Grand-Sault: une nouvelle centrale électrique… à côté de l’ancienne

Près d’un siècle plus tard, l’histoire pourrait bien se répéter à Grand-Sault, alors qu’Énergie NB est toujours à étudier la possibilité de construire une nouvelle centrale électrique d’une capacité de production de 100 mégawatts à côté de la centrale existante.

Le projet que caresse la société de la Couronne de la province pourrait faire en sorte de doter Grand-Sault à la fois de la centrale hydroélectrique la plus récente et l’une des plus anciennes au pays.

Une fois complétée, la capacité de production de la Centrale de Grand-Sault passerait de 66 à 166 mégawatts, ce qui en ferait la deuxième plus importante du genre dans la province, après celle de Mactaquac.

Il reste fort peu de travailleurs et de témoins de la construction, dans les années 1920, de la Centrale de Grand-Sault qui ont pleinement vécu son inauguration en 1930.

Des archives d’Énergie NB racontent qu’après la Première Guerre mondiale, l’éclairage et l’électricité s’affirmaient au Nouveau-Brunswick comme des nécessités que le gouvernement devait assurer.

La défunte Commission d’énergie électrique du Nouveau-Brunswick procéda alors à la construction d’une centrale sur la rivière Musquash, suivie quelques années plus tard de l’aménagement d’une autre centrale à Grand-Sault, sur le fleuve Saint-Jean.

Les livres d’histoire portant sur la ville de Grand-Sault relatent que les travaux de construction de la centrale ont débuté le 10 août 1926. Au plus fort de l’aménagement, pas moins de 1000 travailleurs s’activaient sur le chantier.

Grand-Sault connaîtra alors un boom économique et démographique jamais vu.

«Il n’y avait pas une grosse population et pas beaucoup de maisons à cette époque à Grand-Sault, qui était surtout constituée de terres agricoles», raconte le conseiller municipal Jean Rhéal Michaud.

Construire un complexe hydroélectrique, au beau milieu des années 1920, contenant un barrage, un tunnel d’approvisionnement et la centrale hydroélectrique elle-même relevait du défi, alors que l’équipement à la disposition des travailleurs était plutôt rudimentaire.

«Mon père a travaillé sur ce projet. Il était principalement équipé d’un cheval et d’un seau pour extraire la terre du sol», illustre Héliodore Côté, un commerçant de Grand-Sault.

«C’était énorme et épouvantable pour l’époque. Ça devait être cruel, il n’y avait pas à ce moment l’équipement que l’on retrouve sur les chantiers aujourd’hui», d’ajouter l’ancien politicien.

Deux travailleurs ont d’ailleurs perdu la vie pendant les travaux de construction.

En mars 1927, Elmo Dumos est décédé après qu’un chariot transportant du béton lui soit tombé dessus.

Quelques mois plus tard, un jeune travailleur de 17 ans, Verne St-Amand, subissait le même sort après avoir reçu un boulon sur la tête.

La fin des travaux de construction et la Grande Dépression des années 1930 viendront ternir le paysage qui prévalait à Grand-Sault à cette époque.

La réalisation d’une seconde centrale hydroélectrique risque moins de transformer le quotidien des gens de la région de Grand-Sault.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick, la direction d’Énergie NB et les élus locaux tiennent néanmoins mordicus à sa construction et à la production d’énergie à partir de sources renouvelables.

Selon le président-directeur général d’Énergie NB, Gaëtan Thomas, cette nouvelle centrale permettra d’accroître la capacité de la société à fournir de l’électricité aux clients du Nouveau-Brunswick et en offrir à des consommateurs de Nouvelle-Angleterre.

«Ça regarde plutôt bien. C’est un projet qui est sérieux plus que jamais, on parle de plusieurs centaines de millions de dollars et de nombreux emplois qui sont en jeux», affirme pour sa part Chuck Chiasson, le député de la circonscription de Victoria-la-Vallée.

Celui-ci a bon espoir de voir le projet se réaliser au début des années 2020.

«Ce qui est intéressant dans ce type de projet, c’est que ça mène toujours à l’embauche de travailleurs d’ici et à l’octroi de contrats à des entreprises de la région», ajoute le député libéral.

Le chef du Parti vert, David Coon, s’est récemment ajouté à la liste des personnes qui appuient fermement le projet de construction d’une seconde centrale hydroélectrique à Grand-Sault.

«Il est nécessaire pour Énergie NB de construire une 2e centrale électrique à Grand-Sault afin d’éliminer la centrale au charbon de Belledune d’ici 2030 et d’atteindre nos cibles de réduction d’émissions de gaz à effet de serre», a indiqué à l’Acadie Nouvelle le député de Fredericton-Sud.