DOSSIER – Programmes enrichis: le Nouveau-Brunswick peut faire mieux

L’offre de programmes et de cours enrichis tels que le Baccalauréat international et l’Advanced Placement varie énormément d’une école secondaire et d’un district à l’autre au Nouveau-Brunswick. En fin de compte, tous les élèves de la province n’ont pas accès aux mêmes occasions.

Contrairement à d’autres provinces, comme la Nouvelle-Écosse, où l’offre de programmes enrichis est plutôt uniforme, le Nouveau-Brunswick mise sur l’asymétrie et donne une grande marge de manoeuvre aux écoles secondaires.

Cette façon de gérer ce dossier est-elle adaptée aux besoins ou, au contraire, s’avère-t-elle chaotique et injuste? C’est la question qui tue.

Une chose est claire: l’offre est loin d’être la même partout au Nouveau-Brunswick. Le Baccalauréat international en est l’exemple le plus probant; il n’est offert que dans trois écoles, toutes situées dans le Sud (à Saint-Jean, à Rothesay et à Dieppe). Une quatrième devrait s’ajouter à la liste à la rentrée 2017, elle aussi dans le Sud, soit l’école Sainte-Anne de Fredericton.

Les élèves anglophones de certaines écoles peuvent aussi compter sur le programme Advanced Placement (AP), qui a des points en communs avec le BI (cours enrichis, frais de plus de 100$ par examen et possibilité d’obtenir des crédits universitaires).

L’AP a l’avantage d’être moins rigide que le BI, explique la responsable de ce programme au Nouveau-Brunswick, Stephanie Tomilson.

Il faut aussi noter qu’il est moins difficile d’obtenir l’accréditation de l’AP que celle du BI. Avant d’obtenir cette dernière, les écoles doivent dépenser des dizaines de milliers de dollars et franchir diverses étapes.

«Le nombre d’écoles qui offrent l’AP et le nombre de cours offerts dans chaque école change d’année en année. L’AP ne fonctionne pas comme le BI. Avec l’AP, les écoles peuvent offrir aussi peu qu’un seul cours et parfois jusqu’à 5 ou 6 cours», affirme Stephanie Tomilson par courriel.

Mais comme l’AP ne compte pas de cours en français (à part les cours de langue seconde) le système francophone doit s’y prendre autrement pour offrir des cours plus poussés à ses élèves doués.

Les occasions d’apprentissage varient énormément d’une école à l’autre. Au District scolaire francophone Sud, on nous indique qu’il ne faut pas nécessairement aller à Mathieu-Martin pour suivre des cours enrichis.

«Nos écoles pratiquent la différenciation pédagogique. Quelques élèves font des cours universitaires, d’autres élèves ont un plan d’intervention offrant des occasions d’enrichissement», affirme le porte-parole du DSFS, Steve Lapierre.

Dans le District scolaire francophone du Nord-Ouest, seule l’école Cité des Jeunes A.-M.-Sormany d’Edmundston offre des cours enrichis, et ce, dans quelques matières.

«Les élèves admissibles sont ceux ayant les meilleures moyennes (en termes de résultats scolaires/notes). Pour le présent semestre, ils sont 148 élèves à suivre ces cours», fait savoir la porte-parole du district, Julie Poulin.

De plus, certains élèves de la 12e année de cette école suivent des cours sur le campus d’Edmundston de l’Université de Moncton.

L’offre est semblable dans certaines écoles du District scolaire francophone Nord-Est. Le DSFNE compte trois écoles dont les élèves peuvent aller suivre des cours universitaires selon sa porte-parole, Annie LeBlanc-Levesque.

Mme LeBlanc-Levesque indique que certains élèves des écoles secondaires de Shippagan, de Caraquet et de Tracadie peuvent suivre des cours au campus de Shippagan de l’Université de Moncton. Cette voie n’est pas offerte aux élèves de Chaleur et du Restigouche.

Il existe également des initiatives locales dans certaines écoles «afin de répondre à la demande d’élèves plus doués. Par exemple, nous offrons la Bio III à l’école ESN de Bathurst, ainsi que la musique III et IV. Ces cours sont offerts aux 12e années», indique-t-elle.

 

«On pourrait en faire plus»
Au cours des dernières années, l’expert en politiques publiques Gino LeBlanc, de l’Université de Moncton, s’est penché plus d’une fois sur le système d’éducation du Nouveau-Brunswick.
Il a d’abord été à la tête de la Commission sur l’école francophone, mise sur pied en 2008 par les libéraux de Shawn Graham. Plus récemment, en 2015, le gouvernement Gallant l’a chargé de mener des consultations en vue de l’élaboration du plan d’éducation de 10 ans.
Ce travail lui a permis de réaliser combien le système d’éducation accorde beaucoup d’importance aux élèves qui ont des défis d’apprentissage, à ceux qui n’obtiennent pas nécessairement les meilleures notes.

