Le homard ressent-il la douleur?

Une entreprise australienne a été trouvée coupable de cruauté animale en raison de son traitement du homard. La décision a relancé le débat sur la capacité des crustacés à ressentir de la douleur.

Nicholas Seafoods est la première entreprise en Autralie – et peut-être du monde – trouvée coupable de cruauté animale pour son traitement du homard.

Le quotidien Anglais The Guardian affirme que des agents de la Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals (RSPCA) ont trouvé que l’entreprise démembrait les homards avec une scie à ruban sans les avoir «assommé ou tué adéquatement».

Le mois dernier, une cour de l’État australien New South Wales a jugé que Nicholas Seafoods a enfreint à sa loi sur la cruauté des animaux. L’entreprise a été forcée de payer une amende de 1500$.

La vidéo qui a mené à l’enquête du RSPCA a été diffusée sur YouTube. Elle montre un employé de Nicholas Seafoods à l’oeuvre. Il commence en immobilisant un homard sur un comptoir. Le crustacé se débat, mais il réussit à le maîtriser après trois ou quatre tentatives. Dès que la bête cesse de bouger, il la tranche en deux avec un trait rapide au couteau. Il coupe ensuite sa queue en utilisant une scie à ruban.

L’employé aurait mérité l’amende en omettant de plonger le homard dans de l’eau glacée afin de «l’immobiliser avant que des procédures causant des douleurs soient effectuées», comme l’imposent les lignes directrices du gouvernement de New South Wales sur le traitement des crustacés

Lors de l’audience en cour, un témoin expert a rappelé que les homards sont protégés par les lois de New South Wales «en raison de leur capacité prouvée de ressentir de la douleur». En 1997, le gouvernement a adopté un amendement à sa loi sur la cruauté animal afin d’ajouter les crustacés à la définition du mot «animal».

La situation en Amérique du Nord

La situation est tout autre en Amérique du Nord. Le Canada et les États-Unis n’ont pas de loi sur la cruauté envers les homards.

Geoff Irvine, directeur général du Conseil canadien pour le homard, croit que les usines canadiennes n’ont pas à craindre un changement.

«Je n’ai pas de commentaires (sur la situation en Australie). Nous n’avons vraiment pas de problèmes ici, et je n’y ai pas pensé deux fois.»

«Nous avons fait du travail sur le dossier il y a quelques années et nous avons déterminé que les homards ne ressentent pas de douleur. À un moment donné, un vendeur en Allemagne s’était arrêté sur la question, mais ce n’est pas une problématique aujourd’hui. L’histoire en Australie était la première que je voyais le sujet depuis des années.»

L’imposition d’un règlement sur le homard semblable à celui de New South Wales poserait un «très gros problème pour bien des transformateurs» du Nouveau-Brunswick, selon un représentant d’usine.

Si certaines usines possèdent des outils qui leur permettent de tuer le homard très rapidement ou les geler avant le traitement, peu d’entre elles seraient en mesure de traiter tout le crustacé de cette façon.

«On a des systèmes de haute pression. Si tu le traites là dedans, ça le tue à peu près instantanément. Tu peux aussi assommer un homard en le mettant dans un bain d’eau glacé ou électrifié», explique Nat Richard, représentant de Westmorland Fisheries à Cap-Pelé.

«De là, faire ces traitements-là à grande échelle sur tout ce qui entre dans l’usine… je dirais qu’il n’y a pas beaucoup d’usines qui sont équipées pour le faire.»

En 2003, le Comité sénatorial permanent des affaires juridiques et constitutionnelles du Parlement du Canada avait publié un document intitulé «les invertébrés souffrent-ils?», dans lequel il était conclu que les crustacés ne ressentent probablement pas de douleur.

PETA contre les usines de homard

Malgré l’absence de lois entourant la cruauté envers les homards en Amérique du Nord, les usines de transformation ne sont pas à l’abri des attaques de groupes de défense des droits des animaux.

En 2013, People for the Ethical Treatment of Animals (PETA) a lancé une campagne contre la cruauté faite aux homards. Elle a publié une vidéo dans laquelle on peut voir un employé – présumément d’une usine de Linda Bean, au Maine, – arracher les pattes et la queue d’un homard alors qu’il est encore vivant. Elle a été vue près d’un million de fois.

L’année suivante, Linda Bean a perdu un client majeur, Delaware North Companies, soit le fournisseur de complexes sportifs majeurs comme le TD Garden de Boston. Un porte-parole de Delaware North Companies a expliqué que les pratiques de Linda Bean n’étaient pas conformes à ses normes d’approvisionnement responsable. Dans un communiqué, PETA s’est attribué le mérite de l’échec.

PETA milite toujours contre la cruauté faite au homard. Elle a notamment manifesté lors du Festival du homard du Maine de Rockland, en août 2016. Tout récemment, un porte-parole a affirmé dans un communiqué que ses membres ont envoyé plus de 76 000 courriels dénonçant les pratiques de Linda Bean.

En février, quand The Boston Globe a publié un long reportage sur le retrait progressif de Linda Bean de l’industrie du homard, PETA s’est encore une fois attribué le mérite.