Golfe du Maine: baisse inquiétante du nombre de bébés homards

Des scientifiques ont recensé une baisse du nombre de bébés homards dans le golfe du Maine, signe précurseur d’un déclin des stocks dans les années à venir. Un tel phénomène provoquerait une hausse de la demande au Nouveau-Brunswick.

Alors que les débarquements de homard atteignent des sommets historiques au Maine, le nombre de jeunes homards est en déclin, selon la plus récente mise à jour de l’American Lobster Settlement Index (ALSI).

Les effets pourraient être ressentis par les homardiers du Maine d’ici cinq à neuf ans, quand cette génération de crustacés atteindra la taille minimale pour la pêche commerciale.

«Dans le golfe du Maine, la plupart des sites de Beaver Harbour, au Nouveau-Brunswick, jusqu’à Cape Cod Bay ont observé les niveaux les plus bas de recrutement depuis la fin des années 1990 ou le début des années 2000», peut-on lire dans le rapport.

Dans le sud du golfe du Saint-Laurent, qui comprend les zones de pêche du Nord-Est et du détroit de Northumberland, la situation est tout autre. En janvier 2016, la biologiste pour la section du homard du ministère des Pêches et des Océans (MPO), Amélie Rondeau, a affirmé à l’Acadie Nouvelle que «le recrutement naturel est en augmentation» dans la Péninsule acadienne, Kent et le Sud-Est.

Steve Hachey, conseiller en communications du MPO, a confirmé lundi après-midi que les plus récentes données du ministère indiquent que le recrutement est «encore excellent».

«Il n’y a aucune crainte», assure-t-il.

Richard Wahle, fondateur de l’ALSI, estime qu’un déclin du homard aurait un impact important sur l’économie du Maine. Environ 75% des revenus de son industrie marine proviennent du roi des crustacés.

Les chercheurs ont établi une corrélation entre la chute du nombre de bébés homards et une baisse de la quantité du copépode Calanus finmarchicus, soit une espèce de zooplancton important dans la diète du homard juvénile.

«Y a-t-il un lien de cause à effet, ou y a-t-il quelque chose de plus large qui cause un déclin des larves de homard et des copépodes?» s’interroge M. Wahle.

«Clairement, nous avons besoin de mieux comprendre ces liens pour savoir si le stock de nourriture de larve de homard est un facteur limitant du recrutement du homard du golfe du Maine et pour connaître les implications que ces tendances auront sur l’avenir des pêcheries.»

Un déclin du homard au Maine profiterait aux pêcheurs du Nouveau-Brunswick, reconnaît Martin Mallet, directeur général de l’organisme de recherche et développement Homarus.

Il conseille cependant la prudence dans l’analyse des données de l’ALSI . Une baisse de la quantité de bébés homards repérés pourrait hypothétiquement être due au fait que les zones larvaires se sont déplacées à l’extérieur des espaces d’échantillonnage des chercheurs.

«Avant de sauter aux conclusions, j’ai l’intention de poser des questions (au chercheur Richard Wahle) afin de bien comprendre ce qui se passe. S’il y a effectivement une diminution flagrante des débarquements au Maine, ça va significativement affecter notre marché à nous.»

Le rapport de l’ALSI a été préparé par M. Wahle, de l’University of Maine, et Joshua Carloni, du New Hampshire Department of Fish & Game, en collaboration avec des employés du MPO, de l’association des pêcheurs de l’Ile-du-Prince-Édouard ainsi que de chercheurs de l’University of New Brunswick, campus de Saint-Jean et de l’University of PEI.