Les élèves des écoles urbaines ont de meilleurs résultats que ceux en région rurale

Les élèves des régions rurales font moins bien à l’école que les élèves des villes dans le District scolaire francophone Sud. Plus de 80% des écoles des municipalités de moins de 15 000 habitants reçoivent un appui additionnel du district  alors que seulement 17% des écoles de centres urbains obtiennent un tel soutien.

Chaque année, des élèves de divers âges passent des examens provinciaux du ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance. Les évaluations standardisées permettent de mieux cibler les efforts de soutien aux écoles.

Dans les écoles du District scolaire francophone Sud (DSFS), qui s’étend de Miramichi à Fredericton en passant par le Sud-Est et la région de Kent, une tendance a été observée lors des dernières évaluations du gouvernement provincial. Les élèves d’écoles situées dans de petites communautés obtiennent des notes plus basses que ceux des écoles des régions urbaines.

Un rapport présenté lors de la dernière réunion du Conseil d’éducation du DSFS démontre que 13 des 15 écoles primaires situées dans des municipalités de moins de 15 000 habitants ont obtenu un projet d’amélioration en littératie.

«On a identifié ces écoles-là en premier, parce qu’elles sont vraiment dans le rouge. La stratégie sur trois ans, c’est que toutes les écoles aient un projet en littératie», a expliqué Monique Boudreau, directrice générale du DSFS lors d’une réunion à Cocagne, le 11 janvier.

Seulement deux des 13 écoles primaires situées dans des villes de 15 000 habitants et plus ont reçu un tel projet. Il s’agit de l’école Champlain de Moncton et de l’École des Pionniers de Quispamsis.

Ajoutons que ces deux écoles ont obtenu des pointages égaux ou supérieurs à la moyenne sur les examens provinciaux en 2016, ce qui n’est pas le cas des 13 écoles de région rurale. Seulement une d’entre elles a obtenu une note au-dessus de la moyenne des tests linguistiques à tous les niveaux, soit l’école de Grande-Digue.

Le même phénomène touche les écoles secondaires. Trois des cinq établissements situés dans des petites communautés ont reçu un programme d’appui visant à améliorer les résultats en français, soit Mgr-Marcel-François-Richard de Saint-Louis-de-Kent, Clément-Cormier de Bouctouche et l’école régionale de Baie-Sainte-Anne. Aucune des cinq écoles secondaires situées en milieu urbain n’a reçu un tel appui.

«Pas moins intelligents»

Renée Gaudet, élève de la 11e année à l’école secondaire Assomption de Rogersville, explique difficilement les faibles résultats en milieu rural.

«Il n’y a pas vraiment de raison. On ne peut pas dire que les gens de régions rurales sont nés moins intelligents. Il y a peut-être plus d’occasions d’apprentissage dans les grandes villes. Et l’influence de l’anglais est fort ici.»

Ken Therrien, directeur de l’école Clément-Cormier de Bouctouche, admet qu’il y avait du travail à faire à son école. Il mentionne cependant qu’un projet d’amélioration a fait grimper les taux de réussite des examens de mathématiques de 30% à 45 % (parcours A – les élèves qui visent directement le marché du travail) et de 43% à 64% (parcours BC – qui prépare les élèves pour les études universitaires), durant la dernière année.

«On a vu des améliorations d’environ 50% dans nos deux parcours de mathématiques. C’est un énorme succès pour nous. Cela dit, c’est certain qu’on a encore du chemin à faire.»

Mentionnons que le taux de réussite à l’échelle du district au parcours A, pour les élèves qui visent directement le marché du travail, est de 53%. Celui du parcours BC, qui prépare les élèves pour les études universitaires, est de 71%.

M. Therrien ajoute que plusieurs élèves ont des difficultés sur les tests de langue en raison de l’influence du dialecte local.

«L’an dernier, en français, on n’a pas eu les résultats qu’on aurait voulu avoir (45% de réussite). Le vocabulaire a un impact sur nos résultats, surtout les régionalismes. Sur les tests qu’on reçoit, la barre est quand même assez élevée. C’est un défi, puis on essaie de trouver des solutions.»

