernières années, la commissaire a souligné l’absence d’offre active de la part du gouvernement et son incapacité de servir ses citoyens en français dans certaines régions. Elle a mis à jour l’unilinguisme de plusieurs responsables de l’accueil et de la sécurité dans les édifices gouvernementaux de la capitale. Elle a rappelé à l’ordre la Ville de Miramichi et Ambulance NB. Elle a prévenu le gouvernement contre les dangers de privatiser le Bureau de traduction et certains services de santé.

«Les institutions veulent souvent des recommandations qui vont leur permettre de respecter la loi. Si nous faisons des recommandations réalistes et pragmatiques, ça va les aider. C’est ça l’objectif», affirme Mme d’Entremont.

Toutefois, rien n’est jamais acquis, en raison notamment du roulement du personnel.

«C’est toujours à refaire. Les institutions ne peuvent pas présumer que c’est chose de fait parce qu’elles ont émis certains messages pour sensibiliser leurs employés.»

À cause de ses enquêtes et de ses recommandations, la commissaire aux langues officielles est souvent accusée de créer de la bisbille, d’alimenter les tensions linguistiques et de susciter la division.

Son rôle et ses pouvoirs sont «toujours à expliquer et à réexpliquer à la fois aux membres du public (mais aussi) aux élus», constate Mme d’Entremont.

«Certains s’imaginent toutes sortes de choses. Il y a des gens qui pensent que la commissaire a toutes sortes de pouvoirs qu’elle n’a pas. Le pouvoir, c’est un pouvoir d’influence. Je n’ai aucun pouvoir décisionnel.»

Les critiques provoquées par cette mécompréhension semblent cependant avoir peu d’effet sur Katherine d’Entremont.

«Le travail de commissaire aux langues officielles au Nouveau-Brunswick, ce n’est pas toujours facile. Mais nous sommes encouragés par les gens qui comprennent notre rôle, qui nous écrivent et qui nous félicitent.»

«Quand nous entendons certaines choses, ça nous encourage à expliquer notre rôle. Le mandat nous est donné par la loi et c’est ce que nous faisons.»

Ce qui cause davantage de maux de tête à la commissaire, c’est son budget. Complètement gelé depuis deux ans, il n’a augmenté que de 2,6% depuis la création du commissariat en 2003 alors que celui de l’Assemblée législative dont il relève a cru de 83% durant la même période.

Si l’on considère la hausse du coût de la vie, «ce n’est pas du tout une augmentation, c’est vraiment une grosse diminution», déplore-t-elle.

Puisqu’elle n’a pas le droit d’ignorer les plaintes qui lui sont transmises, c’est le volet promotion de l’égalité des deux communautés linguistiques de son mandat qui en souffre et qui est soumis en partie aux aléas des subventions externes.

«Nous devrions avoir ces fonds dans notre budget d’exploitation. Entre temps, sans argent pour le côté promotion, nous faisons des choses qui ne coûtent rien, comme les chroniques qui ont été publiées dans les quatre quotidiens du Nouveau-Brunswick.»

En plus, la commissaire a hérité cette année d’une nouvelle responsabilité dont les retombées ne deviendront publiques que l’an prochain.

Depuis six mois, les associations professionnelles ont également des responsabilités envers leurs membres et envers le public en général en vertu de la loi sur les langues officielles. La courbe d’apprentissage pour certaines de ces associations s’annonce brutale.

«Je peux vous dire que nous avons du pain sur la planche par rapport à ces associations. Nous avons beaucoup de travail dans ce domaine-là déjà et ça fait seulement depuis le 1er juillet que les gens peuvent porter plainte», avance Mme d’Entremont sans vouloir en dévoiler davantage avant la publication de son prochain rapport.

L’année 2017 a beau ne pas encore être commencée, elle s’annonce déjà chargée pour la commissaire aux langues officielles.

Le peloton de tête

Plusieurs noms ont été évoqués lors de la réunion du comité éditorial élargi de l’Acadie Nouvelle chargé de choisir la personnalité de l’année. En voici quatre qui n’ont pas été retenus, mais qui ont tout de même marqué profondément l’actualité néo-brunswickoise en 2016.


Geneviève Lalonde

Geneviève Lalonde a couru la finale olympique féminine du 3000 mètres steeplechase à Rio, le 15 août. - Archives
Geneviève Lalonde – Archives

L’athlète acadienne Geneviève Lalonde a connu une année exceptionnelle, c’est le moins que l’on puisse dire. Elle a complètement dominé le sondage effectué auprès des membres de notre équipe de rédaction pour guider les choix de notre comité.

