Collectes de sang au Restigouche: adieu définitif ou simple au revoir? [vidéo]

La Société canadienne du sang a recueilli du sang pour la dernière fois dans ses deux cliniques mobiles du Restigouche.

June Haquail a été bénévole pour la Société canadienne du sang (SCS) à Dalhousie pendant 43 ans. C’est le cœur gros, mercredi, qu’elle a supervisé la dernière collecte de sang dans sa communauté.

«Émotivement, c’est très difficile. Et je n’en veux pas au personnel de Saint-Jean qui s’est déplacé ici. Ce n’est pas leur faute, ce n’est pas leur décision. Ils sont aussi tristes que nous aujourd’hui», indique Mme Harquail

On se souviendra que la SCS a décidé, il y a quelques semaines, d’abandonner ses deux collectes de sang mobiles du Restigouche, celles de Campbellton et de Dalhousie. L’organisme soutient qu’il est trop dispendieux de faire le déplacement au Restigouche en raison du nombre limité de dons recueillis. On évoque également le fait que, depuis quelques années, les réserves de sang se portent plutôt bien et qu’il y a même des surplus.

Amère de voir l’organisme partir après autant d’années?

«Ce n’est pas une bonne décision, c’est certain. Faire un don de sang c’est un don de vie. Les gens le font par désir de vouloir aider leur prochain. C’est un geste d’une très grande valeur et d’une grande beauté. Malgré toute la technologie moderne, les donneurs demeurent essentiels. Est-ce que la décision me choque? Oui. Cela dit, je serai prête à revenir les aider s’ils décident de tenir d’autres cliniques ici, à l’avenir, et ce, même s’ils m’ont profondément déçu», confie la bénévole.

À la prochaine?

Le maire de Dalhousie, Normand Pelletier a tenu à remercier Mme Harquail pour toutes ces années de services en venant personnellement lui remettre un bouquet de fleurs.

S’il a pensé à un certain moment retourner sa carte de donneur, M. Pelletier est revenu sur sa décision et a effectué mercredi son 52e don de sang.

«On ne sait jamais, peut-être qu’ils vont changer d’idée et revenir dans quelques mois. On m’a dit que c’était arrivé à Edmundston il y a quelques années. On va donc se croiser les doigts afin que ce soit ce qui se produira ici aussi. Il y a beaucoup de personnes qui se sont déplacées aujourd’hui. Peut-être que ça va faire une différence», exprime-t-il.

S’il est venu donner du sang cette fois, c’est certes par habitude. Toutefois, il avoue que c’est aussi pour dire merci aux bénévoles et employés de la SCS.

«Il y a des gens que l’on côtoie ici depuis des années», note le maire.

Gary Ouellette en était à son cinquième don, mais son tout premier au Restigouche.

«Je crois qu’il faut penser au-delà de l’argent que ça coûte pour faire rouler cette clinique», estime-t-il, ajoutant qu’il lui sera difficile à l’avenir de poser ce geste.

«En ce moment, c’est au Restigouche que ça se passe, près de chez moi. Dorénavant ce sera plus difficile, je n’aurai pas le temps d’aller à Bathurst. Je vais sûrement essayer, mais ça ne sera pas fréquemment, c’est certain», ajoute-t-il.

Déception

La veille à Campbellton, les donneurs étaient au rendez-vous en grand nombre. En tout, 91 personnes se sont présentées et 77 ont pu donner de leur sang.

«Plusieurs critères entrent en ligne de compte. D’abord la santé de la personne. On vérifie la pression, le fer. On s’assure que celle-ci n’a pas voyagé récemment à l’extérieur du pays, notamment dans les zones où le virus Zika est actif. Avoir une quinzaine de rejets comme ce fut le cas à Campbellton, c’est tout à fait normal», explique une employée sur place.

Qu’à cela ne tienne, avec 77 donneurs, l’objectif de la SCS pour la clinique de Campbellton a été atteint.

Donneur assidu depuis plusieurs années, Benji Pitre s’est enregistré à la clinique. Âgé de seulement 35 ans, ce pompier volontaire devait effectuer mardi son 65e don, mais il a toutefois refusé de le faire en signe de protestation.

«C’est ma façon à moi de démontrer ma colère, mon indignation, quant à cette décision de la Société canadienne du sang», a-t-il confié au journal.

«Pour moi, il s’agit d’un manque de respect épouvantable envers les donneurs de la région. C’est frustrant qu’on se fasse ainsi tasser, après tant d’années, pour des raisons monétaires. Du jour au lendemain, on se faire dire qu’on n’a plus besoin de nous. Ce qui me choque le plus, c’est qu’il y avait d’autres possibilités, mais qu’on a refusé de les considérer.»

Pour lui, le don de sang est tout sauf banal.

«C’est une façon d’aider les gens et de redonner aux autres. Ça peut servir à un membre de ma famille, à un ami, à moi-même… Ça peut également sauver un parfait inconnu, peu importe. En donnant du sang, on a le sentiment d’aider et de participer à un effort collectif. Là on nous enlève ce privilège. Je refuse donc aujourd’hui de leur donner mon sang. Je vais donc m’arrêter à 64 dons, et ce, jusqu’à ce qu’ils reviennent sur leur décision.»