«Il n’y a pas de doute, après avoir regardé le système une couple de fois sur une période de sept ou huit ans…il y a comme dans la société un regard sur les élèves en difficulté où il y a pas mal d’empathie, la société veut leur donner des outils de rattrapage et veut les appuyer», dit-il.
Comme société, on s’est d’abord intéressé à ces élèves, selon lui. On peut se demander si cela n’a pas été fait au détriment des doués.

«Quand on regarde l’autre côté du spectre, la douance, ceux qui ont besoin d’appui, souvent j’ai entendu “ils vont se débrouiller, ils pètent les scores, ils ont des A partout.”»

Mais, selon lui, ces jeunes ont eux aussi besoin d’être accompagnés et d’être poussés à se dépasser, par exemple avec des programmes enrichis comme le Baccalauréat international.
«Du côté de la douance, je l’ai vu; on pourrait en faire plus. Comme société, on pourrait en faire plus. Je constate que ce sont les parents pauvres (du système d’éducation néo-brunswickois)», dit-il.

 

Le Baccalauréat international offert à Fredericton contre vents et marées
Le Baccalauréat international sera offert en français à Fredericton lors de la prochaine rentrée si tout se passe comme prévu. La pente a été raide, comme l’a appris à ses dépens le groupe de parents responsable de cet ambitieux projet.

À moins d’un pépin majeur, l’école Sainte-Anne offrira ce programme de cours enrichis dès septembre 2017. Elle deviendra la troisième école publique de la province à avoir cette corde à son arc.

Ce sera le point culminant de quatre ans d’efforts de la part d’un comité formé de parents, qui se sont donné comme objectif de collecter les fonds nécessaires. Avant de pouvoir offrir ce programme, l’école doit passer plusieurs étapes et payer des dizaines de milliers de dollars à l’Organisation du Baccalauréat international .

Leurs démarches n’ont pas été de tout repos. Les membres du comité ont frappé à plusieurs portes pour tenter d’obtenir du financement et amener le BI dans la capitale. L’une de ces portes a été celle du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance du Nouveau-Brunswick.

En février 2015, ils ont rencontré le ministre de l’époque, Serge Rousselle, pour tenter de le convaincre de délier les cordons de sa bourse. Ils ont vite compris que c’était peine perdue, selon la présidente du comité d’appui au BI, Chantal Richard.

«On a été reçues avec beaucoup de froideur, pour ne pas dire de l’hostilité», dit-elle en entrevue téléphonique.

«Ce qu’on nous a dit, c’est que ce n’était pas possible d’appuyer (financièrement) le BI parce qu’on ne peut pas le mettre dans toutes les écoles.»

Les parents sont donc sortis bredouilles de cette rencontre. Chantal Richard explique que l’expérience a été un peu décevante.

«On se disait que le gouvernement pourrait voir ça comme une occasion d’investir dans ces jeunes. Ça n’a pas été le cas du tout. On leur a expliqué qu’en Nouvelle-Écosse, les frais étaient assumés par le gouvernement. Mais ils n’étaient pas intéressés d’en discuter», dit-elle.

Le District scolaire francophone Sud (DSFS) s’est montré plus ouvert à donner un coup de main. Il s’est engagé à verser 6000$ par année à l’école Saint-Anne afin de contribuer au financement de la formation des enseignants qui offriront des cours du BI. Il s’agit de la même subvention que celle versée à l’école Mathieu-Martin de Dieppe aux mêmes fins.

Les parents de Fredericton ont donc dû se tourner vers la communauté pour récolter les dizaines de milliers de dollars manquants.

Les dons ont été sollicités auprès d’entreprises et d’individus et plusieurs activités de collecte de fonds ont été organisées depuis. Leurs efforts ont porté leurs fruits; ils ont récolté quelque 27 000$ jusqu’à maintenant, selon Chantal Richard.

Le gouvernement renvoie la balle aux écoles et aux districts

L’Acadie Nouvelle a contacté le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance afin de tenter de mieux comprendre sa gestion de ce dossier. Nous lui avons envoyé une série de questions.

Sa porte-parole, Véronique Lacasse, nous a envoyé une courte déclaration écrite dans laquelle elle ne répond pas à nos questions et dans laquelle elle se contente de renvoyer la balle aux écoles et aux districts scolaires.

«Les écoles peuvent choisir d’offrir le programme du Baccalauréat international et prendre les mesures nécessaires pour le faire. Toutefois, ces décisions sont prises au niveau des districts scolaires et c’est pourquoi ils sont dans la meilleure position pour offrir davantage d’information.»

 

Trois fois plus de financement à Saint-Jean qu’à Dieppe
Quelque 6000$ par année. Voilà ce que le District scolaire francophone Sud (DSFS) donne à l’école Mathieu-Martin (et bientôt à l’école Sainte-Anne) pour l’aider à payer les frais associés au Baccalauréat international.

