Le prix de l’essence grimperait de 11 cents en cinq ans

Le prix de l’essence pourrait grimper de plus de 11 cents le litre au Nouveau-Brunswick d’ici cinq ans en raison de la tarification du carbone.

La ministre fédérale de l’Environnement et des Changements climatiques, Catherine McKenna, a présenté, jeudi, le plan de son gouvernement pour les provinces qui n’ont pas encore mis un prix sur leurs émissions de carbone.

La Colombie-Britannique, l’Alberta, l’Ontario et le Québec, notamment, seront exemptés de cette mesure puisqu’elles ont déjà adopté leur propre mécanisme de tarification du carbone.

Le Nouveau-Brunswick pourrait quant à lui être frappé de plein fouet par la nouvelle taxe, que le fédéral appelle un «filet de sécurité», à partir de l’an prochain.

Le plan fédéral comprend deux volets. Une taxe sur les combustibles fossiles et un système de plafonnement et d’échange des droits d’émissions pour les grands pollueurs.

La nouvelle taxe sur l’essence sera d’abord de 2,33 cents le litre en 2018, avant de grimper progressivement jusqu’à 11,63 cents le litre en 2022.

Selon les données de Statistique Canada datant de 2009, les automobilistes canadiens consomment en moyenne 1500 litres d’essence par année. La facture des conducteurs sera donc de 35$ de plus en 2018 et de 175$ en 2022.

La taxe sur le diesel commencera à 2,74 cents le litre pour atteindre 13,69 cents le litre cinq en plus tard. Celle sur le gaz naturel sera de 1,96 cent par mètre cube lors de l’entrée en vigueur de la taxe avant de hausser jusqu’à 9,79 cents par mètre cube.

Le second volet du plan, un type de marché du carbone, s’appliquera seulement aux installations qui émettent au moins 50 kilotonnes de carbone par année dans l’atmosphère.

En 2015, le Nouveau-Brunswick comptait onze de ces infrastructures, dont la raffinerie d’Irving Oil à Saint-Jean (2966,93 kilotonnes) et les centrales thermiques d’Énergie NB à Belledune (2123,83 kilotonnes) et Coleson Cove (798,8 kilotonnes).

Afin d’assurer que les grandes industries demeurent compétitives malgré la tarification du carbone, Ottawa a décidé de fixer le plafond des émissions de carbone pour chaque industrie selon la moyenne des émissions par secteur.

Ainsi, la raffinerie d’Irving Oil, par exemple, devra seulement payer pour ses émissions de carbone qui dépassent la moyenne des émissions des raffineries canadiennes pour le même niveau de production.

Ottawa s’est engagé à retourner l’ensemble des revenus de la tarification du carbone dans les coffres des provinces.

Le Nouveau-Brunswick pourrait encore éviter la tarification fédérale en adoptant son propre système, ce qu’a déjà promis de faire le premier ministre Brian Gallant.Son ministre de l’Environnement, Serge Rousselle, n’était pas disponible, vendredi, pour commenter l’annonce du fédéral.

Un porte-parole du ministère de l’Environnement a cependant indiqué par courriel que la province avait toujours l’intention d’adopter une «initiative de tarification du carbone qui sera la meilleure pour le Nouveau-Brunswick (et qui) respectera notre économie régionale tout en contribuant à l’atteinte des cibles canadiennes de réduction des émissions.»

Les revenus de la tarification du carbone «seront réinvestis dans des mesures visant à lutter contre les changements climatiques, comme l’efficacité énergétique dans les foyers, les entreprises, l’industrie et le transport», a précisé Marc André Chiasson.

Le chef de l’opposition officielle à Fredericton, Blaine Higgs, s’oppose à la tarification du carbone. À son avis, le Nouveau-Brunswick devrait se joindre à la Saskatchewan dans sa bataille pour faire invalider les plans d’Ottawa par les tribunaux.

«Il semble que la Saskatchewan est la seule province qui a décidé de résister (…) et je pense que nous devrions faire la même chose ici. Il faut se tenir debout pour notre province», a affirmé le chef du Parti progressiste-conservateur.

Le chef du Parti vert, David Coon, est en faveur de la taxe sur les combustibles fossiles, à condition que les revenus servent à aider les citoyens à réduire leur consommation d’énergie à la maison et dans les transports.

Il craint cependant que les émissions de carbone du Nouveau-Brunswick puissent continuer à augmenter sous la réglementation fédérale puisqu’Ottawa n’a pas prévu de plafond absolu pour les grandes industries.