À quand des robots dans les usines de transformation de fruits de mer?

Le marché du travail canadien est sur le point de connaître d’importants bouleversements. Selon une étude réalisée en 2016 par l’Institut Brookfield, un groupe de réflexion basé à l’université Ryerson de Toronto, près de 42% de la main d’œuvre du pays est à risque élevé d’être touchée par l’automatisation au cours des 10 à 20 prochaines années. Le Nouveau-Brunswick n’est pas à l’abri de ces changements.

Les employés des commerces de détail et de la restauration rapide ainsi que les adjointes administratives et les camionneurs sont les plus à risque de voir des changements.

Dans certains cas, des emplois seront remplacés par la technologie, reconnaît l’Institut Brookfield, mais dans plusieurs autres cas, elle va mener à une meilleure productivité et à la création de plus de postes spécialisés, dit-on.

Au cours des prochaines décennies, la majorité des nouveaux emplois créés vont nécessiter des études postsecondaires et, pour mieux intégrer le marché de l’emploi, les jeunes devront développer différentes compétences techniques et générales dont la créativité, la résolution de problèmes ainsi que d’autres connaissances entrepreneuriales, indique une autre étude préparée par même groupe.

Les emplois les moins à risque demeurent les cadres, les infirmiers, les enseignants au primaire et au secondaire ainsi que les employés du milieu de la petite enfance.

Devant cette situation, le Collège communautaire du Nouveau-Brunswick (CCNB) offre des programmes afin de s’assurer que les diplômés disposent des compétences nécessaires pour accéder à des postes spécialisés, souligne Pierre Clavet, conseiller sectoriel dans le secteur des TI, technologies et sciences naturelles au CCNB.

«C’est au centre de notre quotidien de rester bien à l’écoute des besoins des entreprises. Ainsi, nous avons des processus en place pour nous assurer que nos programmes s’adaptent aux nouvelles compétences demandées. Nous avons aussi un cycle bien établi afin de proposer de nouveaux programmes qui vont permettre aux personnes d’acquérir les compétences nécessaires pour accéder à ses nouveaux postes.»

Le CCNB offre même quelques programmes axés sur l’automatisation, dont Électromécanique de systèmes automatisés, Technologie de l’instrumentation de l’automatisation et Technologie du génie mécanique.

«De plus, lorsqu’on parle d’automatisation, on y retrouve une importante composante qui touche au secteur de l’informatique. Ainsi, nous avons mis en place un programme d’intelligence informatique (Big Data) récemment puisque l’avènement de l’automatisation veut aussi dire, capteurs intelligents et montagne de données accumulées. Il est donc important pour l’entreprise d’avoir des gens qui peuvent donner un sens à ces données.»

Même si plusieurs sont au courant de la situation, le gouvernement fédéral n’en fait pas suffisamment pour préparer les Canadiens aux changements à venir, a déclaré en février le Conseil consultatif en matière de croissance économique, un organisme chapeauté par le ministère des Finances du Canada.

«Le Canada ne dispose pas actuellement d’une stratégie globale pour composer avec la probabilité accrue de bouleversements sur le marché de l’emploi et pour faire face à l’ampleur de ceux-ci. Ainsi, le pays doit contribuer à préparer les travailleurs canadiens pour leur permettre d’acquérir les compétences recherchées dans l’économie de demain.»

Cet avis est partagé par la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Nouveau-Brunswick, qui redoute l’impact de l’automatisation sur les travailleurs de la province.

«Nous n’avons pas encore développé de position concrète à ce sujet, mais on sait que l’automatisation élimine les emplois. Au Nouveau-Brunswick, où le taux de chômage est déjà l’un des plus élevés au pays, c’est préoccupant», dit Patrick Colford, président du syndicat.

Du déjà vu

L’automatisation industrielle n’a cependant rien de neuf, rappelle Roch Chiasson, propriétaire de Cube Automation, une entreprise de Tracadie. Il y a déjà un siècle, le constructeur d’automobiles américain Henry Ford a bouleversé son industrie en perfectionnant le principe du travail à la chaîne.

Le temps de fabrication d’un modèle T, la première voiture de grande série, est passé d’environ 12 heures à moins de deux heures. Roch Chiasson, entrepreneur et ingénieur de formation, se sert de ce type d’exemple afin de démontrer que l’automatisation n’est pas un mal en soi.

L’Acadie Nouvelle a eu l’occasion de le rencontrer lors de la récente Journée des affaires de l’Université de Moncton, campus de Shippagan. Lors de notre discussion, l’homme originaire de Shippagan a utilisé plusieurs autres exemples afin d’illustrer son point de vue.

«Aujourd’hui, on parle de la robotisation, mais ce n’est rien de nouveau. Au milieu du siècle, il y a eu l’invention des machines à photocopier. Avant, il y avait des secrétaires dans les bureaux qui recopiaient tous les documents. Quand la photocopieuse est arrivée, beaucoup de gens pensaient que ça allait supprimer des emplois, mais aujourd’hui ce serait inimaginable de voir un bureau sans photocopieuse», dit-il.

L’ingénieur a fondé Cube Automation à Tracadie en 1995. L’entreprise se spécialise dans la mise en œuvre de solutions d’automatisation afin de permettre à ses clients d’améliorer leur rendement.

Au cours des 22 dernières années, l’entreprise a décroché des contrats un peu partout. Cube Automation travaille particulièrement avec des clients des produits alimentaires et des produits de la mer.

Le fait de brasser des affaires à partir de la Péninsule acadienne est pour lui une source de fierté.

«Dans mon domaine, on nous disait qu’il fallait partir dans l’Ouest pour faire de l’argent. Je n’ai jamais voulu y aller, je voulais être près de ma famille et élever mes enfants ici. Quand je suis revenu dans la Péninsule acadienne, je n’étais pas trop certain de mon projet. C’est une agréable surprise que ça ait fonctionné. Mon pari a valu la peine.»

Même si l’entreprise a traversé des moments difficiles lors de la crise économique de 2008, elle compte près d’une vingtaine d’employés aujourd’hui.

«Ç’a été plus difficile en 2009 et en 2010. Il y avait la crise économique d’abord, mais nous travaillons beaucoup avec l’industrie de la tourbe et il y a eu beaucoup de pluie. La récolte a complètement dégringolé et nos clients ont connu des problèmes financiers.»

De nos jours, son entreprise travaille souvent avec des usines de transformation de fruits de mer. Cube Automation n’est pas à l’abri des fluctuations de l’industrie.

«Ça fluctue annuellement, c’est une des difficultés. Les projets sont faits pour concorder avec le début de la saison de pêche et la demande varie d’année en année, en raison de la valeur du dollar, des changements de quota et ainsi de suite. Parfois, il y a des produits qui ne sont plus tendances, donc un bon client sollicite moins nos services. Ce n’est pas toujours stable, mais je dirais que nous avons connu une croissance au cours de la plupart des années.»