«Il y a un problème de squatters à Moncton»

Les édifices laissés à l’abandon à Moncton sont de plus en plus nombreux. L’hiver, des itinérants les utilisent parfois pour se mettre à l’abri du froid, mettant leur vie en danger.

Charles LeBlanc est chef de la division de la prévention des incendies pour la Ville de Moncton, le prévôt, pour faire plus court. Lui et son équipe ont comme tâche de s’assurer que les édifices érigés sur le territoire de la municipalité respectent les normes de construction et de sécurité. Et les édifices qui ne les respectent pas forment une liste de plus en plus longue.

«Les deux dernières années, on a toujours une trentaine de propriétés sur cette liste, mais en ce moment, c’est plus près de 50 propriétés. Ça change d’une journée à l’autre», a précisé M. LeBlanc à l’Acadie Nouvelle.

Le 11 février, trois immeubles vacants de la rue Park, non loin du centre-ville ont brûlé. Les dommages étaient trop importants pour déterminer la cause de l’incendie. L’hypothèse qu’un squatter ait allumé un feu pour se réchauffer n’est pas écartée. Chose certaine, l’incendie est d’origine suspecte.

«Il n’y avait pas d’électricité dans les bâtiments. Évidemment, le feu a été allumé par une personne. Aussitôt que ça arrive, que ce soit accidentel, un squatter qui essayait de se réchauffer ou une cause criminelle, quelqu’un a dû mettre le feu. Il est donc d’origine suspecte. La cause exacte, on ne la connaît pas encore», a avancé le pompier.

«Dans ce cas-ci, c’est facile de s’imaginer que c’était peut-être un squatter qui était dans la maison, on ne sait pas», a ajouté le sergent Mario Fortin du service régional Codiac de la GRC.

Devant la seule maison vacante de la rue Park encore debout, on peut voir des signes d’occupation illégale (squattage). Des vêtements, des objets personnels et même de la vaisselle sont éparpillés tout autour. Le phénomène existe à Moncton.

«C’est sûr que ça existe partout. Toutes les places où il y a des itinérants, ils vont trouver une place pour se réchauffer et même l’été ils vont essayer de se trouver une place pour se mettre à l’abri. Toutes les villes où il y a des itinérants, tu vas avoir des gens qui vont se trouver une place pour se réchauffer. C’est pour ça que les propriétaires d’édifice, qu’ils soient vacants ou pas, doivent être responsables. Ils doivent s’assurer qu’il n’y a rien de suspect autour de leur édifice», a expliqué le sergent Fortin.

Lorsque des maisons sont délaissées par leur propriétaire et jugées non sécuritaires par l’équipe de M. LeBlanc, le prévôt placarde toutes les entrées possibles afin d’éviter qu’une personne puisse y entrer et y trouver la mort dans un incendie, comme ç’a été le cas en 2014.

«Si on regarde du côté national de feu, évidemment ces bâtiments-là, s’ils ne sont pas sécuritaires, il y a une plus grosse chance qu’ils vont brûler. On vient de le voir sur la rue Park il y a quelques semaines. Parfois, il y a des gens à l’intérieur, des squatters. On comprend qu’ils allument parfois de petits incendies pour se réchauffer. En 2014, sur la rue Gordon, un squatter a allumé un feu pour se réchauffer et il a péri dans la maison», a rappelé M. LeBlanc.

Sur la rue Park, en février, le pire a été évité.

Le Humanity Project de Moncton travaille de près avec les sans-abris et il les aide à se loger. L’été dernier, l’organisme fondé par Charles Burrell a même fourni 92 tentes à des itinérants.

«Je crois qu’il y a un problème de squatters à Moncton, que ce soit dans une maison abandonnée, dans l’entrée d’une banque ou dans une tente installée dans un parc de la ville et même sur un terrain privé. C’est un vrai problème parce que l’itinérance est une réalité dans notre ville», a avoué M. Burrell.

Effectivement, en 2015, plus de 860 personnes ont eu recours à un refuge dans le Grand Moncton.

En février, l’équipe de Charles Burrell a essayé d’obtenir un prêt de la Ville de Moncton pour acheter les anciens locaux du club de curling MCA afin d’offrir plus d’espace aux moins nantis. Le conseil municipal lui a refusé le prêt.

Des propriétaires malveillants sont à blâmer

Peu de temps avant Noël, le 12 décembre, la division de la prévention des incendies pour la Ville de Moncton a dû évacuer et démolir un édifice de la rue Dominion.

«Mes agents étaient là avec moi. Ce n’est vraiment pas facile de mettre des gens à la porte le 12 décembre, mais en tant que prévôt, on imagine facilement le scénario possible si on ne prend pas de décision: il y a de fortes chances qu’un accident se produise. On n’a pas le choix», a confié le chef de la division, Charles LeBlanc.

Ce genre de scénario est attribuable à une poignée de propriétaires d’immeubles à logement négligents qui laisse leur édifice se détériorer au point tel qu’il n’est plus sécuritaire pour les locataires d’y habiter, selon les autorités.

«La majorité des propriétaires travaillent bien avec nous, mais il y a toujours un minime pourcentage d’eux qui se maudissent vraiment des gens qui habitent dans leur bâtiment et c’est ça vraiment qui nous inquiète. Il y en a parmi eux qui collectent des loyers depuis 20 ou 30 ans et qui n’ont rien fait à leur bâtiment. Une fois de temps en temps, certains locataires nous disent qu’ils pensaient voir passer le prévôt depuis 10 ans», a précisé M. LeBlanc.

Les gens qui restent dans ces édifices vivent souvent dans la pauvreté. Ils sont alors dirigés vers des refuges et des organismes comme Humanity Project quand ils sont évacués.

«Des gens, parfois de l’extérieur de ville, qui achètent des propriétés à Moncton et les laissent se détériorer jusqu’à ce qu’elles soient au bord de l’écroulement. Les gens qui restent là finissent par perdre leur résidence et n’arrivent pas à trouver un autre endroit où vivre. Ce sont ces personnes que vous retrouvez dans la rue et c’est ce qui fait augmenter la population itinérante», a expliqué le fondateur de l’organisme, Charles Burrell.

«S’ils sont chanceux, ils possèdent une tente ou un endroit où ils se sentent en sécurité, sinon ils s’installent près des bouches de ventilation des entreprises afin de se réchauffer l’hiver. Ils se font souvent jeter dehors de ces endroits et ils vont ensuite ailleurs, comme dans les entrées des banques ou dans les maisons abandonnées. C’est-à-dire n’importe quel endroit où ils pourront s’abriter du froid et de la neige», a ajouté M. Burrell.

Avant d’ordonner la démolition et l’évacuation d’un édifice, le prévôt des incendies fait tout en son pouvoir pour éviter cette situation. Il travaille avec le propriétaire et réclame que certaines rénovations soient effectuées. Un ingénieur indépendant est même consulté. Quand un propriétaire refuse de procéder aux travaux ordonnés par le chef de prévention des incendies, il peut ordonner la démolition d’un édifice. Une décision qui n’est jamais facile à prendre, et ce, autant du point de vue historique que du point de vue humain.

«Les gens, quand on les met à la porte, ils sont rarement en maudit contre nous. Ils sont plutôt en maudit contre le propriétaire», a renchéri le Charles LeBlanc.