L’élevage du homard, une pratique rentable?

Le propriétaire d’une ferme de homard du Kentucky, dans le sud des États-Unis, exploite un commerce prospère selon un média local. L’Acadie Nouvelle a consulté un expert du domaine afin de découvrir si une telle pratique serait rentable au Nouveau-Brunswick.

Selon Martin Mallet, directeur général de l’organisme de recherche et développement Homarus, la réponse rapide est «non». Bien que des intervenants de l’industrie aient rêvé d’une aquaculture commerciale de homard, dans les années 1970, l’idée a été abandonnée dès les premières tentatives.

M. Mallet explique que le Homarus americanus, soit l’espèce pêchée dans les eaux des côtes du Nouveau-Brunswick, peut prendre sept à huit ans à atteindre la taille nécessaire pour la vente commerciale. Élever des homards en aquarium pendant aussi longtemps n’est pas simple. Comme le crustacé a des instincts cannibales, il doit être isolé de ses pairs très tôt dans sa croissance.

«Si tu ne les sépares pas à un très jeune âge, ils vont se manger les uns les autres. Tu vas commencer avec 50 000 homards dans un réservoir, et tu vas finir avec un gros homard. Il va être gros et beau, mais il va t’avoir coûté cher», explique en riant M. Mallet.

Des techniques d’élevage existent, mais elles sont très dispendieuses. Contrairement au saumon, qui peut être élevé à un prix compétitif à comparer au poisson pêché, l’aquaculture de homard coûte plus cher que la pêche.

M. Mallet estime que, pour que l’élevage de homard soit rentable, le prix du crustacé devrait atteindre environ 50$ la livre. Les dernières années, le homard de grosse taille s’est vendu sur les quais entre 5$ et 7$ la livre.

«Le homard pêché est très compétitif sur le marché. On ne pourrait pas l’accoter avec un produit d’aquaculture.»

Pourtant, la ferme sud-américaine Crystal Bridge Farm réussit à tirer un profit de l’élevage du homard. Selon le média local WKLY de Lewisville, dans l’état du Kentucky, le fermier Rocky Allen fait des affaires d’or en vendant son produit en Asie et en Espagne, entre autres.

Le homard élevé par M. Allen n’est cependant pas le même que celui pêché dans le sud du golfe du Saint-Laurent. Celui qui a élevé la crevette pendant une douzaine d’années exploite un type de homard d’eau douce. Il n’est vraisemblablement pas aussi agressif que le Homarus americanus.

S’il n’existe pas de ferme de homard américain au Nouveau-Brunswick, une forme d’élevage de homard est pratiquée à grande échelle. Chaque été, des centaines de milliers de bébés homards élevés au Centre marin du Nouveau-Brunswick de Shippagan sont relâchés le long de la côte de la province. L’ensemencement a comme objectif d’augmenter les stocks de homard dans les eaux fréquentés par les pêcheurs néo-brunswickois.