«Ils sont tous gras et ils sont bien heureux» [vidéo]

Des dizaines de personnes doutant du traitement réservé aux occupants d’un centre d’élevage de chiens dans l’ancienne église d’Escuminac ont manifesté devant l’édifice, mercredi soir. Le propriétaire du site, Éric Couture, se défend, soulignant que la SPCA du Nouveau-Brunswick a inspecté son site et qu’il est en règle.

Éric Couture assure que ses 25 chiens, la majorité d’une race de pinscher d’origine cubaine, dans l’ancienne église d’Escuminac sont «bien traités, ils sont vaccinés, ils sont tous gras et ils sont bien heureux».

L’homme de Montréal a acheté l’ancienne église d’Escuminac il y a une dizaine d’années de l’archidiocèse de Moncton. L’édifice est en bien mauvais état. Il a été vandalisé par des jeunes et est infesté de pigeons, selon le propriétaire.

À l’intérieur se retrouve une remorque mesurant 16 pieds sur 55 pieds. Elle abrite les chiens de M. Couture.

«Les chiens sont bien. C’est isolé avec air conditionné, chauffage central et éclairage. Ce sont des mini-chiens, ce ne sont pas de gros bergers allemands. La majorité pèse environ 5 livres.»

Pourquoi tant de chiens? Pourquoi pas, rétorque l’homme de Montréal.

«Pourquoi il y en a qui ont 25 chats, il y en a qui ont 25 chevaux, il y en a qui ont 25 souris? Quel est le nombre? Pourquoi est-ce que ça ne serait pas correct? Moi j’ai commencé ça tranquillement et j’ai réalisé que j’aimais ça m’occuper des chiens. C’est un hobby qui me plait. Je ne me drogue pas, je ne bois pas, je ne fais pas de course de chars. Mon hobby, moi, c’est les chiens.»

M. Couture a l’intention de s’installer au Nouveau-Brunswick une fois qu’il aura vendu sa propriété dans la région de Montréal. D’ici là, un ami habite sur le site de l’ancienne église et s’occupe des chiens.

Le propriétaire a eu la frousse, jeudi soir, quand des dizaines de personnes se sont rendues devant l’ancienne église afin de manifester contre ce qu’ils perçoivent comme une usine à chiots. Il avance qu’un groupe d’opposants a fait circuler des faussetés à son sujet.

«Il ne faut pas partir et faire de la fausse information. D’aller dire aux gens que c’est une usine à chiots, que les chiens sont embarrés dans des cages, qu’ils sont maltraités, qu’ils ne sont pas nourris. Ça, c’est illégal. C’est un acte criminel de faire une affaire de même. Ils mettent ma vie en danger. Les gens fâchés pourraient venir mettre le feu à ma propriété. Je leur ai dit: “écoutez, si vous avez une plainte, appelez à la police ou la SPCA.”»

D’ailleurs, la SPCA a mené une inspection sans avertir le propriétaire la semaine dernière et n’a trouvé aucune preuve de négligence ou d’abus. L’enquête a conclu qu’il n’y avait pas d’infraction au niveau de la ventilation, de l’eau, de la nourriture ou de la propreté.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase

Plusieurs résidants de la région d’Escuminac sont frustrés du fait que l’église qu’ils fréquentaient pendant leur jeunesse soit tombée en décadence.

En 2009, lors des cérémonies de commémoration du 50e anniversaire de la tragédie maritime d’Escuminac, plusieurs pêcheurs sont retournés dans la région et étaient attristés de voir l’édifice dans un si mauvais état.

«Dans les dernières années, il y a eu beaucoup de vieille machinerie abandonnée et d’ordures dans la cour. C’est devenu un peu comme une junkyard», explique Monica Lloyd, citoyenne de Baie-Sainte-Anne, qui habite à cinq minutes de route de l’église.

Quand la rumeur voulant que l’église soit devenue une usine à chiots s’est répandue dans la communauté, ç’a été la goutte d’eau qui fait déborder le vase.

«La communauté est très déçue de l’apparence de l’église. Ensuite, ils entendent dire qu’il y a des chiens dans la bâtisse? Ç’a jeté de l’essence sur le feu.»

Des dizaines de personnes ont ainsi manifesté devant l’église mercredi soir, brandissant des pancartes dénonçant l’abus de chiens.

En fin de soirée, M. Couture a permis à Mme Lloyd et deux autres citoyens de visiter l’intérieur de l’église.

«Ça puait, ça sentait comme un poulailler. Tu pouvais dire que les chiens étaient en besoin d’attention. Certains avaient peur et se cachaient dans le coin de leur espace. Je lui ai dit que je ne considère pas le site comme étant sain.»

«Ce qu’ils (les chiens) ont n’est pas suffisant. Ils ne vont jamais dehors. Ils sont enfermés dans une roulotte dans un enclos de 2 pieds sur 6 pieds avec deux chiens dans chaque enclos. Il y a de gros problèmes», ajoute Ligouri Turbide, président du DSL de Baie-Sainte-Anne.

M. Turbide reconnaît que le chenil respecte les règles de la SPCA. Il est cependant de l’avis que les règles ne sont pas assez sévères.

Mme Lloyd affirme que M. Couture l’a assuré qu’il allait aménager son terrain pour permettre aux chiens d’aller dehors.