Exercer un meilleur contrôle pour éviter les graffitis illégaux

Les propriétaires d’immeubles qui acceptent que des artistes réalisent des murales sur leur bâtisse, dans le cadre du festival Inspire, devraient poser plus de questions avant de donner leur feu vert. C’est l’avis d’un policier de Moncton, expert en graffiti.

Le constable Chris Fader du détachement Codiac de la GRC a fait une présentation sur le graffiti lors de la conférence annuelle de Downtowns Atlantic Canada, jeudi. Il a mis en garde les représentants de différentes villes de l’Atlantique contre les possibles dérives que peuvent apporter les festivals d’art public, comme Inspire à Moncton et Hopscotch à Halifax.

«Ce qu’on peut voir dans certaines communautés, Halifax en particulier, quand il y a le festival Hopscotch, c’est qu’ils font venir des gens de l’extérieur qui sont impliqués dans la sous-culture du graffiti. Ils finissent leur pièce légale et après ils laissent leur marque ailleurs dans la communauté en faisant des graffitis (illégaux)», a expliqué le constable Fader à l’Acadie Nouvelle.

Le policier n’est pas contre ce genre de festival, bien au contraire. En fait, il reconnaît même que la propagation de graffitis illégaux après le festival Hopscotch de Halifax ne s’est pas produite à Moncton.

«Je crois que le festival Inspire apporte une valeur dans la communauté. Je ne crois pas que c’est une mauvaise chose. Fait de la bonne façon, c’est positif pour la communauté.»

Il invite cependant les propriétaires d’immeubles à poser des questions avant d’accepter qu’un artiste réalise une œuvre sur l’un de leurs murs et même demander des croquis.

«Ça dépend de ce que la communauté veut. Dans certaines communautés par exemple, ils ne veulent pas de lettrage ni de symboles spécifiques. Quand une personne demande si elle peut faire une murale sur votre mur, c’est comme demander à quelqu’un de peinturer votre maison, il faut au moins savoir de quelle couleur il va la peinturer», a souligné le policier.

Si un propriétaire ne pose pas les questions nécessaires, ça peut mener à des situations comme celle qui s’est produite l’année dernière sur un immeuble de la rue St. George, lors du festival Inspire. Le propriétaire d’une bâtisse qui avait accepté qu’un artiste réalise une murale s’est plutôt retrouvé avec un graffiti sur sa propriété.

«On a consulté Chris Fader. Effectivement, il est allé le voir et il a dit oui, c’est du graffiti. On a approché le propriétaire pour lui demander s’il était au courant que c’était vraiment du graffiti et à ce point-là on lui a demandé la permission de peinturer par-dessus. On lui a dit qu’on pouvait l’éliminer et il a dit oui», a expliqué Anne Poirier-Basque, directrice générale de Downtown Moncton Centre-ville (DMCI).

Depuis, DMCI a demandé aux organisateurs du festival Inspire de travailler plus étroitement avec les propriétaires et le constable Chris Fader. L’Acadie Nouvelle n’a pas été en mesure de confirmer avec le festival s’ils acceptent ces termes ou non.

Le conseiller municipal Charles Léger a toutefois confirmé que l’artiste Aaron Glasson, qui a conçu la murale sur le Marché des fermiers de Moncton dans le cadre du festival, il y a deux ans, a consulté la direction du marché et a montré des concepts avant de procéder.

«La direction savait donc ce à quoi allait ressembler l’œuvre qui est maintenant sur l’édifice. Je m’attendais que ce soit la même chose pour tout, mais je réalise aujourd’hui, par exemple, que certains n’avaient pas été vus avant», a avancé le conseiller.

Il croit que la municipalité doit continuer de promouvoir l’art, mais qu’elle doit aussi exercer un meilleur contrôle pour éviter que des crimes soient commis. Le festival Inspire se déroule du 10 au 16 juillet. Plusieurs artistes internationaux sont attendus.

Le mur légal n’est pas la solution

Créer des endroits légaux pour permettre aux graffiteurs de faire leur art n’est pas la solution selon le constable Chris Fader. Ce serait, selon lui, la même chose que de permettre à un voleur de dérober le contenu des voitures sur une seule rue dans une ville.

Ceux qui font des graffitis et non pas des murales, sont simplement en quête de vedettariat, selon le policier, rien de plus.

«Tu ne peux pas régler un problème de graffiti en disant à une personne qu’il a le droit d’en faire à un endroit et pas dans un autre. Ça ne fonctionnera pas puisque les graffiteurs veulent la notoriété dans la sous-culture du graffiti», a avancé M. Fader.

Certaines murales peuvent, d’après le policier, aussi encourager le graffiti. C’est le cas de l’œuvre réalisée au 300, rue St. George à Moncton dans laquelle l’artiste américain, Christopher Konecki, a rendu hommage à un graffiteur de Moncton, Casper, en intégrant la signature de ce dernier dans sa murale.

«Essentiellement, il a rendu hommage à un gars qui a causé des milliers de dollars en dommages dans notre communauté. Maintenant, son tag, son nom, est là légalement et on ne peut rien y faire», a simplifié M. Fader.

De là, l’importance pour les propriétaires de murs d’approuver les œuvres avant qu’elles soient peintes sur des propriétés.