Le Moncton Hospital met à pied plusieurs employés francophones

Annie Berthelot ne s’attendait à voir sa carrière au sein de l’Hôpital de Moncton s’arrêter si brutalement. Après cinq mois en poste sans incident, elle a été suspendue. La raison: son niveau d’anglais écrit n’était pas suffisant aux yeux de son employeur.

Fraîchement diplômée de l’Université de Moncton, Annie Berthelot s’est vue offrir par l’institution anglophone un poste de technologue en rayons X en juin 2016.

«J’ai passé une entrevue, ils m’ont offert l’emploi à condition que je passe un test d’anglais oral», raconte-t-elle.

Originaire de la région de Bathurst, la jeune femme se considère bilingue et a passé le test avec succès. Elle dit n’avoir eu aucune difficulté à communiquer avec les patients ou à se faire comprendre. En effet, la communication orale était primordiale pour ce poste, affirme-t-elle. En cinq mois de travail, elle n’a dû écrire un rapport qu’une seule fois.

Pourtant, son employeur lui a demandé au mois de septembre de passer une évaluation d’expression écrite et de compréhension écrite en anglais administrée par la province.

«On ne m’a pas donné d’explication», déplore Annie Berthelot.

Malheureusement, elle n’a pas atteint le niveau demandé à l’écrit. Début novembre, elle a appris qu’elle était mise à pied. Elle pourra tenter sa chance de nouveau au bout de six mois.

«Ils m’ont dit que je n’avais rien fait de mal au travail, que c’était uniquement par rapport à la langue anglaise. Ils m’ont donné une deuxième chance parce qu’ils voulaient me garder. Après que je me suis fait suspendre, ils ont demandé aux autres personnes de mon département qui ont étudié en français de passer le test.»

Sentiment d’injustice

Deux de ses anciennes camarades de classe ont été suspendues à leur tour.

«Ces deux collègues ont un parent anglophone, elles parlent anglais à la maison et ont tout de même failli les tests», s’étonne Annie Berthelot.

«Ils ne demandent pas à tous les francophones de passer des tests. J’ai une amie qui travaille dans un autre département, son employeur lui a dit que ce n’était pas nécessaire. C’est là que je vois l’injustice.»

Actuellement, Annie Berthelot occupe un emploi au salaire minimum dans un centre d’achat et a payé un cours d’anglais en ligne au CCNB. Elle compte bien récupérer sa place.

Elle a d’autant plus de mal à accepter sa situation qu’elle a observé des pratiques différentes au sein de la régie de santé francophone.

«Lors de mes stages à Vitalité, il y avaient des personnes anglophones qui parlaient surtout anglais et pouvaient s’exprimer un peu en français avec les patients.»

Elle regrette que le personnel francophone soit visé par ces tests de langue, estimant que les professionnels de la santé pouvant offrir un service en français à l’Hôpital de Moncton sont trop peu nombreux.

«Je crois que les francophones ont la vie plus dure sur le marché du travail que les anglophones. Tout est plus facile si tu es unilingue anglophone. Quelques collègues anglophones ont passé le test en français et ont échoué. Ils ont pu continuer à travailler.»

Questionnée sur la situation, la directrice des ressources humaines du Réseau de santé Horizon, indique qu’elle ne fera pas de déclaration au sujet d’un cas particulier.

«Horizon ne fait pas de commentaires sur des questions personnelles», écrit Maura McKinnon.

À la question de savoir si tous les employés d’Horizon doivent pouvoir écrire l’anglais à la perfection, elle répond que les patients et leurs familles doivent pouvoir recevoir un service dans la langue de leur choix.

«Toutes les offres d’emploi reflètent les besoins des départements en termes de compétences, de qualifications et de compétences linguistiques, ajoute-t-elle. Les employés doivent démontrer leur compétence linguistique par le biais de tests pour les personnes ayant l’anglais comme langue première qui postulent à un poste bilingue et pour les employés ayant le français comme langue première et qui postulent à un poste bilingue ou unilingue anglophone.»

Des tests au cas par cas chez Vitalité

Contacté par l’Acadie Nouvelle, le réseau de santé Vitalité confirme que plusieurs personnes sont embauchées sans maîtriser complètement le français. Un de ses porte-paroles, Thomas Lizotte, affirme qu’il n’est pas possible de déterminer avec exactitude le nombre d’employés unilingues anglophones au sein de la régie francophone.

«Un employé unilingue anglophone qui est dans l’incapacité de servir un client dans la langue de son choix doit impérativement trouver un intermédiaire en mesure de le faire», rappelle M. Lizotte.

Il ajoute que lors de l’embauche, les candidats sont amenés à s’exprimer dans les deux langues officielles.

«Après évaluation et s’ils le jugent nécessaire, les gestionnaires, de concert avec le service des ressources humaines, peuvent choisir d’approfondir l’évaluation des compétences en langue seconde d’un candidat (tant à l’oral qu’à l’écrit). Il est important de préciser que cette évaluation se fait avant l’embauche», écrit M. Lizotte.