Des tests obligatoires pour les conducteurs plus âgés?

Dans certaines provinces, les aînés doivent se soumettre à des examens de conduite une fois qu’ils ont atteint un certain âge. Le Nouveau-Brunswick doit-il suivre cette voie? L’idée est loin de faire l’unanimité.

Cette question pourrait se poser de plus en plus alors que les gens âgés de 65 ans et plus représenteront 22% de la population du Nouveau-Brunswick en 2026.

En 2014, l’Association médicale canadienne s’alarmait que certains aînés continuent à prendre le volant en dépit de «détériorations substantielles sur les plans physique et mental».

Elle proposait que les personnes de l’âge d’or soient soumises à des restrictions relatives à la conduite de nuit, l’emprunt de routes à grande vitesse et le taux d’alcoolémie, à moins d’obtenir une attestation de leur médecin.

Au Québec, chaque conducteur doit produire un certificat médical à 75 ans, 80 ans et par la suite tous les deux ans. En Ontario, les conducteurs âgés de 80 ans et plus doivent renouveler leur permis de conduire tous les deux ans.

Ils subissent alors des épreuves d’aptitudes visuelles et doivent répondre à des questions sur la sécurité routière avant de participer à un cours de groupe afin d’actualiser leurs compétences.

Contrairement à d’autres provinces, le fait de devoir reprendre un test de conduite n’est pas lié à l’âge au Nouveau-Brunswick. Lorsqu’elle entretient des doutes concernant la conduite automobile d’un parent âgé, c’est vers un médecin que la famille doit se tourner.

S’il juge que l’état de santé de son patient ne lui permet pas de prendre le volant et qu’il représente un risque, le médecin de famille est tenu de faire un rapport à la province. La personne devra alors passer des examens de conduite pour conserver son permis de conduire.

Le gérontologue Valois Robichaud est favorable à un resserrement des règles. Il propose l’instauration d’examens de vision et d’audition pour les Néo-Brunswickois de plus de 80 ans.

«Je crois que nous devrions comme société avoir une évaluation périodique des permis de conduire pour les gens qui entrent dans le grand âge. C’est une démarche saine, rassurante et sécurisante pour la personne.»

Valois Robichaud met en garde contre les généralisations mais rappelle qu’à partir de 60 ans l’acuité visuelle diminue le soir. Le temps de réaction se fait aussi plus long avec l’âge, explique-t-il.

«Ce n’est pas pour autant qu’on devient un risque pour la société, on peut aussi faire en sorte d’être plus prudent lorsque l’on conduit. Mais je suis préoccupé lorsque personne n’évalue un déficit visuel et auditif. Ça devient un risque pour la sécurité des gens.»

Le gérontologue note que certaines personnes de l’âge d’or refusent parfois d’admettre que leurs réflexes sont moins rapides en raison d’une médication ou d’une altération de l’ouïe et de la vue. Elles n’en sont d’ailleurs pas toujours conscientes.

«Nous avons donc une responsabilité en temps que voisins, membres de la famille, enfants d’être attentifs et de sensibiliser», dit-il.

Vers le statu quo

Contactée par l’Acadie Nouvelle, une porte-parole du ministère de la Justice et de la Sécurité publique indique qu’une réforme du système actuel n’est pas à l’ordre du jour.

«La bonne condition physique d’un conducteur est importante, quel que soit l’âge d’une personne. C’est pourquoi le ministère s’appuie sur les conseils des médecins pour déterminer qui a besoin de reprendre un test de conduite. Nous ne prévoyons pas apporter de changement à cette pratique», écrit-elle.

Jean-Luc Bélanger, directeur général de l’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick, s’oppose à l’idée d’une nouvelle loi.

Il estime que les limitations au permis de conduire doivent se faire au cas par cas et souligne que c’est aux proches d’être vigilants.

«La famille a une responsabilité par rapport à la personne aînée», insiste-t-il.

Selon lui, l’accent doit être mis le développement des transports en commun mais aussi sur l’éducation. Auparavant, les associations d’aînés de la province offraient des formations de conduite à leurs membres grâce à des programmes gouvernementaux. Jean-Luc Bélanger souhaite que ces initiatives soient remises au goût du jour.

La perte de permis, une épreuve difficile

Pour une personne âgée, perdre son permis de conduire signifie perdre une partie de sa liberté et de son autonomie. C’est ce que vit Claudia Benoit de Pointe-à-Bouleau.

En octobre 2014, Mme Benoit s’était rendue au Club d’âge d’or de Sainte-Rose pour participer à une activité de danse. La femme âgée de 72 ans a alors été victime d’une intoxication alimentaire. Elle est allée se reposer dans la voiture garée près de l’immeuble. D’après le rapport de police, elle aurait mis la voiture en marche avant et aurait percuté le bâtiment.

En février 2015, les autorités lui ont retiré son permis de conduire. Par la suite, elle a dû passer trois examens de conduite. Chaque fois, les instructeurs ont refusé de lui donner la note de passage.

Depuis, Claudia Benoit remue ciel et terre pour contester ces décisions et faire entendre sa version des faits. «Je suis en très bonne santé», affirme-t-elle.

Sa situation l’oblige à demander sans cesse l’aide de ses proches pour la conduire. La perte de son permis a changé radicalement son mode de vie, l’empêchant de sortir et de visiter ses proches.

«Je ne peux plus aller à la messe et faire mes commissions. J’aimais tellement aller aux boutiques avec mes talons hauts et mes belles robes», déplore Mme Benoit.

«Ça me déprime beaucoup, je ne peux pas l’accepter. Sortir, c’est ma raison de vivre! J’ai le droit d’avoir ma voiture dans mes mains.»

Fernand Valois comprend très bien cette détresse.

«C’est toujours très difficile pour une personne âgée de perdre son permis parce qu’elle perd son autonomie. Si elle vit dans une région rurale, c’est plus marquant parce que les transports en commun sont absents», dit-il.

«Conduire une automobile, c’est conduire sa vie. Pour l’aîné, le permis de conduire est lié à une identité, à un statut. Lorsqu’il s’entend dire par sa famille ou son médecin ‘’Tu ne peux plus conduire’’, c’est une atteinte à la valeur, à la place du la personne dans la société.»