N’eut été que l’on savait très bien que les journalistes de la section des sports lui feraient une belle place dans leur couverture de fin d’année, on l’aurait peut-être nommée personnalité de l’année.

Geneviève Lalonde, une spécialiste du 3000 mètres steeple, est passée très près de se qualifier pour les Jeux olympiques de Rio de Janeiro le 8 juillet lorsqu’elle est arrivée troisième au Championnat canadien. Elle devait terminer première ou deuxième pour se qualifier automatiquement.

On se doutait bien que l’entraîneur-chef de cette équipe ferait appel à Geneviève Lalonde, la détentrice du record canadien dans cette épreuve. Comme attendu, elle a été invitée à participer aux J.O.

Elle nous a fait vivre des émotions fortes au Brésil. Elle a brillé lors des qualifications en battant le record canadien. Lors de la finale, qui a eu lieu lors de la Fête nationale des Acadiens, elle a pris le 16e rang.

De retour au Canada, Geneviève Lalonde a continué à se démarquer et à être une figure inspirante pour les jeunes de la région. Elle a notamment rencontré des élèves afin de leur parler de son parcours.

Michel Doucet

Le juriste Michel Doucet.Acadie Nouvelle: Pascal Raiche Nogue.2014
Michel Doucet – Archives

Le juriste et spécialiste des droits linguistiques Michel Doucet ne s’est pas tourné les pouces en 2016. En plus de se servir de ses doigts à souhait sur Twitter, où il est très actif depuis belle lurette, il a continué de mener des luttes au nom des francophones.

L’un des dossiers qui l’ont occupé au cours des derniers mois a été celui des commentaires anonymes et particulièrement hostiles envers les Acadiens et les francophones sur le site web de la CBC.

En mars, il a écrit une lettre de plainte à ce sujet. Plusieurs dizaines de personnalités publiques néo-brunswickoises se sont ralliées à la cause et ont cosigné la lettre. Ces démarches ont fini par porter leurs fruits lorsque la CBC a annoncé la fin des commentaires anonymes sur son site.

Michel Doucet prendra sa retraite l’année prochaine. Il a donné son dernier cours au début décembre. Il ne faut toutefois pas s’attendre à ce qu’il s’efface complètement de l’espace public.

René Cormier

René Cormier – Archives
René Cormier – Archives

L’année qui se termine n’a pas été de tout repos pour l’artiste multidisciplinaire et leader acadien René Cormier. Élu président de la Société nationale de l’Acadie en juin 2015, il a passé la majeure partie de 2016 à la tête de cet organisme.

En octobre, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé sa nomination au Sénat du Canada. Il est ainsi devenu le premier francophone du Nouveau-Brunswick à être nommé à la Chambre haute au terme d’un processus de sélection basé sur le mérite.

Cette nouvelle a été très bien accueillie au Nouveau-Brunswick, où René Cormier jouit d’une bonne réputation et où il a été très actif au cours des dernières années. Plusieurs personnes y ont vu un signe que la voix des Acadiens et du monde des arts serait dorénavant plus entendue à Ottawa.

René Cormier a d’abord indiqué qu’il souhaitait demeurer président de la SNA après son assermentation au Sénat. Il s’est ensuite ravisé et a cédé sa place. Le vice-président de l’organisme, Xavier Lord-Giroux, lui a succédé en attendant la prochaine assemblée générale annuelle de la SNA, en 2017.

Gérard Comeau

Gérard Comeau - Archives
Gérard Comeau – Archives

Gérard Comeau, un retraité de Tracadie, a beaucoup fait parler de lui en 2016. L’histoire remonte à 2012 lorsqu’il a été mis à l’amende pour avoir importé une trop grande quantité d’alcool du Québec.

Avec l’appui d’un avocat du Restigouche, Mikaël Bernard, il a contesté cette amende et la saisie de ses boissons alcoolisées par la police. Son procès a eu lieu en Cour provinciale en 2015. Le verdict très attendu est tombé à la fin avril 2016.

Le juge a déclaré inconstitutionnel l’article de la Loi sur l’alcool qu’il avait enfreinte en achetant des centaines de bouteilles de bière et trois bouteilles de spiritueux de l’autre côté de la frontière avant de les transporter à la maison.

La Couronne a tenté sans succès de convaincre la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick de se pencher sur ce verdict.

Elle s’est ensuite tournée vers la Cour suprême du Canada, qui doit maintenant décider si elle veut s’en mêler. Si elle accepte de le faire, cette cause pourrait avoir des répercussions importantes sur le commerce de l’alcool partout au pays.

(Avec la collaboration du journaliste Pascal Raiche-Nogue)

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