Fluoration de l’eau potable: le débat est ouvert à Moncton

Le débat sur la fluoration de l’eau potable du Grand Moncton est officiellement rouvert. Après le moratoire de cinq ans qu’il a imposé en 2011, le conseil municipal a entendu les arguments pour et contre lors d’une réunion publique, tenue lundi soir, à l’hôtel de ville.

La tension était palpable.

D’un côté, ceux qui appuient la fluoration: la Société dentaire de Moncton, représentée par Heather Versey, la présidente de la Société dentaire du Nouveau-Brunswick, Dre Suzanne Drapeau McNally, représentant plus de 300 dentistes, et le Dr Yves Léger, médecin-hygiéniste au ministère de la Santé de la province.

De l’autre, les opposants: le porte-parole du groupe Citoyens pour une eau saine, Olivier Weil, le professeur de biochimie de l’Université de Moncton, Olivier Clarisse, et le Dr Roger Richard, dentiste à Saint-Louis-de-Kent.

«C’est une décision sur l’eau publique qui touche tout le monde. Cette décision doit être prise de manière la plus éclairée possible», a lancé d’emblée Olivier Weil.

«Toutes nos agences recommandent ce processus; c’est sans danger. Je bois cette eau et ma famille aussi. Nous voulons tous ce qu’il y a de meilleur pour nos enfants», a rétorqué Suzanne Drapeau McNally.

La fluoration de l’eau potable municipale permet de réduire la carie. En entrant en contact avec les dents, le fluorure permet de renforcer l’émail des dents.

Quantité

Ce qui est contesté par les opposants, ce n’est pas les bienfaits de la fluoration, mais la quantité de fluorure dans l’eau.

Selon une étude réalisée par Santé Canada et par le dentiste en chef du Canada, la concentration optimale de fluorure nécessaire pour obtenir les bénéfices du fluorure tout en éliminant les risques est de 0,7 milligramme par litre d’eau. La concentration maximum dans l’eau potable permise fixée par Santé Canada est de 1,5 milligramme par litre, soit plus de deux fois le montant recommandée.

Nonobstant, les opposants martèlent que la concentration actuelle pourrait mener à des «effets négatifs» et à des «conditions chroniques» sur la santé des gens, explique Olivier Weil, sans toutefois préciser lesquelles.

«Nous devons faire attention. Ça ne fait pas si longtemps que cela que nous étudions les effets du fluorure dans l’eau. Je crois que nous devons faire preuve de prudence», souligne Olivier Weil.

Les opposants ont réussi à faire plier le conseil municipal en 2011, malgré l’appui sans réserve du bureau du médecin-hygiéniste en chef de la province, dans une déclaration de principes publiée la même année. Celle-ci a été révisée puis réitérée lundi, a indiqué Yves Léger.

«Selon sa concentration actuelle, il faudrait 10 000 verres d’eau pour dépasser le seuil permis.»

La décision finale du conseil municipal de Moncton aura des répercussions sur Riverview et Dieppe, qui utilisent également l’eau du bassin d’eau potable de Turtle Creek, situé à près de 10 km au sud de Moncton.