Le reste du fardeau retombe sur les élèves. La facture dépasse le seuil des 3000$ sur quatre ans pour les élèves inscrits au diplôme, soit le programme complet qui comprend entre autres une gamme élargie de cours dans divers secteurs et des examens internationaux qui peuvent mener à l’obtention de crédits universitaires.

La situation n’est pas la même dans le système scolaire anglophone. Une seule école publique offre le BI à l’heure actuelle, soit l’école Saint John High.

On pourrait aussi parler de l’école privée Rothesay Netherwood School, mais elle est vraiment dans une classe à part. L’inscription y coûte 23 004$ par année pour un élève en 11e ou en 12e année. La facture passe à 37 426$ par année lorsque l’élève est aussi logé et nourri.

L’école Saint John High peut compter sur un appui financier de son district scolaire, l’Anglophone South School District (ASSD). Ce dernier est beaucoup plus généreux que le District scolaire francophone Sud (DSFS).

Selon sa directrice générale, Zoë Watson, l’ASSD donne 16 000$ (US) par année afin d’aider cette école à offrir le Baccalauréat international. C’est trois fois et demie plus que ce que le DSFS accorde à l’école Mathieu-Martin.

Saint John High peut aussi compter sur des milliers de dollars par année de la part de l’association de ses anciens élèves du BI. Selon Zoë Watson, cette association a fait un don de 6500$ cette année et de 8000$ l’année dernière.

Tout cela permet de réduire le fardeau des élèves de cette école anglophone, qui doivent payer moins cher que leurs collègues francophones pour suivre des cours et subir les examens internationaux du BI.

Si l’on se fie aux informations publiées sur le site de l’école Mathieu-Martin et ce que rapporte Zoë Watson, les économies réalisées par les élèves de l’école Saint John High inscrits au programme complet du Baccalauréat international se chiffrent en centaines de dollars sur quatre ans.

 

Le cas de la Nouvelle-Écosse

Pendant que le Nouveau-Brunswick adopte une approche asymétrique et que le Baccalauréat international n’est offert que dans trois écoles de la province, la Nouvelle-Écosse s’y prend différemment. Et pas à peu près.

En 2005, le ministère de l’Éducation de cette province a fait un virage majeur. Il a annoncé que 10 écoles de la province feraient une demande pour obtenir le BI et a débloqué les centaines de milliers de dollars nécessaires pour que cela se concrétise.

Le BI a été offert dans les écoles choisies à compter de la rentrée 2007.

Aujourd’hui, 10 ans plus tard, les élèves de 13 écoles publiques et de 2 écoles privées néo-écossaises ont l’occasion de suivre ce programme enrichi, selon la porte-parole du ministère, Heather Fairbairn.

Tout ça pour une population semblable à celle du Nouveau-Brunswick.

Cela est évidemment accompagné de dépenses supplémentaires. Contrairement au Nouveau-Brunswick, où les élèves du BI (et leurs parents) doivent payer des centaines de dollars chaque année, l’inscription au BI est gratuite en Nouvelle-Écosse grâce au gouvernement provincial.

«Le ministère fournit environ 2,4 millions $ aux districts scolaires partout dans la province pour couvrir les coûts associés au programme du BI dans les écoles publiques. Cela inclut l’enregistrement, les frais d’examens, le développement professionnel et certains postes.»

 

Les cours enrichis en bref

Baccalauréat international (BI) – Programme disponible en français et en anglais permettant aux écoles francophones et anglophones (entre autres) d’offrir des cours avancés, standardisés et comportant des évaluations externes. Les élèves inscrits au programme complet doivent notamment rédiger un mémoire et pratiquer des activités sportives, artistiques ou bénévoles. De nombreuses universités reconnaissent le programme et accordent des crédits aux élèves ayant obtenu de bonnes notes au BI.

Advanced Placement (AP) – Programme permettant aux écoles secondaires anglophones d’offrir une série de cours avancés et standardisés. Le programme est moins rigide que le BI (qui a un processus d’accréditation particulièrement long et dispendieux) et permet aux écoles d’opter pour le nombre de cours qui leur convient. De nombreuses universités reconnaissent le programme et offrent des crédits aux élèves ayant obtenu de bonnes notes aux cours AP.

Cours à l’Université de Moncton – Quelques écoles de la province situées près de l’un des trois campus de l’Université de Moncton offrent à certains élèves l’occasion d’y suivre des cours. Cela permet entre autres aux élèves de se familiariser avec le contexte universitaire et d’aller au-delà de ce qui est offert dans leur école.

Cours avancés – Les écoles secondaires peuvent offrir des cours avancés suivant les balises établies par le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance du Nouveau-Brunswick. Contrairement à l’AP et au BI, ces cours ne permettent pas d’obtenir des crédits universitaires.

Approche individuelle – Certains enseignants des écoles secondaires de la province optent pour le développement de plans d’intervention personnalisés pour les élèves les plus doués. Cela permet à ces derniers d’avoir des occasions d’apprentissage enrichies dans les mêmes classes que leurs collègues qui n’ont pas les mêmes aptitudes qu’eux.