Pénurie de la main d’oeuvre: des travailleurs répondent à l’appel

Rudy LeBreton n’a plus de raisons de délocaliser l’activité des Pêcheries de Bas-Caraquet en Asie. Son coup d’éclat de la semaine dernière pour recruter les travailleurs dont il a besoin a eu l’effet escompté. Les candidatures affluent.

Pendant notre entrevue à l’usine, le téléphone du propriétaire a sonné une fois. À l’autre bout du fil, un type de Gaspésie se disait intéressé pour intégrer l’équipe. Deux personnes – un homme et une femme – se sont spontanément présentées pour remplir un dossier.

«J’en avais imprimé 10 ce matin en arrivant, il m’en reste 2, révèle Rudy LeBreton. Je n’en aurais plus d’ici la fin de la journée. C’était pareil hier (lundi).»

On se presse pour venir travailler aux Pêcheries de Bas-Caraquet. Les postulants demeurent principalement dans la Péninsule, mais aussi dans les quatre coins de la province, au Québec et même à l’étranger.

«Des gens nous ont appelés du Gabon et d’ailleurs en Afrique. Ils ont dû voir notre annonce sur internet.»

La semaine dernière, le chef d’entreprise publiait une offre d’emploi dans les colonnes de l’Acadie Nouvelle. Les conditions de travail, le profil recherché et les coordonnées du recruteur étaient mentionnés.

Un texte classique en somme, à un détail près. En bas du cadre figurait une phrase étonnante: «Gardons nos emplois à Caraquet ou nous les enverrons en Asie. La décision appartient aux travailleurs d’usine de la région.»

Rudy LeBreton n’a pas cherché à susciter la polémique. Cela faisait des mois qu’il recherchait de nouveaux salariés. Faute de trouver, il voulait frapper les esprits.

«J’ai de l’activité en masse. Il me faut du monde», réclame-t-il.

Le patron a besoin de travailleurs de ligne, de contrôleurs de qualité et d’un nouveau contremaître. Sur la quarantaine de postes à pourvoir, il en a récemment embauché une vingtaine et se réjouit d’agrandir chaque jour son vivier de candidats.

Plus son personnel journalier est élevé, meilleur est son rendement. Lundi, 46 ouvriers étaient présents: 65 000 livres de crabe ont été transformées – ce qui est considéré comme une excellente production. Mardi, ils étaient 38 à être venus; au mieux, 42 000 livres de crustacé sont sorties d’usine.

Une visite dans le grand local de la zone industrielle de Bas-Caraquet suffit pour se rendre compte des nombreuses unités de travail disponibles, mais vacantes. La menace déguisée de Rudy LeBreton n’a pas inquiété les anciens.

«J’ai compris la démarche. On manque de bras. Je n’ai pas craint pour mon emploi», confie Annick LeBreton, employée depuis deux ans.

Guy Thibodeau est un de ses nouveaux collègues. Il ne s’en cache pas, c’est l’annonce qui l’a motivé à postuler. Et il ne le regrette pas.

«Il faut encourager notre économie. Ça me donne de l’ouvrage. C’est près de chez moi. Y a une bonne ambiance, ça bouge. Je suis content.»

Rudy LeBreton ne lésine pas pour offrir à son personnel de bonnes conditions de travail. À 14$ l’heure, auxquels s’ajoute 1$ l’heure de présence, ses salaires sont plus élevés qu’ailleurs (généralement 11,50$ l’heure).

Le travail les dimanches est proscrit, celui les samedis uniquement en cas de force majeure. Un cuisinier prépare chaque midi des plats chauds pour celles et ceux qui veulent.

«On est loin des restaurants. C’est normal d’avoir un service de cantine», considère le propriétaire.

Comment expliquer alors qu’il a eu tant de difficultés à recruter du monde avant sa publication de la semaine dernière qui continue à paraître?

«Les métiers en usine de transformation ont mauvaise presse malheureusement. Ce n’est pourtant plus ce que c’était. On a beaucoup modernisé nos équipements et on fait attention au confort des gens», explique M. LeBreton.

Selon lui, des employés contents sont le garant d’une industrie prospère.

«L’entreprise est à tous ses travaillants.»

Une annonce qui a fait réagir

L’offre d’emploi du propriétaire des Pêcheries de Bas-Caraquet dans laquelle il menaçait de sous-traiter le plus gros de son activité en Asie a fait réagir.

L’Association coopérative des pêcheurs de l’île de Lamèque est elle aussi confrontée à des problèmes de recrutement pour son usine de transformation. De là à agiter le spectre de la délocalisation, impensable pour son président, Laurent Chiasson.

«Ce ne serait pas une option. Ce n’est pas dans notre principe de coopérative.»

Le dirigeant ne juge pas.

«Chaque compagnie vit une situation qui lui est propre.»

Rudy LeBretron, le patron des Pêcheries de Bas-Caraquet, se défend d’avoir crié au loup inutilement.

«Je suis désolé si j’en ai blessé certains, ce n’était pas mon intention. Mon but a toujours été de faire marcher mon entreprise.»