Les examens du ministère comprennent des examens linguistiques en 2e, 4e, 8e et 11e année, des évaluations mathématiques en 3e, 8e et 10e année et un test de sciences, en 8e année.

Des réalités différentes

Les différentes réalités socioéconomiques des régions urbaines et rurales ont une forte influence sur leurs résultats scolaires, affirment des intervenants du milieu.

Gilles Cormier, membre du Conseil d’éducation du DSFS, estime que les familles de régions rurales mettent plus d’importance sur le marché du travail et moins sur la poursuite d’études postsecondaires.

Son hypothèse est appuyée en partie par les observations de Ken Therrien, qui voit des élèves perdre leur motivation à l’égard des examens provinciaux après avoir pris la décision de poursuivre une carrière dans les métiers.

«On a beaucoup de jeunes qui se démarquent au niveau des métiers et qui ont l’intention de prendre cette direction dans leur carrière. L’intérêt pour l’évaluation du ministère diminue à ce moment-là.»

Mathieu Lang, professeur de la Faculté d’éducation à l’Université de Moncton, affirme que la corrélation entre le niveau socioéconomique immédiat d’une l’école et la réussite scolaire des élèves est bien documenté dans la littérature universitaire.

«Quand les parents ont des études postsecondaires et oeuvrent en tant que médecin, avocat, gérant de magasin ou autre, ç’a un impact. L’environnement à la maison appuie l’environnement scolaire.»

Cela dit, plusieurs autres facteurs pourraient être en cause, dont l’accès aux enseignants-ressources, l’exposition à différentes cultures et ethnicités dans les villes et même les types de questions posées sur les examens provinciaux.

«La dernière chose que je regarderais est l’élève lui-même. Il n’y a rien d’inné dans la question. Ce n’est pas parce que l’élève nait à Rogersville ou à Pointe-Sapin qu’il va moins bien performer. Ce n’est pas une question d’ADN.»

Au cours des dernières années, le DSFS a implanté des projets d’amélioration académique dans plusieurs écoles rurales. Selon M. Cormier, le district est sur la bonne voie.

«Il faut s’assurer qu’on ferme l’écart entre le bas de l’échelle vers le haut de l’échelle. Comme le dit le vieux dicton: on est juste aussi fort que le maillon le plus faible.»

«Parfois, pour être égal, il faut donner plus à certains. Si on veut rendre l’éducation égale dans les régions rurales, il faut peut-être mettre plus d’effort par rapport à l’urbain. Mais là, le défi financier et politique s’impose. C’est difficile de mettre plus d’effort où il y a moins de personnes.»

Durant l’année scolaire 2016-17, 15 des 18 écoles rurales du DSFS ont un programme d’appui académique, alors que seulement 3 des 18 écoles urbaines en ont un.

 

Listes des écoles recevant des projets d’amélioration

Linguistique, 2e ou 4e année
Calixte-F.-Savoie, Sainte-Anne-de-Kent

W.-F.-Boisvert, Rogersville

Blanche-Bourgeois, Cocagne

Camille-Vautour, Saint-Antoine

Champlain, Moncton

Donat-Robichaud, Cap-Pelé

Dr-Marguerite-Michaud, Bouctouche

Mont-Carmel, Sainte-Marie-de-Kent

Mgr-Marcel-François-Richard, Saint-Louis-de-Kent

Soleil-Levant, Richibucto

Père-Edgar-T.-LeBlanc, Grand-Barachois

École des Pionniers, Quispamsis

Grande-Digue, Grande-Digue

Mgr-François-Bourgeois, Shediac

Régionale Baie-Sainte-Anne, Baie-Sainte-Anne
Français, 8e année
École secondaire Assomption, Rogersville

Régionale Baie-Sainte-Anne, Baie-Sainte-Anne

Soleil-Levant, Richibucto

Dr-Marguerite-Michaud, Bouctouche
Français, 11e année
Clément-Cormier, Bouctouche

Régionale Baie-Sainte-Anne, Baie-Sainte-Anne Mgr-Marcel-François-Richard, Saint-Louis-de-Kent
Mathématiques, 3e à 11e année
Le Mascaret, Moncton

Clément-Cormier, Bouctouche