Ces élèves qui «échappent» aux écoles francophones du Sud

Les recommandations d’un comité du Parlement pourraient aider les écoles francophones du Sud du Nouveau-Brunswick à élargir leurs rangs.

Le Comité permanent des langues officielles de la Chambre des communes a déposé cette semaine à Ottawa son rapport sur le dénombrement des ayants droit en éducation.

Les députés des trois partis politiques membres du Comité sont d’avis que Statistique Canada n’en fait pas suffisamment pour recenser ceux à qui la constitution canadienne garantit le droit de faire éduquer leurs enfants dans la langue de la minorité.

Ils demandent à l’agence fédérale de modifier son questionnaire afin de régler cette problématique à temps pour le recensement de 2021.

De meilleures données sur la présence des ayants droit pourraient stimuler le nombre d’inscriptions à l’école en français, surtout dans les régions à majorité anglophone comme Miramichi, Fredericton et Saint-Jean.

Selon la Charte canadienne des droits et libertés, il existe trois types d’ayants droit: les parents dont la première langue apprise et toujours parlée est la langue de la minorité, les parents qui ont reçu leur éducation primaire dans la langue de la minorité et les parents dont un enfant a déjà reçu ou reçoit son instruction dans la langue de la minorité.

Toutefois, le questionnaire du recensement de Statistique Canada ne permet de dénombrer que la première catégorie d’ayants droit.

En l’absence de données officielles fiables, le District scolaire francophone Sud doit mener ses propres études pour dénicher les ayants droit sur son territoire et «faire valoir l’importance de faire construire de nouvelles écoles dans ces régions», explique sa directrice générale, Monique Boudreau.

«Le district doit assumer ce fardeau. Si nous avions facilement accès à des données provenant du recensement, nous n’aurions pas besoin de faire ces études et d’attendre les résultats.»

Une de ces études a permis au District scolaire de déterminer que plus de la moitié des enfants des ayants droit de la région de la capitale provinciale allaient plutôt à l’école en anglais.

Avec cette information, le district a pu faire construire une nouvelle école francophone sur la rive nord de Fredericton, l’école Les Éclaireurs, en 2015, ce qui a provoqué à son tour une hausse des inscriptions.

«Lorsque nous avons pu présenter ces chiffres au gouvernement, ça nous a donné beaucoup de munitions pour construire des écoles dans ces régions», soutient Mme Boudreau.

L’administratrice estime que le recensement, auquel il est obligatoire de répondre, permettrait probablement de réviser à la hausse le nombre d’ayants droit dans les régions à majorité anglophone.

Le député libéral de Madawaska-Restigouche, René Arseneault, qui est membre du comité des langues officielles, parle d’une génération perdue de francophones en milieu minoritaire en raison des lacunes du recensement.

«Combien d’enfants n’ont pas commencé leur petite enfance à l’école (en français) pour faire leur intermédiaire et leur secondaire, puis choisir une université ou un collègue francophone au Canada? Combien en a-t-on perdu?»

Dans leur rapport, les députés du Parti libéral, du Parti conservateur et du Nouveau Parti démocratique demandent au gouvernement du Canada d’ordonner à Statistique Canada «d’ajouter obligatoirement au recensement de 2021» des questions afin d’identifier les trois types d’ayants droit.

Le temps presse, selon René Arseneault, parce que Statistique Canada doit s’y prendre longtemps à l’avance et réaliser une panoplie d’études et de tests avant d’ajouter une ou des nouvelles questions à son questionnaire.

«Comme un recensement ne se fait que tous les quatre ans, nous ne voulons pas perdre l’occasion en 2021.»

Le gouvernement fédéral à l’obligation constitutionnelle de veiller à la promotion des intérêts des francophones en milieu minoritaire, rappelle M. Arseneault.

Le comité des langues officielles attend la réponse officielle de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, et du ministre responsable de Statistique Canada, Navdeep Bains, à leur rapport.

Les bureaux des deux ministres n’ont pas répondu à notre demande de commentaires.

Statistique Canada s’est contenté d’indiquer que le gouvernement fédéral devrait répondre aux recommandations du comité au plus tard à la mi-septembre.