Légalisation de la marijuana: des mythes déboulonnés

La marijuana fait beaucoup jaser ces temps-ci. Cette drogue, dont la possession et la consommation ont depuis longtemps été interdites par la loi au Canada, est sur le point d’être légalisée. Nos voisins du Sud ont une certaine longueur d’avance sur nous dans ce dossier, notamment dans l’état du Colorado, où l’utilisation récréative du cannabis est permise depuis 2012.

Malgré tout ce qu’on peut en dire, plusieurs mythes persistent à l’endroit de la légalisation de la marijuana. En voici cinq, déboulonnés pour vous.

1-C’est fiscalement irresponsable

Les recettes du Colorado vous diront autrement.

Les ventes de marijuana y ont dépassé le 1,3 milliard $ (tous les chiffres sont en dollars américains) en 2016. Il ne s’agit toutefois que d’une fraction du PIB de 333 milliards $ de l’État, a déclaré Ashley Kilroy, directrice générale de l’accise et des licences de Denver, à la Presse canadienne. C’est elle qui est responsable de la supervision de la politique de la marijuana de l’état.

En 2016, 199 millions $ en recettes fiscales ont été perçus. De ce total, 40 millions $ ont servi à la construction d’établissements scolaires et 5,7 millions $ ont été redirigés vers les fonds de fonctionnement des écoles publiques. Le budget global du Colorado est de 26,8 milliards $ cette année.

La capitale, Denver, a implémenté sa propre taxe spéciale de sur la marijuana, de l’ordre de 3,5%. Elle alimente 2,5% du fonds de fonctionnement général de la municipalité.

2-Plus d’adolescents et d’adultes commenceront à consommer du pot

Pas nécessairement, explique Hesam Esfahani, professeur adjoint au département de Sociologie de l’Université de Moncton.

Certaines personnes voudront essayer, mais ce nombre va rapidement se stabiliser. Ceux qui veulent fumer le feront de toute manière, dit-il.

«Les gens sont curieux et auront certainement envie d’essayer, mais c’est comme l’alcool ou la cigarette. Il y a des jeunes qui en consomment alors qu’il n’ont pas le droit au point de vue juridique», poursuit le juriste criminologue.

L’âge légal pour la consommation de marijuana est de 21 ans aux États-Unis. Au Canada, Ottawa a fixé à l’âge minimal pour la consommation 18 ans, mais les provinces pourront légiférer pour l’augmenter… comme pour l’alcool et la cigarette.

3-La marijuana au volant est moins dangereuse l’alcool

Ce n’est pas une compétition entre la bière et le pot.

Le docteur Larry Wolk, médecin hygiéniste en chef au ministère de la Santé publique et de l’Environnement, met en garde contre cette fausse équivalence.

«Les facultés affaiblies demeurent faibles, peu importe si c’est à cause l’alcool ou de la marijuana. Si vous allez fumer un joint, ne conduisez pas», dit-il en entrevue avec la Presse canadienne.

Malgré tout, selon une étude du ministère de l’État du Colorado, 55% des consommateurs de marijuana estiment qu’il est sécuritaire de conduire sous l’influence du cannabis.

Le nombre d’accidents mortels impliquant un conducteur qui avait des traces de THC dans son système, soit l’ingrédient psychoactif, est en hausse. Ils étaient 44 en 2015, par rapport à 31 en 2014. Plus de 17% de toutes les arrestations de conduite avec facultés affaiblies par les policiers de l’État du Colorado en 2016 étaient reliées à la marijuana.

Seulement 73 des 2 532 arrestations pour conduite avec facultés affaiblies par la Police de Denver en 2015 étaient reliées à la marijuana, soit 2,8%.

4-Il faut consommer de la marijuana pour obtenir un emploi dans l’industrie.

L’industrie légale du cannabis a créé plus de 18 000 nouveaux emplois à temps plein au Colorado en 2015, en plus de générer une activité économique de 2,4 milliards $, selon une analyse de la firme de conseil économique Marijuana Policy Group.

Ces emplois sont constitués de producteurs, de détaillants, d’avocats, des directeurs des ressources humaines, des conseillers, des professionnels des relations publiques et des graphistes, pour ne nommer que ceux-là.

Josh Ginsberg, PDG de Native Roots, une première chaîne de culture et de dispensaires, emploie près de 700 personnes, avoue qu’il existe un certain stigma à travailler dans l’industrie. Quand vient le temps de combler des postes, certains professionnels craignent d’intégrer l’industrie de la marijuana, a-t-il déclaré à la Presse canadienne.

«Ils pensent que cela pourrait avoir un impact négatif sur leur avenir professionnel. Je crois que cette perception est la raison pour laquelle il nous est parfois difficile de trouver des employés qui proviennent de l’extérieur de l’industrie.»

5-La criminalité liée à la marijuana augmentera.

Toujours à Denver, la criminalité liée à la marijuana représente une infime fraction du total des crimes commis depuis la légalisation… et elle continue de rétrécir.

Elle est passée de 0,58% en 2012 à 0,42% en 2015. Il y a eu 192 crimes contre des commerces de marijuana en 2015, dont 117 cambriolages. En tout, il y a eu huit crimes violents liés à la marijuana pendant cette période, selon la Presse canadienne.

Pendant ce temps, les arrestations liées au marché noir du cannabis ont augmenté en 2015. Des 147 arrestations qui ont été réalisées en lien avec la distribution illégale de cannabis -une augmentation de 99% par rapport à 2014-, 90 d’entre elles ont été effectuées pour la culture illégale. C’est neuf fois plus que l’année précédente.
Avec extraits de la Presse canadienne