Bénéficiaire ébouillantée dans son bain: une préposée coupable de négligence

Pour avoir été négligente et avoir causé des brûlures au deuxième degré à une personne à besoins spéciaux en voulant lui faire prendre son bain dans un foyer de soins, Louise Marie Byram, de Saint-Léonard, a écopé d’une amende 1300 $ en Cour provinciale à Edmundston, lundi.

Cette grave négligence de la préposée s’est produite à sa première journée de travail pour ce foyer de soins spéciaux de la région de Grand-Sault. La femme n’y est pas demeurée longtemps comme employé.

En décembre 2014, durant la soirée, Louise Marie Byram a mis de l’eau beaucoup trop chaude dans la baignoire où elle devait laver une bénéficiaire de l’endroit. Résultat, la jeune personne à besoins spéciaux a subi des brûlures au deuxième degré aux pieds et une partie des jambes.

La femme de Saint-Léonard, âgée de 56 ans, a reconnu sa culpabilité à une accusation de négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles.

La victime est une jeune personne handicapée dans la vingtaine qui n’est pas en mesure de s’exprimer adéquatement. Une voisine de chambre du foyer a entendu des cris au cours de la soirée en question. Lorsqu’elle s’est interrogée sur ce qui se passait, on lui a alors répondu que la situation était sous contrôle.

La préposée n’a pas rapporté l’incident. Elle lui a plutôt mis ses bas et ses chaussons comme si de rien n’était. Ce n’est que le lendemain matin qu’une autre employée s’est aperçue des blessures.

La preuve relatée en cour démontre qu’aucune note sur l’incident n’était incluse dans le dossier de la bénéficiaire. Confrontée aux faits, Louise Marie Byram qui, selon ses dires, possédait de l’expérience dans ce genre de tâche, a accepté le blâme et a raconté ce qui s’était produit.

À sa défense, la préposée a indiqué qu’elle n’avait jamais voulu faire de mal et qu’un manque d’attention a probablement fait en sorte qu’elle a mal évalué la chaleur de l’eau. Si elle n’a rien dit, c’était aussi pour éviter des représailles, a-t-elle laissé entendre.

À la sortie du tribunal lundi, les parents de la jeune victime ont expliqué que leur fille n’était à ce foyer de soins que de façon temporaire, le temps qu’ils s’accordent un week-end de répit. Ils s’expliquent mal que la préposée n’a pas rapporté son geste. Ils ont laissé savoir qu’il a fallu attendre plusieurs semaines avant la guérison des brûlures.

Selon eux, leur fille est toujours craintive quand vient le temps de prendre son bain. Elle n’a plus été envoyée à ce foyer par la suite.

La juge Brigitte Volpé s’est rangée derrière la proposition conjointe des avocats en présence. L’amende a été déterminée selon les revenus de l’accusée. Elle aura trois ans pour la payer.

Tout en déplorant que Louise Marie Byram n’ait pas rapporté immédiatement l’incident, la magistrate a souligné qu’il s’agissait d’un geste grave commis envers une personne handicapée sans défense. Elle a dit croire que les regrets et remords de l’accusée étaient sincères.

Un cas rare au N.-B.

Ce cas de brûlures subies par un bénéficiaire en prenant son bain est l’un des rares dans le réseau des établissements de soins au Nouveau-Brunswick.

Le porte-parole de l’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick, Jean-Luc Bélanger, soutient que c’est le premier du genre à avoir été porté à son attention.

«Nous reconnaissons que des aînés subissent parfois des blessures dans des foyers de soins en tombant par exemple, mais je n’ai jamais entendu parler d’un cas où une personne avait été ébouillantée quand on lui donnait son bain. Si d’autres se sont produits, ils ne sont pas devenus publics», a indiqué M. Bélanger.

Selon lui, la relève au chapitre de la main d’oeuvre dans les établissements sera un défi dans les années à venir.

«Avec le vieillissement de la population, il va y avoir encore plus de gens placés dans des établissements. Il va falloir redoubler de vigilance dans nos foyers de soins et s’assurer que les intervenants disposent de la formation nécessaire», a-t-il ajouté.

Même son de cloche de la porte-parole de l’Association francophone des établissements de soins spéciaux du Nouveau-Brunswick, sa présidente, Nathalie Blanchard, dit aussi n’avoir jamais entendu parler d’un autre cas du genre dans la province, elle qui a passé une grande partie de sa vie dans ce secteur.