Santé Canada donne le feu vert à l’utilisation du glyphosate

Une décision récente du fédéral ouvre la porte à l’épandage du glyphosate dans nos forêts cours des 15 prochaines années. Les utilisateurs de cet herbicide saluent la décision, tandis que les environnementalistes la critiquent vertement.

Santé Canada a annoncé, il y a quelques jours, le maintien de l’homologation du glyphosate, un herbicide notamment utilisé par Énergie NB et par des entreprises du secteur forestier.

Au terme d’un réexamen – un processus mené tous les 15 ans pour tous les pesticides homologués au pays – ce ministère a notamment déterminé qu’il «est peu probable qu’il représente un risque de cancer pour les humains» et que l’exposition à cet herbicide dans le régime alimentaire «ne devrait pas présenter de risque pour la santé humaine.»

Santé Canada en est aussi arrivé au constat que les produits contenant cet herbicide «ne devraient pas poser de risques préoccupants pour l’environnement lorsqu’ils sont utilisés conformément au mode d’emploi proposé sur l’étiquette.»

Le fédéral continuera de surveiller la recherche sur ses effets possibles afin d’assurer la santé et la sécurité de la population, lit-on dans la documentation accompagnant l’annonce.

Déception chez les environnementalistes

– Archives

Cette décision de Santé Canada ne plait pas du tout aux environnementalistes de la province, dont Francine Levesque, de Kedgwick.

Cette membre active des mouvements Écovie et Stop Spraying New Brunswick – qui prônent tous deux l’arrêt de l’arrosage d’herbicides à base de glyphosate sur la forêt publique – ne cache pas sa déception.

«C’est une très mauvaise décision pour l’environnement et pour la santé de la population.»

Elle espérait que le gouvernement fédéral opte pour la prudence dans ce dossier. «Il n’y a rien là de rassurant. Je ne vois pas du tout comment Santé Canada peut en arriver à cette conclusion alors qu’un peu partout ailleurs dans le monde, on lève des drapeaux rouges», indique-t-elle.

Pour elle, il est clair que le gouvernement canadien a cédé aux pressions de l’industrie. «C’est toujours plus facile d’opter pour le statu quo plutôt que le changement.»

Elle remet en question le maintien de l’homologation pour une période de 15 ans.

«C’est énorme ça. Pourquoi ne pas avoir autorisé le produit sur une plus petite période – un an ou deux – et réévaluer après coup? Ç’aurait été beaucoup plus sage que de donner ainsi carte blanche à ce produit pour autant d’années», argumente-t-elle.

Mentionnons toutefois qu’un examen spécial peut être effectué entre temps si de nouvelles données scientifiques viennent changer la donne.

Francine Levesque émet aussi de sérieux doutes (comme plusieurs autres organisations environnementalistes ailleurs au pays) sur la validité des études utilisées par Santé Canada dans le cadre de la réévaluation du glyphosate.

Qu’à cela ne tienne, elle soutient que cette décision fédérale ne freinera en rien les efforts d’ÉcoVie et de Stop Spraying NB afin de faire bannir cet herbicide des forêts du Nouveau-Brunswick.

«On n’a pas besoin d’eux (Santé Canada) pour constater l’effet néfaste de l’arrosage sur la biodiversité, sur la faune. On n’a pas besoin d’études pour constater que l’on détruit la nourriture des chevreuils et que, coïncidence, les populations sont en fortes baisses», dit-elle.

Elle croit que tôt ou tard, les élus n’auront pas le choix d’écouter les opposants à l’arrosage.

L’industrie forestière et Énergie NB soulagées

Le gouvernement provincial utilise souvent la glyphosate pour entretenir les terrains sous les lignes électriques. – Archives

Le son de cloche est loin d’être le même chez ceux qui se servent de cet herbicide. C’est le cas d’Énergie NB, qui fait appel à cet herbicide pour contrôler la végétation près de ses lignes de transmission.

«Pour nous autres, c’est vraiment important. Les arbres et les lignes ne font pas bon ménage. C’est une façon très efficace (de gérer la végétation). (…) On est satisfaits du fait que ça (le glyphosate) a été approuvé à nouveau», dit-il son porte-parole, Marc Belliveau, en entrevue téléphonique.

Cette année, quelque 60 kilomètres carrés (6000 hectares) seront débroussaillés par Énergie NB dans la province: 78% à la scie et 22% avec deux produits contenant du glyphosate. L’arrosage d’herbicides aura lieu de la mi-juin à la mi-août.

«On ne peut pas fournir juste avec des scies. On se vire de bord et la végétation commence presque à pousser dès qu’on l’a coupée», explique-t-il.

Il affirme qu’Énergie NB prend la sécurité de son personnel, des citoyens, de la faune et de la flore très au sérieux.

«On s’assure d’utiliser ces produits le plus sécuritairement possible et on va continuer à le faire. Mais on va aussi continuer à suivre les règles du jeu. S’il y a des changements à l’avenir, vous pouvez être certains que l’on va être là. On est toujours en train de voir s’il y a de nouveaux produits, si on peut mieux faire ça.»

Le PDG de Forêt NB, Mike Légère, tient un discours semblable. Le patron de cette organisation qui représente des entreprises de l’industrie forestière se dit «content» de l’homologation du glyphosate par Santé Canada.

«C’est l’un des nombreux outils dont dispose l’industrie forestière pour gérer des terrains boisés. Ce n’est pas le seul, mais c’est un outil important. (…) Ça protège les investissements que l’on fait en sylviculture, surtout pour les plantations d’arbres résineux.»

Selon lui, l’industrie forestière prend la sécurité et la santé au sérieux en ce qui a trait à l’utilisation de cet herbicide, qui sert surtout à combattre les mauvaises herbes qui mettent en péril les jeunes arbres.

«On est sensibilisés qu’il faut que ce soit utilisé de façon responsable. Puis on suit les règlements.»

-Avec la collaboration du journaliste Jean-François Boisvert

Le glyphosate: l’herbicide de la discorde

L’herbicide glyphosate a été synthétisé et commercialisé par le géant Monsanto dans les années 1970. Son brevet est aujourd’hui dans le domaine public et d’autres entreprises en produisent.

Au cours des dernières années, cet herbicide a suscité son lot de controverses. En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l’Organisation mondiale de la santé, l’a classé comme un «cancérigène probable.»

L’année suivante, un comité mixte de l’OMS et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture a publié des conclusions qui semblaient contradictoires en indiquant qu’il était «improbable» que le glyphosate soit cancérigène pour les humains qui y sont exposés par l’alimentation.

Au Nouveau-Brunswick, des manifestations ont eu lieu à Tracadie et à Fredericton en 2016 pour dénoncer son utilisation. Quelques militants ont aussi occupé pacifiquement des terres de la Couronne pour protester contre l’arrosage d’herbicides en forêt.

L’année dernière, le bureau de la médecin hygiéniste en chef du Nouveau-Brunswick a rendu un rapport sur le glyphosate, dans lequel il indique que son usage semble moins intensif dans la province qu’ailleurs au pays.

On peut aussi y lire dans ce document que tant que «tant que les exigences en matière d’étiquetage, établies par l’Agence (canadienne) de réglementation de la lutte antiparasitaire, et que les conditions rattachées au permis d’épandage du gouvernement provincial sont respectées, l’usage du glyphosate devrait être sécuritaire.»