Énergie Est: un projet quelque peu oublié mais loin d’être enterré

Le projet d’oléoduc Énergie Est de la société TransCanada n’est pas du tout mort au feuilleton, même s’il ne fait plus les manchettes comme autrefois.

L’entreprise albertaine du secteur énergétique se fait discrète depuis quelques mois, tout comme bon nombre des partisans et des opposants au projet visant à acheminer 1,1 million de barils de pétrole brut par jour de l’ouest du Canada vers la raffinerie d’Irving Oil, à Saint-Jean.

Mines de rien, TransCanada devait initialement procéder à la première pelletée de terre du projet Énergie Est il y a de cela plus d’un an. La mise en service était prévue pour la fin de 2018.

Si ce silence relatif en inquiète et en agace plusieurs, il ne signifie pas pour autant qu’il a été mis de côté par son promoteur, assure TransCanada.

«En terme du développement du projet, nous continuons de rencontrer les représentants des Premières Nations ainsi que des parties prenantes, par exemple les premiers répondants avec qui nous travaillons en collaboration afin de développer des plans d’urgence qui seront mis en place avant que le pipeline ne soit  mis en service», a indiqué à l’Acadie Nouvelle Tim Duboyce, porte-parole de TransCanada.

L’entreprise dit attendre des nouvelles de l’Office national de l’énergie afin de savoir quelles seront les prochaines étapes de l’étude règlementaire du projet, lequel est maintenant évalué à 15,7 milliards $.

«TransCanada et les expéditeurs de pétrole demeurent derrière le projet, puisqu’il représente la meilleure façon de transporter le pétrole canadien vers divers marchés, incluant la raffinerie d’Irving située à Saint-Jean ainsi que sur les marchés à l’étranger», a ajouté Tim Duboyce.

Le plus récent échéancier fixé par la société albertaine fait état de travaux qui pourraient débuter tôt en 2019 et d’une mise en service au cours de l’année 2021.

Avant tout, le nouveau comité d’audience de l’Office national de l’énergie examinera prochainement la demande portant sur Énergie Est, et ce après avoir décidé en janvier d’annuler toutes les décisions par l’ancien comité d’audience.

«Toute cette lenteur et le redémarrage du processus d’évaluation fédérale, c’est vraiment frustrant!», déplore le député libéral de la circonscription de Saint-Jean-Rothesay, Wayne Long, tout étant réitérant sa confiance de voir un jour aboutir le projet Énergie Est.

«Nous avons certes perdu plusieurs mois, mais j’espère que tout ça va mener à un résultat positif dans un proche avenir», affirme le partisan du projet énergétique.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick dit également toujours croire en Énergie Est et affirme continuer de surveiller les développements afin de s’assurer qu’il offre le maximum d’avantages pour la province.

«Notre gouvernement étudiera les plans du promoteur concernant, entre autres, l’intégrité des oléoducs, la sécurité, le suivi et les plans d’intervention d’urgence», a indiqué Jean Bertin, porte-parole gouvernemental.

«Le Nouveau-Brunswick bénéficiera d’une augmentation de la production fiscale estimée à 853 millions $, argent qui peut être consacré à l’éducation, aux soins de santé et aux infrastructures», a-t-il ajouté.

Du même souffle, le gouvernement du Nouveau-Brunswick affirme que son appui à l’endroit d’Énergie Est ne change en rien à son engagement ferme de favoriser les initiatives de développement d’énergies renouvelables et propres.

L’économiste Pierre-Marcel Desjardins dit aussi encore croire à l’initiative de TransCanada pour l’économie néo-brunswickoise.

«Le gouvernement provincial mise sur Énergie Est, il n’y a actuellement pas énormément de projets d’envergure du genre au Nouveau-Brunswick. L’on parle d’emplois, d’activités économiques, de dépenses et aussi de revenus pour le gouvernement», affirme le professeur de l’université de Moncton spécialisé en développement économique.

Citant une étude du Conference Board du Canada, TransCanada prévoit qu’Énergie Est se traduira par la création de 3168 emplois à temps plein pendant les phases de développement et de construction et de 261 emplois durant les 20 premières années de fonctionnement.

Les groupes écologistes farouchement opposés à Énergie Est maintiennent encore et toujours que l’oléoduc représente une menace aux écosystèmes et qu’il est porteur de peu d’emplois.

L’organisme Blue Green Canada soutenait dans un rapport qu’un projet pétrolier semblable menait habituellement à la création de deux emplois pour chaque million de dollars investis alors que les initiatives de développement d’énergies renouvelables favorisaient la création de 15 emplois par million de dollars.

«Il faut nuancer, ce ne sont pas tous les projets d’énergie verte qui vont créer nécessairement plus d’emplois. Après avoir monté des éoliennes par exemple, l’impact en fait d’emplois n’est pas si significatif que ça», estime Pierre-Marcel Desjardins.

Le responsable de la campagne Climat-Énergie de l’organisme écologiste Greenpeace Canada est loin de croire que le projet Énergie Est est mort et enterré, malgré les retards dans l’échéancier et les difficultés que traverse TransCanada, surtout au Québec et avec les Premières Nations partout au pays.

«TransCanada et sa panoplie de lobbyistes sont toujours sur le terrain à tenter de convaincre les municipalités et les Premières Nations. Le projet a subi de sérieux revers, mais il est loin d’être mort, même s’il est moins présent dans l’actualité», a indiqué Patrick Bonin, porte-parole de Greenpeace.