Justin Bastarache, les défis d’un fermier de 26 ans

Un jeune fermier fait renaître la vie agricole dans la région de Sainte-Marie-de-Kent. Justin Bastarache, âgé de 26 ans, cultive plus de 1500 acres de soya, de maïs, de blé et d’orge sur des lots de terre dans le sud de Kent.

Il y a quelques décennies, la communauté de Sainte-Marie-de-Kent était presque entièrement un champ de terres cultivées. Le métier de fermier a cependant disparu peu à peu. Plusieurs terres défrichées ont été abandonnées.

«Avant, il y avait beaucoup de fermes. Un vieux m’a dit, un temps passé, que de l’église de Sainte-Marie à celle de Bouctouche, il n’y avait pas un arbre. Tu pouvais voir l’église de Bouctouche de Sainte-Marie», mentionne Justin Bastarache.

Les temps ont bien changé. De nouvelles règles entourant le quota des produits laitiers et la chute du prix de la viande bovine ont découragé la relève. Il y avait très peu de terres cultivées dans la région.

Ça, c’était avant que Justin Bastarache lance son entreprise agricole, il y a deux ans.

«J’étais jeune, et j’ai pensé que c’était le temps de me lancer. Plusieurs m’ont dit que c’était maintenant le temps de commencer, et pas quand j’aurai 40 ans.»

Justin Bastarache (à droite) avec son frère et partenaire d’affaires, Rémi, devant sa moissonneuse-batteuse. -Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

Au cours des prochaines semaines, le jeune fermier ensemencera plus de 1500 acres de terre entre Girouardville, au nord de Bouctouche, et MacDougall Settlement, au sud de Notre-Dame.

Justin Bastarache rêvait d’avoir sa propre ferme depuis qu’il est tout jeune. Pendant son enfance, alors qu’il passait les fins de semaine sur la ferme de son grand-père Arthur Bastarache, il s’est découvert une passion pour l’agriculture.

Quand il a terminé son cours en gestion d’entreprise au collège communautaire de Dieppe, il y a un peu plus de six ans, il a acheté ses deux premières vaches. Afin de subvenir à ses besoins, il occupait trois emplois en même temps, soit inspecteur de toit plat, employé à l’aréna de Cocagne et opérateur de chasse-neige.

Son entreprise de production bovine a continué de croître. Il y a quatre ans, il a acheté une charrue et planté une centaine d’arpents (34 hectares) de soya. Il s’agissait d’une première dans la région, rendue possible par une nouvelle graine de soya capable de résister au climat néo-brunswickois.

Le projet l’a enthousiasmé. Il y a deux ans, il a décidé de lancer sa ferme de grains. Ainsi est né East Coast Grains, à Sainte-Marie-de-Kent.

«Je n’ai jamais eu de regrets. C’est sûr qu’il y a des soirs où j’aimerais être en train de m’amuser avec mes amis. Mais ça fait partie de la réalité sur la ferme. Je travaille maintenant et quand j’aurai 60 ans, je m’amuserai», affirme-t-il en riant.

Cet été, il travaillera jusqu’à 16 heures par jour afin de cultiver ses 1500 acres de soya, de maïs, de blé et d’orge. Il s’agit de la capacité maximum qu’il peut récolter avec sa nouvelle moissonneuse-batteuse, une pièce d’équipement valant près de 500 000$.

Il ensemencera ses terres au cours des prochaines semaines, dès que la météo sera plus favorable.

Des graines de soya. Il sèmera ses champs au cours des prochaines semaines. – Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

Quel avenir pour l’agriculture au Nouveau-Brunswick?

En 2011, l’âge moyen d’un exploitant agricole au Nouveau-Brunswick était de 55,5 ans, selon Statistique Canada.

Justin Bastarache estime que les défis financiers sont les plus grands obstacles auxquels font face les jeunes qui souhaitent lancer leur propre ferme. Il estime que Fredericton doit en faire davantage pour les encourager à pratiquer le métier.

Les pièces d’équipement, comme les tracteurs, peuvent coûter des centaines de milliers de dollars l’unité. L’achat ou la location de terres, ainsi que la construction d’entrepôts et d’autres édifices essentiels, peut aussi engendrer des coûts importants.

«Je pense que le gouvernement devrait s’occuper davantage de ses fermiers. On n’a plus de jeunes dans les fermes.»

Une partie du stock de grains de maïs du jeune fermier. – Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

«Il faut porter plusieurs chapeaux»

Agriculteur, éleveur, entrepreneur, comptable, mécanicien, patron… la liste des tâches est longue pour celui qui veut posséder une ferme.

En plus d’ensemencer, d’entretenir et de récolter ses champs, Justin Bastarache doit maintenir des liens avec des partenaires d’affaires et des clients à travers la province. Il école son maïs dans la province, alors que son soya est vendu à un courtier québécois qui l’exporte en Europe.

«Oui, il faut être sur la ferme à travailler, mais il faut aussi être sur la route pour élargir ton marché. Je veux éliminer, autant que possible, les middleman (intermédiaires).»

M. Bastarache fait aussi sa propre comptabilité et dirige une équipe de quatre employés, qui opèrent ses tracteurs.

Il peut travailler jusqu’à 16 heures par jour pendant la saison des récoltes.